Pour une démocratisation de la culture, Filippetti monte au créneau

Clément Solym - 21.01.2012

Edition - Société - Aurélie Filippetti - culture - Hadopi


Passée sur France Inter, le temps de cinq minutes avec Pascale Clark, la députée socialiste Aurélie Filippetti, dame Culture de François Hollande, est venue défendre le programme du candidat, présenté peu avant. 

 

Fin d'Hadopi programmée, a expliqué le candidat à la présidentielle, voilà qui avait de quoi faire rire jaune, alors que l'on annonçait en parallèle la fermeture de MegaUpload, le site de téléchargement le plus en vue de la toile. Cette annonce, représente plutôt « une victoire pour la création française et puis pour l'accès de tous à la culture, c'est à dire la démocratisation culturelle », un des idéaux de la gauche.

 

Alors quid de ce futur sans Hadopi ? C'est renouveler les voeux de Hollande d'un acte II dans l'exception culturelle française, en refondant le droit d'auteur, sur les bases d'une ère numérique. Le tout « en respectant le droit d'auteur » malgré tout. Le couac, c'est donc l'opinion des professionnelles ? Aucun de ceux qu'Aurélie Filippetti a rencontrés ne se dit satisfait de cette Hadopi. 


 

Le discours de la gauche reste axé sur la protection du droit d'auteur, mais pointe l'échec d'une législation qui n'aura fait que déplacer les pratiques de téléchargement, vers celle du streaming. Et l'arrivée d'une Hadopi 3, chargée de combattre cette nouvelle pratique montre « que l'on est toujours en train de courir après la technologie ». 

 

Les socialistes ont pourtant bien pour ambition « d'empêcher tout ce qui est contrefaçon marchande », et utiliser les recours existants, saisir les tribunaux, et ainsi de suite, en appliquant le droit tel qu'il existe actuellement. « On veut aussi développer les plateformes légales, parce que pour l'instant, elles sont encore insuffisantes, notamment dans le domaine du cinéma. » Et puis, ne pas oublier de prendre l'argent où il existe, soit les fabricants de matériel, mais également les fournisseurs d'accès à internet.

 

Car le nouveau combat, « c'est le livre numérique. Le livre repose sur quoi ? Sur des libraires indépendants. Pour les défendre, il faut avoir une taxation spécifique de sites comme Amazon. » Après la taxe Google, donc, on voit comment se profile l'avenir. Sauf qu'Amazon n'est pas vraiment un féru des taxes, et s'est arrangé, outre-Atlantique, pour parvenir à ne pas en payer du tout. On attend avec impatience la recette française pour y parvenir. 

 

Chose étrange, Aurélie Filippetti accuse l'Elysée, qui se réjouit de la fermeture de MegaUpload, de n'avoir rien fait contre le streaming... juste après avoir dit que l'Hadopi 3, qui vise justement ce pan des infractions au droit d'auteur, démontrait son inutilité. Et pour le PS, ce n'est pas simplement l'échange Peer2Peer qu'il faut viser, mais l'échange commercial, précise-t-elle. Alors la fermeture de MU, c'est « totalement normal », et le PS souhaite renforcer ce type de lutte.

 

Mais, mis à part la fin d'Hadopi, pas de grands projets culturels chez les socialistes. Si fait ! L'éducation artistique. Passer par l'école pour éduquer les jeunes au droit d'auteur, et puiser également dans les ressources de l'école de quoi amener les futurs artistes de demain - en leur faisant rencontrer ceux d'aujourd'hui. 

 

« On a beaucoup à proposer, la défense, par exemple, du livre, la refondation du ministère de la Culture, parce qu'aujourd'hui son budget a stagné, mais surtout il est dépouillé de ses missions. » Pas tout à fait juste, les chiffres du ministère montrent qu'il a certes très peu, mais augmenté tout de même. Dans tous les cas, ne plus laisser aux collectivités locales, le soin d'assumer les politiques culturelles, et rendre à la rue de Valois, « son rôle ». 


Après tout, c'est bien Aurélie Filippetti qui interrogeait : et si le livre nous sauvait d'Hadopi ?

 

 

 

 

 

De quoi rendre un peu plus pertinents encore les propos de Authueil, sur son blog. Ce dernier explique que la fin de MU démontre finalement la vanité des lois présentes, comme Hadopi, ou à venir, comme les SOPA et PIPA, en cours de gestion outre-Atlantique. Puisque l'on peut arriver à faire tomber des sites avec les armes actuelles, quel intérêt d'en créer d'autres. Mais c'est dans sa conclusion qu'il ouvre les portes de la réflexion.  

Pour autant, faire disparaître Megaupload ne fera pas disparaître le partage et le téléchargement d'oeuvres culturelles. Il n'y a pas que Megaupload, même s'il était le plus gros et le plus visible. C'est comme la fermeture de Napster, qui n'a strictement rien changé pour l'industrie de la musique. Des solutions alternatives existent, elles vont prendre rapidement la place laissée vacante. Le fond du problème n'est en rien résolu. L'offre légale n'est toujours pas à la hauteur, le modèle économique est toujours celui de la pénurie organisée, avec un système de la chronologie des médias absolument intenable. Tant que les ayants droit ne donneront pas au public ce qu'il attend (produits "frais" et de qualité, à un prix raisonnable, selon des modalités techniques aisées), celui-ci continuera à se tourner vers des modèles de distribution "alternatifs".

Finalement, la disparition de megaupload est une très bonne chose pour le public et les partisans du partage libre de la culture et du savoir.