Pourquoi la romance érotique connaît un tel succès ?

Victor De Sepausy - 24.03.2013

Edition - romance - érotique - Day


Autour de la romancière américaine Sylvia Day (qui a signé la triologie Crossfire éditée chez J'ai lu en France), s'est tenu un débat samedi au Salon du livre sous la formule « La littérature dans tous ses ébats ».

 

 


 

 

Pour échanger sur la montée en puissance, au niveau mondial, de la romance érotique depuis le succès de 50 nuances de Grey, on retrouvait Sylvie Gand (qui tient le site Blue Moon), Stéphane Marsan (cofondateur des éditions Bragelonne) et Ghislaine Paris (psychologue et sexologue qui a publié Faire l'amour pour éviter la guerre dans le couple). Murièle Roos, directrice de la rédaction de Femme majuscule, s'est chargée d'animer les débats.

 

Une écriture du fantasme 

 

Le succès planétaire de la romance érotique semble réaffirmer le pouvoir de l'union des sexes et de l'amour. Comment expliquer l'engouement pour la mise en récit de ces nourritures terrestres ? Pour Sylivia Day, le livre permet l'écriture de fantasmes : avec la littérature, on peut aller plus loin que dans le réel, autant pour les personnages que pour les lecteurs.

 

Stéphane Marsan, qui a ouvert dans sa maison le label Milady, aux côtés d'une dominante fantasy, rappelle que le schéma de personnages très typés et fantasmatiques vient directement de la culture littéraire américaine. Ce courant de la romance érotique n'est pas censé être une littérature réaliste. C'est une littérature pour rêver, mais qui donne aussi des idées pour changer sa propre vie.

 

On remarque aussi que les héros types américains ont fortement évolué ces dernières années. Désormais, le vampire est séduisant. Par exemple, 80 notes de jaune de Vina Jackson, roman d'origine anglaise fonctionne avec des personnages plus réalistes. Il y a une question de choix librement assumés. Certains chapitres sont narrés par une femme, d'autres par un homme.

 

Qui sont les lecteurs de la romance érotique ?

 

Pour Sylvie Gand, ces romans sont principalement lus par les femmes. Ces lectrices cherchent des personnages masculins représentant une forme de fantasme. Après, il y a toujours une identification aux personnages féminins, donc il ne faut pas non plus que les héroïnes soient parfaites, afin que le processus d'assimilation se fasse.

 

S'expliquant sur la narration choisie pour Crossfire, Sylvia Day précise que c'est Eva, une femme, qui raconte l'histoire. Dévoile-moi est le sixième roman érotique qu'elle a écrit. Et c'est le premier qu'elle narre à la première personne. Avant, elle choisissait toujours la troisième. Mais, dans cette trilogie, le personnage masculin, Gideon Cross, était trop mystérieux. Impossible donc de raconter à travers lui. On suit alors Eva, l'héroïne, qui nous permet d'appréhender cet homme.

 

 

 

 

 

Quant à l'expression de « mommy porn », elle est à bannir pour Ghislaine Paris.  Il faut parler de sexualité féminine, de fantasme féminin, mais cela ne doit pas être assimilé avec un moment de la vie d'une femme. C'est davantage d'ailleurs une littérature érotique.

 

Selon Sylvie Gand, les lectrices recherchent la romance érotique, genre qui unit le sexe et les sentiments. Les Américains distinguent : « romantica », histoire d'amour, et « erotica », qui est seulement focalisé sur la liaison charnelle.

 

Pour Ghislaine Paris, la romance érotique attire surtout des lectrices, car ces ouvrages travaillent plus sur le fantasme, qui est davantage l'apanage de la sexualité féminine dans la tradition occidentale. Ces récits sont des supports à leurs propres fantasmes. Des ouvrages qui font aussi le pont entre le sexuel et le sentimental. Cela réconcilie ces deux aspects, trop souvent dissociés dans notre société, et trop souvent sexués aussi (homme : le sexe instinctif, la femme, les sentiments).

 

 

 

 

 

Romance érotique : quelle définition au juste ?

 

Pour Stéphane Marson, dans la pornographie, l'essentiel, c'est l'acte sexuel, qu'il soit ou non lié au sentiment amoureux. Dans la romance érotique, le sexe fait partie de l'histoire d'amour. On raconte l'histoire d'amour dans son ensemble, sans faire l'impasse sur son volet sexuel.

 

La romance aux États-Unis, c'est-à-dire les romans d'amour, c'est tout de même 52 % du marché du livre (comptabilisé en milliards de dollars). Ce sont majoritairement des femmes qui écrivent pour des femmes, avec des protagonistes féminines. Une littérature dont il ne faut cependant pas nier la diversité.

 

Pour Sylvia Day, la pornographie n'a qu'un seul but, celui d'exciter le lecteur, sans forcément construire une histoire. Dans le genre « erotica » : on suit une personne qui va se découvrir à travers ses expériences sexuelles. Et la romance érotique consiste en l'histoire d'un couple qui se découvre progressivement à travers le sexe. Un couple souvent qui a du mal à communiquer et qui va justement pouvoir le faire grâce au sexe. Sans le sexe, leur relation n'existerait pas.

 

Le succès planétaire de 50 nuances de Grey a permis de dépasser les classiques du genre. En France, il n'y avait que Harlequin et J'ai lu qui s'occupaient de romance. Désormais, d'autres acteurs s'invitent dans la danse, et c'est une ouverture vers un renouveau, un enrichissement de ce genre en pleine métamorphose aussi en France.




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