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Pour tester les revues scientifiques, il propose un article sur la Force

Antoine Oury - 31.07.2017

Edition - Les maisons - journaux scientifiques - publication article Star Wars - article Force midi-chloriens


Depuis plusieurs années — et l'émergence d'Internet n'y est sûrement pas pour rien —, le système qui gouverne les publications scientifiques est copieusement critiqué. Faible valeur ajoutée, tarifs de publication trop élevés, difficultés d'accès aux articles... Un chercheur s'est amusé à proposer un article sur les midi-chloriens, des symbiotes qui expliquent la Force dans la saga Star Wars, pour tester la fiabilité de ces journaux... Devinez la suite ?


Laughing Up A Storm
« La Force m'a étranglé » (JD Hancock, CC BY 2.0)
 

Celui qui se présente sous le pseudonyme « Neuroskeptic » pour révéler sa supercherie n'y est pas allé avec des pincettes : il a proposé à différents journaux scientifiques tournés vers la pharmacie et les médicaments un article consacré aux « midi-chloriens », l'explication fournie à la Force dans l'épisode I de la saga Star Wars. « Mitochondria : Structure, Function and Clinical Relevance » a été publié le 14 juillet 2017 dans MedCrave, journal international consacré à la biologie moléculaire, signé par... Dr Lucas McGeorge et Dr Annette Kin, pseudonymes grossiers qui font référence à George Lucas, créateur de Star Wars, et Anakin Skywalker.

 

L'article a été accepté par 3 autres publications, l'American Journal of Medical and Biological Research (SciEP), l'Austin Journal of Pharmacology and Therapeutics et l'American Research Journal of Biosciences (ARJ). Si le premier réclamait 360 $ pour la publication de l'article dans les pages de la revue scientifique, tous les autres ont bel et bien fait apparaître l'article sur leur site, parfois dans la section Open Access.

 

L'expérience a donc été concluante, mais l'auteur souligne toutefois que trois revues ont rejeté son article, fabriqué de toutes pièces à l'aide de références à la saga ou à la page Wikipédia sur les midi-chloriens. Le Journal of Translational Science (OAText), Advances in Medicine (groupe Hindawi) et Biochemistry & Physiology : Open Access (OMICS) ne sont pas tombés dans le panneau. Deux revues lui ont demandé de revoir sa copie, tandis que deux collègues chercheurs, qui ont évalué son article pour la revue JSM Biochemistry and Molecular Biology (JSciMedCentral), se sont amusés à lui répondre sur le même mode, en lui conseillant d'ajouter des références à « Lucas, 1977 [date de sortie du premier film de la saga, NdR] », et « Palpatine », un personnage maléfique de Star Wars.

 

Comble du comble, le Dr Lucas McGeorge a reçu une invitation pour participer au comité éditorial d'une revue scientifique...

 

« Cette expérience prouve-t-elle que l'édition scientifique est définitivement condamnée ? Non, pas vraiment. C'est un simple rappel vis-à-vis de certaines revues “corrigées par des pairs” qui ne sont tout simplement pas corrigées du tout », souligne Neuroskeptic. D'après lui, la valeur ajoutée qui justifie le paiement réclamé par les éditeurs scientifiques pour la publication d'un article disparaît trop souvent de l'équation...

 

Les critiques envers l'édition scientifique et son système de publications payantes, alors que les chercheurs corrigent eux-mêmes les articles de leurs collègues, se sont fait entendre ces dernières années. Les universités dénoncent, elles, les tarifs prohibitifs de ces mêmes éditeurs pour accéder aux articles scientifiques, y compris ceux financés par de l'argent public. Dernièrement, c'est en Allemagne que la fronde s'est fait entendre...

Pour le plaisir, l'article du Dr Lucas McGeorge et du Dr Annette Kin, ci-dessous :
 

  Mitochondria: Structure, Function and Clinical Relevance by Neuroskeptic on Scribd