Pour trouver le bonheur, on peut commencer par lire

Nicolas Gary - 27.10.2015

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Le paradoxe fascine : les Italiens se rendraient-ils volontairement malheureux? Une étude réalisée par le groupe éditorial Mauri Spagnol affirme que les lecteurs sont des gens plus heureux que les autres. Or, 58 % des Italiens ne lisent pas. Toute une éducation à refaire

 

Mr. Potato Head Has His Nose in a Book

Enokson, CC BY 2.0

 

 

Les indicateurs de recherches, menées par Gems, Gruppo editoriale Mauri Spagnol, indiquent que les gens qui lisent se déclarent plus satisfaits de leur vie. L’indice utilisé est celui de l’échelle de Ruut Veenhoven, de l’université de Rotterdam. Selon ce dernier, il existe un indice de satisfaction de son existence, permettant de générer une sorte de Bonheur National Brut. 

 

Bien entendu, les indications permettant de répondre sont au plus haut point subjectives. Mais les éléments semblent également concorder avec une certaine vision de ce que peut être le bonheur. Ainsi, on est plus heureux dans un pays démocratique, occidental, avec une économie saine et active. Et plus encore si l’égalité entre les sexes est respectée, et que les perspectives d’avenir sont tangibles.

 

En somme, l’échelle de Veenhoven rappelle, ce que clamait la vox populi de Coluche, pleine d’ardeur : « Mieux vaut être riche et en bonne santé, que pauvre et malade. »

 

Les lecteurs italiens afficheraient alors un chiffre de 7,44 sur l’échelle de Veenhoven, mesurant le bonheur de 0 à 10. Et les non-lecteurs seraient à 7,21. Mais les autres échelles de mesure plaident également en faveur du bonheur ressenti par les lecteurs : sur celle de Cantril, qui mesure la satisfaction des individus par rapport à leurs attentes avec une échelle de 0 à 10, on affiche 7,12 contre 6,92. 

 

Sur celle de Biswas-Diener, qui propose des mesures de 6 à 30, on est à 21,69 contre 20,93. Cette dernière mesure six émotions favorables — comme le plaisir, la joie ou la sérénité.

 

S'éloigner des stéréotypes du lecteur solitaire

 

Stefano Mauri, président, et Luigi Spagnol, PDG, notent que l’étude portait sur des lectures faites en papier comme en numérique : « Les résultats offrent une image du lecteur éloignée des stéréotypes. » De fait, les lecteurs seraient mieux équipés intellectuellement et émotionnellement, comme l’ont déjà montré une foule d’études, pour faire face à des réactions négatives. 

 

Sauf que le bonheur ne vient pas nécessairement de la lecture elle-même, mais plutôt de ce qu’elle incarne une activité récréative. En revanche, elle apporterait plus de bonheur que les activités sportives, la musique ou les sorties culturelles, comme la découverte d’une exposition, ou d’aller au théâtre. Tout en bas de liste, on retrouve la télévision... un hasard ?

 

La lecture n’est donc pas un pis-aller pour les pratiquants, ni un simple passe-temps, mais une activité avec ses propres ressources et apports. « En général, les lecteurs font face à la vie de manière plus positive que les non-lecteurs, et savent profiter de leur temps de loisir de manière plus riche et structurée », assure l’Università Roma III qui en publie les résultats.

 

Lire ou ne pas lire, la question ne se pose donc plus. En revanche, les conclusions montrent que pour 68,7 % des répondants, les encouragements des parents à ouvrir un livre, durant les jeunes années, sont cruciaux. De même, la promotion de la lecture à l’école, par les enseignants, exerce un impact très positif, selon 64,7 % d’entre eux.