Préavis de grève chez Interforum : augmenter les salaires, faire des embauches

Nicolas Gary - 07.06.2019

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« Nous avons la chance de parvenir à quelque chose de concret : nous ne pouvons pas la laisser passer », explique-t-on à ActuaLitté. Les salariés de la diffusion Interforum (incluant les ex-Volumen) ont décidé de poser un préavis de grève ce 11 juin, pour faire entendre leurs revendications. Devant le siège, ils devraient être nombreux à débrayer, portés par l’espoir qu’enfin, la direction entende leur mal-être.


(photo d'illustration, Les Champs Libres, CC BY SA 2.0)
 

Le mouvement de contestation n’a rien de banal : parti de revendications qui n’étaient pas portées originellement par les syndicats, ce sont les équipes de premier niveau qui l’ont lancé. « Nous avions accepté de manière quasi unanime le plan de rémunération qui nous avait été proposé. Or, indépendamment des objectifs, nous avons découvert qu’au final, nous étions moins payés », nous précise une source.
 

Un plan de rémunération problématique


Tout débute mi-avril, après qu’un courrier émanant de l’équipe premier niveau adressé à la direction fait état d’un fort mécontentement. « Selon nos observations, nous travaillerions pour le groupe de diffusion qui paierait le moins bien ses représentants », indique un proche du dossier. Et preuves à l’appui, de pointer des décalages « de 15 à 20 %, quand bien même le mode de calcul n’est pas identique. Nous avons même découvert qu’entre les équipes Interforum et les anciennes de Volumen, existaient des différences de salaires », se désole-t-on.
 
Au coeur des revendications qui seront portées ce 11 juin, deux points majeurs restent donc à régler. « Nous avions précédemment obtenu une neutralisation des objectifs, avec pour conséquence d’être payé comme s’ils étaient atteints à 100 % », rappelle un salarié. Or, si ce point fut accordé extrêmement vite par la direction, deux autres posent toujours problème.

« Quand nous nous sommes adressés à Éric Levy, le président d’Interforum, il nous a été répondu que la direction était d’accord avec nous, qu’elle comprenait… mais ne pouvait rien faire », s’exaspère une salariée. « Nous avons donc décidé de solliciter directement Pierre Conte, le PDG. » 
 

Négociations, embauches : des demandes simples


Et les demandes sont simples : la réouverture des négociations sur le plan de rémunération, avec effet rétroactif à compter du 1er janvier. D’autre part, des embauches immédiates, pour faire face à la hausse d’activité – mais surtout à la disparition des trois équipes généralistes (anciennement proxi et hypermarchés). « Elles comptaient 48 représentants, et sont aujourd’hui ramenées à deux équipes, pour 39 représentants », poursuit une autre salariée.

Selon les estimations, il faudrait intégrer cinq à sept personnes dans les équipes généralistes et les animateurs de clientèle. Ces derniers sont des commerciaux détachés à domicile, qui ne vont donc pas sur le terrain directement, mais agissent en télétravail avec des clients spécifiques.


crédit Interforum

 
« Pour l’heure, on nous a promis un poste en octobre, avec une force supplétive de 2 ou 3 postes supplémentaires prévus pour cet été. Mais cela ne répond pas aux besoins : notre demande porte sur un nombre strict de représentants pour supporter la charge de travail à l’année », relève-t-on.

Et d’ajouter : « L’idée de réorganisation qui avait été proposée, dans le cadre du projet Phoenix, avec les équipes littérature et illustré était intéressante en soit. Mais finalement, elle s’apparente plus à une forme de PSE déguisé. Les réorganisations ont souvent cette conséquence que de s’accompagner de suppressions de postes. »

Quant aux négociations sur le plan de rémunération, elles devaient être rouvertes en 2019, mais s’avèrent repoussées finalement à 2020. « Nous demandons une augmentation ferme et définitive, avec de véritables négociations. Aujourd’hui, nous avons un outil magnifique, que la direction met à mal », se désespère un représentant. 
 

Des concurrents qui seraient “repus” ?


Dans son courrier à Pierre Conte, en date du 5 juin, qu’ActuaLitté a pu consulter, l’intersyndicale qui porte désormais le mouvement demande à pouvoir rencontrer le PDG, assurant qu’elle sera accompagnée d’une délégation de commerciaux. Ce 7 juin, une réunion avec le responsable de la Direction des Ressources Humaines, Sylvain Morel, a conduit à ce que le préavis de grève soit maintenu – l’intersyndicale apprenant par là même que Pierre Conte ne pourrait pas se rendre sur le site d’Ivry-sur-Seine ce 11 juin.

« Une forte majorité de la force de vente est mobilisée et souhaite trouver une issue rapide à ce conflit, cependant elle est prête à durcir le mouvement si besoin », indiquait le courrier du 5 juin. Deux jours plus tard, le débrayage paraît inévitable. « Dans sa réponse, Pierre Conte a tenté de culpabiliser les équipes, se disant “consterné” par notre décision de faire grève », relève une salariée.

« Mais plus encore, il indiquait que la grève allait nuire aux efforts de l’entreprise, que ce soit pour fidéliser les auteurs et éditeurs, et qu’elle pénaliserait l’ensemble du groupe Editis. Aujourd’hui, Editis est la propriété du groupe Vivendi que détient Vincent Bolloré, et l’on se demande d’où viennent les réponses qu’on nous oppose. »

Avant de conclure : « Qu'à travers son courrier, Pierre Conte nous écrive que nos concurrents vont se “repaître” d’un mouvement social démontre une incompréhension de la situation réelle. Or, le silence lourd qui s’est abattu lorsque Marie-Pierre Sangouard a achevé son exposé devant les représentants en début de semaine aurait dû servir d’indicateur. »

Nous attendons des compléments d’information de la part de la direction d’Editis.


mise à jour 8 juin - 11h40 : 

Le DRH du groupe Editis, Sylvain Morel, a répondu à ActuaLitté, pour apporter cette précision : « Nous ne pensons pas opportun de commenter les discussions collectives en cours dans les médias. Nous tenons toutefois à préciser qu’un rendez-vous avec le DG Editis et la Direction d’Interforum est bien organisé mardi prochain. Les modalités de la réunion ont été définies après concertation avec l’intersyndicale dès hier en fin de matinée. »

NdlR : À l'heure de mise en ligne de l'article, le 7 juin à 19 h, aucune modalité de réunion n'avait été fixée, selon les informations détenues par ActuaLitté.


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