Poussos et Branchiflore : chez Harry Potter, la magie dépasse la science

Cécile Mazin - 30.05.2016

Edition - Société - Harry Potter magie - science Poussos Branchiflore - respirer branchies nager


« Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. » Arthur C. Clarke avait eu l’audace de postuler trois lois, dont cette dernière qui fait figure de règle, dans la fiction spéculative. Des étudiants de l’université de Leicester ont décidé de mettre à l’épreuve les sortilèges utilisés dans Harry Potter, pour vérifier leur degré de réalisme. Science ou magie, c’est là toute la question. 

 

Lego Harry Potter

Nathan Hadley, CC BY ND 2.0

 

 

Le très sérieux Journal for Interdisciplinary Science Topics, vient de faire paraître deux études, particulièrement troublantes : "Drowning with Gills?" et "Revealing the Magic of Skele-Gro". Des étudiants se sont lancés dans l’analyse de deux sorts. Le premier, Branchiflore (Gillyweed), permet à celui qui mange la plante de se faire pousser des branchies et donc de respirer sous l’eau. Le second, Poussos (Skele-Gro), répare les os cassés. Alors, plausible ?

 

Les branchies, c'est pour être à la mode

 

C’est dans La Coupe de feu que l’on voit apparaître le premier : les apprentis sorciers doivent plonger au fond d’un lac et récupérer quelque chose qui leur est cher – en l’occurrence un ami attaché, sans se faire bouffer par les sirènes. Les étudiants se sont alors penchés sur la vision qui en est donnée dans le film : les branchies qui poussent chez Harry sont estimées à 60 cm2, premier point. Ensuite, la teneur en oxygène du Lac Noir est prise en compte, puis mesurée à la moyenne de ce qu’un garçon de 14 ans doit brasser comme quantité d’eau pour respirer. 

 

Bilan ? 443 litres d’eau par minute pour être efficace, par minute passée sous l’eau. Ce qui implique un débit de 2,46 m par seconde. 

 

« C’est extrêmement rapide, si Harry doit apporter l’eau à ses branchies par le seul principe de sa respiration. » En fait, on enregistre plutôt 1,30 m par seconde pour une respiration normale. Pour absorber deux fois plus de flux, les branchies dont il dispose sont absolument inefficaces, concluent les étudiants. Pourquoi ? Simplement parce que le film se plante : Harry nage la bouche fermée dans l’adaptation, et ce n’est pas comme cela que les poissons se servent de leurs branchies. 

 

« Si Harry ouvrait la bouche pour permettre à plus d’eau d’entrer dans sa gorge et de passer à travers les branchies, il serait alors plausible qu’il puisse respirer sous l’eau. » Sans cela, la prouesse permise par la Branchiflore est totalement irréaliste, si, si...

 

 

 

Y'aurait pas comme un os ?

 

L’autre pouvoir, conféré par Poussos, intervient après un match de Quidditch : Potter s’est cassé le bras (dans La Chambre des secrets) et la potion est particulièrement rapide. Elle prend tout une nuit de douleur pour faire effet, ainsi que l’avertit Madame Pomfresh. Harry avale sagement sa potion, et veillé par Hermione et Ron, il boit de l’eau à l’intervalle régulier. D’ailleurs, dans le film, le goût est manifestement écœurant puisqu’Harry la recrache immédiatement. Loin du jus de citrouille auquel il s’attendait peut-être ?

 

Mais reste qu’Harry guérit dans les 24 heures qui suivent son accident, soit un taux de guérison 90 fois plus rapide que la régénération osseuse naturelle. On comprend que la chose soit douloureuse. Un adulte a besoin de 2500 kcal/jour, et la réparation de fractures osseuses peut nécessiter jusqu’à 6000 kcal, indique l’étude. 

 

Or, la dépense énergétique nécessaire à la croissance des os pour un enfant de 14 ans serait de 133.050 kcal, pour apporter une puissance de 6443 W. « Ces valeurs sont une estimation prudente et la dépense d’énergie est susceptible d’être bien plus grande », indiquent les étudiants à l’origine de l’étude. Et sourire en coin, en concluent que Poussos dispose donc de propriétés magiques inexplicables qui permettent d’apporter tant d’énergie en si peu de temps. 

 

 

 

Rappelons surtout que la première loi de Clarke était : « Quand un savant distingué, mais vieillissant estime que quelque chose est possible, il a presque certainement raison, mais lorsqu’il déclare que quelque chose est impossible, il a très probablement tort. » Les étudiants ont donc encore des baguettes sur la planche...