Pouvoir, responsabilité : injecter un peu de Spider Man chez Jeff Bezos

Nicolas Gary - 05.09.2014

Edition - International - Jeff Bezos - livre culture - lecture symbiose


Janet Fitch est une auteure connue pour son ouvrage, Laurier blanc, publié en mai 2000 chez Albin Michel et traduit par Marie-Lise Marlière. Le titre avait été repris chez Livre de Poche deux ans plus tard, au moment de l'adaptation en film par Peter Kosminsky. Ce qui est plaisant, c'est que cet aparté n'a à peu près rien à voir avec la suite : Janet Fitch, comme d'autres, est en effet très remontée contre Jeff Bezos, le patron d'Amazon, et a souhaité lui faire savoir. 

 

 

spiderman vs. scorpion

Riccardo Bandiera, CC BY NC 2.0 

 

 

De là à se demander si Janet Fitch n'est jamais ressortie d'un exil lointain, il n'y aurait qu'un pas : elle assure n'avoir « jamais entendu parler de lui [Jeff Bezos] » et, pour cette raison, a pris sa plus belle plume. Comme d'autres auteurs, ses ouvrages ont été victimes de l'embargo papier mené par Amazon contre le groupe Hachette Book, aux États-Unis. En supprimant la solution de précommande, le cybermarchand a fait mal à tout le monde, et comme Janet Fitch publie chez Little, Brown, filiale de Hachette, elle l'a subi de plein fouet. 

 

Elle tient également à rappeler que, si le prix de vente des ebooks est au coeur du problème, « le nombre magique que retient Amazon de 9,99 $ n'est pas fondé sur le coût réel de l'édition de livres, qui comprend le paiement des avances d'auteurs, les salaires pour les éditeurs, et tous les autres coûts de création d'ouvrages, pour assurer leur lecture. » 

 

Appuyer là où ça fait mal peut toujours servir à réveiller la douleur, et les consciences par la même occasion, mais le consommateur anesthésié par les promotions sans fin d'Amazon a-t-il encore une chance d'entendre l'appel ? « En tant que lectrice et auteure, je trouve qu'Amazon fournit un excellent service, mais il est en danger de tuer le noyau central », écrit-elle à Bezos. Et de souligner, ça va toujours mieux en le disant, que l'on ne vend pas des livres de la même manière que des râteaux ou des adaptateurs pour téléphone portable. Le livre « est la pierre angulaire intellectuelle et culturelle de cette nation, et de n'importe quelle autre ».

 

Or, à se servir de la culture d'une manière aussi négative, avec des méthodes qui frôlent le banditisme – certains n'hésitent pas à parler de voyou pour qualifier Amazon –, la société tente surtout de presser le citron jusqu'à sa dernière goutte. « Par conséquent, il briserait la capacité des auteurs à vivre et créer, celle des éditeurs à recueillir et affiner, et à offrir la crème de la crème au public », jure-t-elle. On lui opposerait facilement que publier le énième livre de Max Gallo ou de Pierre Bellemare ne consiste pas vraiment à se montrer sélectif ni exigeant, mais pour les besoins de sa démonstration, passons...

 

On ne fait donc pas du business comme d'habitude avec le livre. « Avec la quantité de richesse et de pouvoir qu'Amazon a accumulé, vous devez aussi vous mettre dans une position de responsable – veux, veux pas – pour l'ensemble de la vie intellectuelle du pays. » Autrement dit, faire sien l'adage de Peter Parker, alias Spider Man, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. « Je vous invite à accepter consciemment cette responsabilité », enjoint donc Janet, et de faire en sorte que le livre, qui ne représente certainement qu'une petite part du chiffre d'affaires, soit un peu mieux traité. 

 

« La différence entre une relation de symbiose et un parasitisme, c'est qu'en symbiose, l'hôte n'est endommagé d'aucune façon. Les deux organismes travaillent ensemble pour un bénéfice mutuel. Dans une relation parasitaire, la croissance de l'organisme secondaire dépasse la capacité de l'hôte à survivre. Contrairement à la symbiose, le parasite tue son hôte, et, finalement, lui-même. »

 

La leçon méritait d'être passée.

 

 

À propos de Laurier blanc

Astrid est l'enfant unique d'une mère célibataire, Ingrid, brillante poétesse dont la lumineuse beauté n'est qu'une arme pour séduire et manipuler les hommes. Elle adule sa mère et chérit leur intimité. Mais son univers bascule lorsque Ingrid tombe amoureuse, renonçant à ses promesses de fidélité et d'exclusivité envers elle. Jusqu'au drame qui va les séparer.

Laurier blanc raconte l'histoire d'Astrid, son errance dans les nombreux foyers d'accueil de Los Angeles, les épreuves qu'elle doit affronter pour trouver sa vérité et son chemin. Seuls la détermination et l'humour lui permettront de relever le défi, de lutter contre la solitude et la pauvreté, et d'apprendre ce que peut devenir un enfant sans mère dans un monde indifférent.

 

À retrouver en librairie