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Pour une indépendance de la littérature africaine : “le mouvement est encore trop timide”

Camille Cado - 14.05.2020

Edition - International - auteurs africains colonialisme - front liberation classique - rachat droits auteurs


Les livres d’auteurs africains francophones sont encore majoritairement publiés par des maisons d’éditions françaises et parisiennes, ce qui rend l’accès aux titres difficile pour les locaux. Et si de nombreuses initiatives ont depuis vu le jour dans la lutte pour l’indépendance de l’édition africaine, le mouvement reste encore trop « timide » pour certains.


Librairie de France, à Abidjan - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 
Depuis l’époque coloniale, c’est toujours majoritairement aux éditeurs parisiens que l’on achète un livre d’un auteur africain, quelque soit son pays d’origine. Une tendance qui ne s’est pas inversée et qui continue d’avoir des conséquences dramatiques pour la filière du livre en Afrique. 

L’auteur camerounais Daniel Alain Nsegbe, plus connu sous son nom de plume Mutt-Lon explique aux tribunes du Guardian se souvenir de la première fois qu’il a vu un de ces romans se vendre dans sa ville natale de Douala. Il s’agissait de Ceux qui sortent dans la nuit édité chez Grasset. « Le prix était si élevé qu’il aurait fallu demander à quelqu’un d’arrêter de manger pendant deux jours pour acquérir le livre ! » affirme-t-il. 

Malgré le fait que les ouvrages des auteurs africains peinent à trouver le chemin des lecteurs locaux, certains auteurs préfèrent tout de même être publiés par des éditeurs situés en France. D’abord, par souci de facilité. The Guardian relève un manque d’infrastructure pour l’édition en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. « Il faut également lutter contre les problèmes tels que la distribution, le piratage, les coûts... »

Mais aussi, pour la renommée. « Les auteurs ne m’ont jamais demandé s’ils pouvaient reprendre leurs droits d’auteur » explique Jean-Noël Schifano, qui a fondé en 1989 la collection Continents Noirs chez Gallimard. « Ils signent un contrat pour trois livres et jouissent d’une liberté absolue. Ils publient avec Gallimard pour être reconnus et avoir un écho sur le continent africain. »
 

Pour une indépendance de la littérature africaine

Cependant, plusieurs initiatives ont depuis vu le jour avec l’espoir qu’une alternative aux éditions parisiennes était possible. Certains choisissent ainsi de conserver leurs droits d’auteurs et de négocier avec les éditeurs locaux, pour s’assurer que les textes puissent être édités sur place, par des maisons qui exploiteraient alors dans des conditions commerciales plus proches de la réalité économique des habitants.

D’autres ouvrent leur propre maison d’édition, comme Léonora Miano qui a lancé les éditions Quilombo au Togo. Ou encore se rassemblent pour mener campagne. C’est le cas du Front de libération des classiques africains, fondé par l’auteur ivoirien Armand Patrick Gbaka-Brédé. Ce groupe appelle les éditeurs français à renoncer aux droits africains sur la littérature classique. 

L’alliance internationale des éditeurs indépendants travaille également à sensibiliser les éditeurs français sur la question des droits dans les territoires africains. « C’est un processus de négociation, mais beaucoup ne veulent pas négocier », explique  Laurence Hugues, directrice de l’Alliance, avant de souligner que les petits éditeurs étaient plus ouverts à la discussion.

À la suite de quoi, l’Alliance aide les éditeurs africains à trouver des financements et à garantir un prix abordable pour les livres. L’auteur camerounais Mutt-Lon a par exemple fait appel à l’Alliance des éditeurs indépendants pour renégocier avec son éditeur, Grasset. Une édition de Ceux qui sortent dans la nuit a ainsi été publiée par une alliance de sept éditeurs africains en 2017.

« Je comprends maintenant que mes livres doivent également être publiés en Afrique afin qu’ils puissent atteindre mes lecteurs », a-t-il expliqué. 
 

Les éditeurs français “doivent faire des concessions”


Si pour certains la professionnalisation croissante des éditeurs africains donne un nouvel espoir à la littérature africaine, pour d’autres, l’indépendance est encore loin. 

L’autrice ivoirienne Véronique Tadjo a décidé de conserver ses droits il y a près de 20 ans, après avoir fait le constat que ses livres n’étaient accessibles qu’à une petite élite. « Au début, les auteurs africains ont été surpris de voir que l’on pouvait conserver nos droits pour l’Afrique et ont souvent eu peur de les demander à leurs éditeurs français, qui peuvent se montrer très possessifs », explique Tadjo.
 

“Comment nous, éditeurs indépendants,
vivons et faisons vivre la francophonie…”


« Je pense que le mouvement est encore trop timide. Il s’agit de prendre de nouvelles habitudes, de s’organiser autrement, de faire pression sur les éditeurs français. Ils doivent faire des concessions. J’espère qu’ils s’habitueront à l’idée  » poursuit-elle.

Et de conclure : « C’est à l’avantage de tous et bon pour la littérature francophone en général. »




Commentaires
Toutes ces idées et dynamiques sont louables, mais le principal acteur défaillant de cette crise éditorial demeure, de mon point de vue l'Etat! Rien de significatif ne se produira tant que les pouvoirs publics ne planteront pas un décor favorable à l'émergence de l'édition locale. Preuve: les pouvoirs publics en France viennent de débloquer 500 000€ pour réduire les effets économiques néfastes de la covid-19 dans la filière livre. Citez un seul pays d'Afrique où le mot livre a été prononcé dans le cadre des dispositifs de riposte à cette crise sanitaire...
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