Pourquoi certaines personnes ne vont-elles pas dans les bibliothèques ?

Antoine Oury - 17.04.2019

Edition - Bibliothèques - bibliotheques non usagers - bibliotheques frequentation etude - lecture bibliotheque


Si les études sur les publics qui fréquentent les bibliothèques et leurs habitudes culturelles ne manquent pas, il est plus rare de s'intéresser de près à ceux qui ne sont pas usagers des établissements de lecture publique. Environ 60 % des interrogés ont déclaré ne pas avoir fréquenté de bibliothèque au cours des 12 derniers mois : le ministère de la Culture s'est penché sur ces publics pour en tirer quelques observations utiles.

Médiathèque Les 7 lieux, Bayeux
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Une précédente étude du ministère, en 2016, avait permis d'estimer, à partir des personnes interrogées, que 60 % des répondants ne s'étaient pas rendus dans une bibliothèque au cours des 12 derniers mois. Précision d'emblée, pour rassurer, qu'il s'agit là de non-usagers actuels, qui ont déjà fréquenté une bibliothèque : les non-usagers absolus sont estimés à 13 % parmi les répondants.

Au sein de ces non-usagers actuels déclarés, une répartition presque paritaire de femmes (52 %) et d'hommes (48 %) et pas de catégorie socio-professionnelle particulière : peu ou beaucoup d'études, des revenus élevés ou faibles ne font pas trop la différence.

Du côté des pratiques culturelles, « le non-usage des bibliothèques municipales ne peut s’expliquer par un éloignement du domaine culturel ou un désintérêt pour la culture en général », relèvent les auteurs de l'étude. Autrement dit, les non-usagers des bibliothèques ne sont pas victimes d'un décrochage culturel : ils vont au cinéma, au musée, au théâtre et ont même acheté un livre ou une BD au cours des 12 derniers mois.

Cela dit, dans le domaine du livre, les non-usagers ne sont pas de grands lecteurs : un quart des non-usagers, selon les répondants, n’a lu aucun livre au cours des 12 derniers mois (23 % exactement) et 43 % n’en ont lu qu’entre 1 et 4. 

L'âge est une variable bien plus importante, indique l'étude : plus l'on vieillit, moins l'on est susceptible de se rendre en bibliothèque. Ainsi, la part des non-usagers, chez les 65 ans et plus, atteint 26 %, contre 12 % chez les 15-24 ans.

Ces profils sont nuancés par une analyse plus fine des résultats, qui exclue les profils de non-usagers qui ont profité auparavant des services des bibliothèques, pour ne conserver que les profils des non-usagers éloignés des bibliothèques : on observe cette fois que les personnes aux revenus plus modestes et lisant peu voire aucune livre dans l'année sont les plus susceptibles d'être éloignées des bibliothèques.
 

L'éloignement des non-usagers d'une bibliothèque ne peut pas non plus expliquer l'absence de fréquentation : 88 % des interrogés résident dans une commune disposant d'une bibliothèque municipale — un résultat à nuancer, précisent les auteurs de l'étude, en prenant en compte les difficultés d'accès liées aux horaires et jours d'ouverture ou aux transports en commun, par exemple.

Le principal facteur de non-fréquentation des bibliothèques semble bien se trouver du côté de la connaissance des services et de l'offre des établissements : « [S]euls 5 % des non-usagers déclarent avoir une bonne connaissance de l’offre proposée par la ou les bibliothèque(s) de proximité et 26 % disent en avoir une connaissance partielle », indique l'étude du ministère. 65 % des non-usagers ignoreraient ainsi le contenu de l'offre de leur bibliothèque de proximité, même si l'image générale des bibliothèques reste extrêmement positive — seuls 2 % des répondants jugent les bibliothèques municipales peu utiles.
 
Autant dire que l'action en matière de communication sur l'offre des bibliothèques et sur les avantages qu'il est possible d'en tirer doit être renforcée, même si la part d'usagers des établissements a eu tendance à progresser ces dernières années. Et si le livre et la lecture restent fortement associés aux bibliothèques, y compris par ceux qui ne les fréquentent plus, il est frappant de voir combien d'autres services ou offres sont encore ignorés.
 

Les raisons invoquées par les non-usagers sont multiples, mais l'on y retrouve bien sûr des préoccupations pratiques : le manque de temps (34 %), les horaires d'ouverture peu adaptés (26 %), l'éloignement (14 %). Sont également cités internet, plus commode (28 %), l'absence de besoin (26 %), le fait de préférer acheter les livres (25 %). Curieusement, l'offre non adaptée (6 %), le coût de l'inscription (6 %) ou le sentiment de ne pas y être à sa place (5 %)  sont peu cités.
 
L'étude, qui se base sur 1500 réponses recueillies par internet entre le 23 mars et le 4 avril 2018, puis 103 réponses obtenues par téléphone auprès de personnes âgées de 65 ans et plus, est disponible ci-dessous ou à cette adresse.

 




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