PPDA : contrefaçon, violation de vie privée, un roman vengeur

Clément Solym - 09.06.2011

Edition - Justice - fragments - femme - perdue


L'ex-présentateur du JT et homme de lettres, autant que de cocktails, Patrick Poivre d'Arvor, était aujourd'hui devant le TGI de Paris dans l'affaire qui l'oppose à Agathe Borne, une ancienne amante, et sujet d'un roman, bien malgré elle.

Dans un ouvrage paru en 2009, Fragments d'une femme perdue, PPDA avait en effet repris la relation qu'ils avaient tous deux entretenue, notamment en s'appuyant sur les lettres que les deux avaient pu échanger. « C'est une atteinte au secret des correspondances », puisqu'« en les écrivant, Mme Borne n'aurait jamais pensé qu'elles auraient pu être divulguées », estimait en janvier dernier l'avocate de la plaignante...

'Vengeance d'une rare perversité'

Et Me Nathalie Dubois de récidiver dans la même veine durant l'audience, considérant que l'ouvrage est « l'instrument d'une vengeance d'une rare perversité ». Riposte immédiate de l'un des deux avocats de PPDA, cité par l'AFP : « Il n'a pas écrit un livre pour se venger ou se punir. Il n'a pas quinze ans, il a passé l'âge des enfantillages ! »

Eh bien, au contraire : PPDA aurait fait exprès de rendre Agathe Borne parfaitement reconnaissable dans son livre, par de multiples et limpides allusions. « Il décide de l'humilier en parlant de sa sexualité et en donnant un portrait tout à fait déloyal, dénigrant, mais crédible pour ses lecteurs », ajoutait Me Dubois, de sorte que pour le lecteur adepte de la presse people, impossible de distinguer la fiction du réel. Alors, liberté de création, peut-être, mais violation de la vie privée, impensable !

D'autant plus que le livre aurait contraint Agathe Borne et sa nouvelle famille à migrer aux États-Unis, pour échapper à la honte de ces révélations publiques. Fadaise, rétorquera l'autre ténor du barreau : « Quand on est une star, il faut assumer aussi le côté pesant de la notoriété. » Et surtout, tout le livre, un roman, repose sur le principe de l'auto-fiction, un genre prisé ces dernières années, pour ce qu'il permet de lier vie personnelle et fantasmes multiples, dans un récit. Mais il s'agit avant tout d'une oeuvre d'imagination.

Bon, cela permet au moins de savoir à quel niveau se fixe l'imaginaire du journaliste.

Témoin à contre-charge de qualité

Cependant, attendu que le livre s'appuie sur des lettres personnelles, utilisées quasi comme écrites, à la violation de vie privée, s'ajouterait la contrefaçon. Ce qui signifie 150.000 € de dommages-intérêts, et l'interdiction de sortie en version poche du livre - déjà écoulé à 75.000 exemplaires. Pourtant, un proche de PPDA est intervenu, Dominique Ambiel, producteur pour la télévision, mais également ancien conseiller en communication de Jean-Pierre Raffarin, quand il était Premier ministre, et viré à l'occasion de l'affaire où il avait été vu en compagnie d'une prostituée. [correction : Ambiel et non Raffarin, vu avec une péripatéticienne]

Ce dernier a attesté qu'Agathe Borne avait lu les épreuves avant la sortie du livre. Mais, évidemment, rétorque-t-elle, étant donnée la foule de jolis qualificatifs qu'on lui attribue (tricheuse, courtisane, d'araignée venimeuse, pute, menteuse, traînée), « qui n'a pas envie d'être assimilée à cette femme formidable », gronde son avocate. Et rendez-vous le 7 septembre pour le délibéré... [et non les conclusions]

Pour mémoire, M. Ambiel est président de A Prim Group, la société de production qui a monté la série Une maison, un écrivain, qui doit être diffusée sur France 5, dès le 26 juin, et dont l'idée a été proposée... par Patrick Poivre d'Arvor. Charmant. (notre actualitté)