Pourquoi valoriser le système propriétaire de l'iPad au détriment des librairies ?

Clément Solym - 27.08.2010

Edition - Société - apple - librairie - ebooks


Il n'aura pas fallu très longtemps pour que le Syndicat de la librairie française, par l'intermédiaire de son président, réagisse aux propos tenus par Arnaud Nourry à l'attention de ses collaborateurs.

Alors que nous avons hier publié en exclusivité le communiqué envoyé aux troupes par Arnaud Nourry, Benoît Bougerol, président du SLF, nous livre ses impressions. « Bien évidemment, je ne peux pas réagir directement au contenu de la lettre qui n'était pas une réponse destinée à être publiée, et s'adresse aux éditeurs de Hachette. Cependant, si cette argumentation rejoint quelques-unes des questions que nous avons posées, elle n'y répond pas, parce que les interrogations sont plus larges. »

Et le président de nous expliquer que la question de cette réclame « déjà disponible sur iPad », n'est que la partie visible de l'iceberg (en savoir plus). « Tout d'abord, alors que la démarche à l'égard du numérique est commune, Hachette se démarque par son absence de la réflexion globale. Ensuite, ce qui nous interroge, c'est le fait que la communication dans la presse se fasse exclusivement sur les livres vendus sur l'iPad. »


Or, c'est moins l'objet en tant que tel qui focalise l'attention que le canal de vente exclusif qu'il représente. « Cela donne l'impression qu'il n'existe plus que ce moyen pour acheter les livres, quand il n'induit pas les lecteurs en erreur, en leur faisant croire que le livre n'est disponible que sur l'iPad », remarque Benoît Bougerol.

« Le véritable problème n'est pas l'iPad, c'est la place des lieux de vente, des librairies, dans cette campagne. Pourquoi ne pas avoir communiqué sur la présence de tel ou tel ouvrage en librairie et en plus sa disponibilité sur la boutique d'Apple ? » Une attitude, qui, selon lui, pousse à la confusion, autant qu'à l'oblitération des pans de la chaîne du livre.

« De la sorte, l'auteur, le texte et même l'éditeur disparaissent, et il ne reste plus que l'objet, l'appareil qui sert à lire. La tablette concentre l'attention et le reste est oublié. Si Arnaud Nourry a prédit que les ventes numériques pourraient représenter 10 à 15 % du secteur d'ici 5 à 7 ans, cela laisse au moins 85 % de ventes réalisées par les libraires. Alors que le métier évolue, c'est certain, nous y sommes favorables, mais sans créer de malaise. Et par extension, comment valoriser un environnement propriétaire, avec toutes les règles et contraintes qu'il représente ? »