PPDA ira en cassation contre TF1 : une liberté à préserver...

Clément Solym - 05.10.2012

Edition - Justice - PPDA - TF1 - Laurence Ferrari


Il faudra désormais attendre le verdict de la Cour de cassation pour savoir à quelle sauce sera puni Patrick Poivre d'Arvor. Le présentateur star du JT de TF1 avait vu sa condamnation contre TF1 confirmée par la cour d'Appel de Versailles « à verser 400.000 euros, plus 10.000 euros pour les frais engagés en cause d'appel », confirmait la chaîne à l'AFP. 

 

 

PPDA, en live, crédit ActuaLitté

 

 

 

C'est que, contractuellement, le présentateur était engagé par une « clause d'interdiction de critique et de dénigrement », suite à son licenciement en 2008. Et le conseil des Prud'hommes avait alors été saisi, TF1 estimant que le présentateur n'avait pas respecté son engagement. 

 

À l'occasion de son départ, PPDA avait perçu 3,5 millions €, et, problème, il sort un livre A demain!, en chemin vers ma liberté, aux éditions Fayard, le 15 octobre 2008. Dans lequel on trouvait, hélas pour le journaliste et écrivain (faut le dire vite...), des passages allant à l'encontre de ladite clause. 

 

Dans l'ouvrage, PPDA faisait état de son départ, des petits échanges musclés avec Laurence Ferrari, qui avait pris sa place au journal de 20h. Weblibre se souvient de l'un des passages 

Patrick, c'est Laurence. Je voulais te dire que j'aurais dû te rappeler hier. Mais j'ai eu peur. Je te le dis très clairement, très franchement, très sincèrement. J'ai attendu jusqu'au dernier moment qu'on te parle, que quelqu'un te dise les choses, parce qu'en aucun cas ma volonté était de te nuire. Mon choix a été difficile. J'ai beaucoup hésité. J'ai beaucoup attendu. Et puis, à un moment, on m'a mis le couteau sous la gorge. J'ai dû trancher. Je suis à ta disposition, si un jour tu veux qu'on se reparle. Voilà, je ne sais pas quoi te dire d'autre. Je t'embrasse ». Patrick aurait alors répondu: « Chère Laurence...Ne t'offusque pas si quelqu'un, un jour, s'avise de te chiper ta place. Comme on le dit avec gourmandise dans notre milieu si confraternel, personne n'est propriétaire de son fauteuil. »

 

Or, selon son avocat, Me Francis Teitgen, non seulement la cour d'appel n'a pas assez pris en compte la liberté d'expression des salariés, mais surtout, PPDA n'avait pas dénigré son ancien employeur, mais seulement critiqué. Nuance de taille, quand on parle d'une condamnation de 400.000 €. Condamné en 2011, PPDA décide de faire appel, ajoutant qu'« au-delà des montants extravagants, c'est de liberté d'expression qu'il s'agit ». 

 

Mais juridiquement, l'avocat s'interroge sur la validité de la clause ajoutée par TF1 dans le contrat de départ. 

 

Le journaliste ajoutait que, malgré les années de bons et loyaux service, depuis 1987, la chaîne avait manqué d'élégance à son endroit, et surtout, estimé que suite à l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence du pays, TF1 perdait manifestement de son indépendance. 

 

C'est donc en cassation que se résoudra l'affaire. De son côté, dans un message publié sur son site officiel, PPDA reconnaît que le livre a été un exutoire, et revendique le droit de parler librement... 

Pour ce qui me concerne, j'ai depuis longtemps tourné la page en écrivant un livre trois mois après mon licenciement : « À demain ! En chemin vers ma liberté ». Depuis, je me refuse de parler en public ou en privé de mon ancienne chaîne. Je pense l'avoir suffisamment aidée pendant vingt-et-un ans. Je me pourvois bien sûr en cassation. La jurisprudence de la Cour de cassation est en effet constante à propos de la liberté d'expression d'un salarié vis-à-vis de son ancien employeur. Surtout quand il s'agit d'un journaliste dont le métier est de rapporter les faits et de les commenter. Je veux encore avoir confiance en la justice de mon pays. Le pot de fer ne peut pas toujours gagner contre le pot de terre.