Prendre à la gorge l'édition indépendante : la corrosive méthode Amazon

Nicolas Gary - 02.07.2019

Edition - Librairies - Amazon distribution - éditeurs remises - négociations Amazon


Parler d’avantages à travailler avec Amazon confine à l’ironie, plus encore quand on dispose d’un compte “Avantage”. Par ce programme, les fournisseurs disposent d’un stockage dans les entrepôts, et facturent selon le relevé de ventes. Avec une commission que le cybermarchand se plaît à renégocier avantageusement…

Amazon.com
Paul Swansen, CC BY ND 2.0
 

Pour Olydri Editions, éditeur de Noob, la pilule est devenue difficile à avaler, quand son diffuseur/distributeur, Makassar, a fait part des nouvelles conditions commerciales d’Amazon. « À compter du 1er juillet, Makassar a appris qu’il devrait basculer sur une remise de 45 %, au lieu des 40 % pratiqués jusqu’à lors », nous explique Fabien Fournier, le fondateur. 

« C’est la suite logique d’une stratégie globale, d’autant plus facile à mettre en place quand on est en situation de monopole », poursuit Vincent Dodivers, gérant de Makassar

L'Amazon qui vous veut du bien

En janvier, un premier mail du cybermarchand avertit, sans frais, que les conditions de remises allaient évoluer. Une relance intervient début mai. « Pour rester dans les conditions du compte Avantage, les 40 % de remise que nous avions dans le contrat d’origine n’étaient plus conformes. Ils nous simplement dit qu’ils passeraient à 45 %. » Dont acte.

Le diffuseur tente alors de discuter, « mais c’est compliqué quand on ne peut joindre personne ». Les échanges sont houleux, mais Makassar parvient à faire redescendre les prétentions du vendeur : 42 % de remise, pas moins. « Sauf que nous sommes mandatés par les éditeurs pour 40 %, et que l’on ne pourra pas absorber les 2 % supplémentaires. »
Makassar s’est monté voilà une vingtaine d’années, avec une spécialisation comics, manga et bande dessinée — et surtout, une orientation vers les éditeurs indépendants. « Aujourd’hui, nous comptons près de 200 éditeurs avec 7000 titres actifs », poursuit Vincent Dodivers. « Nous avons également développé notre catalogue avec des maisons de sciences humaines et de littérature. »

Profitant du compte Avantage, Makassar avait basé sa relation commerciale sur ces 40 % de remise accordés. « Nous n’avons pas une marge de manœuvre infinie : en regard des conditions, 40 % de remise, c’est mérité pour Amazon, mais plus, c’est abusif. Ils nous ont proposé 42 %, mais nous avons expliqué aux éditeurs qu’ils auraient à leur charge les 2 % supplémentaires. »

Le cercle vertueux façon Amazon

Le plus simple était alors de laisser chacun choisir. « Certains ont besoin du chiffre d’affaires que représente Amazon, qui est un partenaire difficile à négliger. Et dans l’hypothèse où l’on arrête de travailler avec eux, il y aura certainement un report des ventes, mais une perte de chiffre d’affaires malgré tout. »

Olydri Editions a d’ailleurs fait ses calculs. Fort simples. « Nous avons une communauté forte, mais s’amputer de la part Amazon serait compliqué. On a aussi, même si c’est malheureux, besoin d’eux pour être découverts par un autre public. Si la communauté évolue et se détache de nos livres, nous nous retrouverions renfermés sur nous-mêmes. »
 


Et Fabien Fournier d’ajouter : « Aujourd’hui, c’est Amazon, mais demain, ça pourrait très bien être Fnac qui formule… qui impose ce genre de révision. » L’alternative devient simple : boycotter et travailler sur des œuvres, qui n’auraient pas « la plus grande plateforme du monde pour exister. Renouveler le public, c’est délicat sans ces gros acteurs. » 

Les négociations avec Makassar vont commencer : Olydri Editions pourrait passer en vente directe par Amazon, mais laisser son catalogue au distributeur pour l’ensemble des autres acteurs. « On a tenté plein de trucs, le financement participatif, la vente directe : je veux bien travailler toutes mes journées, week-end compris, mais ce genre de rapports de force, c’est déplorable. »

Du côté de Makassar, la réponse des éditeurs est assez favorable : certains préfèrent couper court avec l’Américain, plutôt que de subir ces pressions. Vincent Doviders poursuit : « Ils justifient l’augmentation de la remise par les nouveaux outils en développement : si on les écoute, c’est un cercle vertueux, pour que les éditeurs fassent plus de chiffre, avec une meilleure connaissance des clients. Vertueux, façon Amazon… »

Les maisons diffusées ont été consultées, et Makassar a « prévu de répondre à Amazon cette semaine, on verra ce qu’il en est. La seule chose qui est vraiment intéressante avec eux, c’est qu’ils payent assez vite — mais ils ont la trésorerie pour ce faire, et on sait pourquoi ». 


Commentaires
Nous ne cessons de le dire sur tous les tons, Amazon vise un monopole de l'édition dans le monde. In fine les éditeurs et les auteurs seront des vassaux. Mais qui nous écoute?

Les Editions du Net ont obtenu l'ouverture d'une enquête préliminaire contre Amazon pour contrefaçon de la Journée du Manuscrit Francophone. Qui en a parlé?

Bref qui veut vraiment se battre?
Comment distinguer un crabe d'un autre crabe dans un panier de crabe ? Tous en croquent. Tous se croquent. Petits et grands prédateurs. Le plus malin, le plus gros l'emporte. loi du genre. Les crabes normalement se plaignent pas. Ils savent leur nature. Le jeu de dupes de la chaîne du livre est un panier de crabes. Amazon est un crabe plus malin que les autres, plus agressif. Il obéit à la loi du genre. A cette loi scélérate, hégémonique, clanique, égotiste, vorace de mise dans la chaîne du livre. Alors faut pas pleurer les crabes, hein, c'est votre loi cupide, c'est vous qui l'avez instituée. Eh oui les crabes sont les prédateurs des crabes. Le loi du genre. Alors faut pas pleurer si ça vous pince. Nous auteurs, on vous regarde de la coline des indécis, bras croisés, vous entre-dévorer. Pas de rictus sur nos visages creusés par la faim, pas de rictus.
Parce que les auteurs ne négocient pas leur contrat, peut-être et ne demandent pas une révision à la hausse de leur contrat de 1% ou 2% lors du 2 ème ou 3 ème livre??? Jamais ils ne pensent à aller voir un autre éditeur alors que le lancement, le risque sur la publication du premier livre a été assumé par l'éditeur! Allez, bienvenue dans la communauté des crabes.
Par-dessus le marché, voilà que les auteurs osent négocier un contrat?? Des crabes, oui, avides et cupides, qui prétendent vivre de leur plume...Passons: ce genre de propos d'un soi-disant "indépendant" et "publisher" ne fait que renforcer Amazon, qui a compris que la façon scandaleuse dont les éditeurs traitent les auteurs est leur meilleure chance de conquête du marché de l'édition française.
Parce que vous avez réussi à négocier votre contrat avec Amazon? Vous êtes très fort, merci de nous dire vite comment vous avez fait, cela nous intéresse.
J'ai fait le choix de ne pas mettre mes ouvrages sur Amazon. On me dit que je suis dingue...

Mais je préfère que les sous aillent aux auteurs et aux libraires et non à des actionnaires.

En lisant ça, je me dis que je fais le bon choix... même si c'est difficile au quotidien.

Bref, changeons tous nos habitudes et le marché du livre se portera mieux pour l'ENSEMBLE de ses acteurs (j'insiste sur l'ensemble).
Je vous dit Bravo. Amazon tue les petits éditeurs et les libraires...Étant donné le peu de marge laissé, c'est effectivement un combat de tous les jours que de ne pas être représenté sur Amazon. Sous prétexte d'avantages, il étouffe et uniformise petit à petit les littératures. C'est surtout aux consommateurs de changer leurs habitudes: Commander un livre sur Amazon me fait grincer des dents !!
Je travaille très peu avec Amazon et je le fais uniquement via mon partenariat avec Dilicom. Mais c'est vrai que beaucoup de soit disant libraires indépendants se foutent complètement de la gueule des petits éditeurs et ne veulent vendre que du Galligrasseuil. Et les littératures de l'imaginaire encore moins. Certains libraires sont en train de faire le jeu d'Amazon.Et c'est ça le problème.
L'un des biens immatériels que vend implicitement Amazon, c'est l'exhaustivité (ou au moins son fantasme). On ne peut donc qu'encourager les éditeurs et les distributeurs à ne pas accepter n'importe quelles conditions commerciales. Au total, il n'est pas dit que ce ne soit pas eux qui y gagnent. J'espère que les autres structures diffusion et distribution indépendantes (je travaille pour l'une d'elles) sauront se monter solidaires de Makassar.
Ce qu'il faut surtout c'est apprendre aux consommateurs que si on a le sens de l'équité et de l'indépendance de notre culture il faut boycotter amazon.Perso, je n'ai jamais passé une commande chez ces impérialistes.
Je n'achète jamais tôt chez Amazon. J'aurais honte... C'est cela qu'il faut apprêt aux citoyens responsables : se passer à 100 % de cet impérialiste!
Nous refusons de vendre sur Amazone. Nous préférons penser que le livre est encore un artisanat et/ou un art à visage humain et non une barquette de brocoli transformé à vendre en tête de gondole. Nous sommes peut-être moins riches mais nous sommes.
D'ailleurs, vous passez par un diffuseur ou en direct avec les libraires ?
Nous diffusons et distribuons nous-même nos livres en librairies.
Pareil grin



Pas évident du tout mais on s'accroche ^^
J'achète sur Amazon.

Pourquoi ?

Auteur, je me suis tourné vers l'auto-édition parce que mon expérience des maisons d'édition se résume à 1. Pas de réponse ; 2. "Vous n'entre pas dans notre ligne éditoriale ; 3. Votre manuscrit est formidable envoyez nous 3000 euros pour l'éditer.

Auteur auto-édité, je n'ai à ce jour jamais réussi à placer un seul de mes livres chez un libraire indépendant... Ce que je comprends (je ne suis pas un auteur connu et reconnu)... A vous libraires de comprendre que je n'achète pas chez qui me refuse. C'est aussi simple que cela.

Bonne journée.
Parce que vous arrivez à vendre sur Amazon comme auteur auto édité peut être 🤣🤣🤣
Non,

Je n'ai jamais prétendu le contraire (du moins pas au delà de mes proches et de quelques inconnus - très peu)

Mais mon bouquin existe et cela suffit à mon bonheur. Je n'ai pas de prétention et ne goûte guère l'agressivité. ce que je dis n'est valable que pour moi.

J'aime écrire (j'ai le droit ?). J'aime l'idée que mes amis puisse lire ce que l'écris (vous permettez ?). De temps en temps, je dédicace un livre et cela me rend heureux (ça vous ennuie tant que ça ?

Je dis juste (et je le répète) qu'avec tous ces défauts Amazon me rend un servie que ne me rendent li les maisons d'édition ni les libraires indépendants. C'est tout.
Votre commentaire m'a fait rire. Je suis auteure auto édité chez Amazon. Et olalala mes bouquins se vendent !!! Pas croyable !!! Et pas juste les proches non non des lecteurs lambdas. J'ai réalisé près de 3000 ventes ebook sur mon premier roman le second sort prochainement... et on me réclame une suite...

Sachez que c'était un choix je n'ai même pas tenté les maisons d'éditions. Écrire un roman pour que l'on me le modifie pour qu'il rentre dans des cases un moule et pour cela ne toucher que 10% ! Non merci. J'ai engagé une graphiste et une correctrice professionnelle et je ne tombe toujours pas à 10%.

Alors oui j'achète sur Amazon je prends plaisir à y découvrir de jeunes auteurs indépendants, et ça, ça n'existe pas en librairie.
Tout dépend aussi dans quel genre on écrit. Tiens, si on publie du recueil de nouvelles de science-fiction, faut pas s'attendre à vendre. Donc dès le départ, la porte des éditeurs est fermée, parce que ce ne sera pas rentable. En revanche, par exemple la romance s'écoule plutôt bien. Bon, vous pouvez toujours vous gausser, pour se vendre autant vos bouquins entrent bien dans un moule et constituent un (excellent?) produit conforme aux attentes du marché. Sauf que vous touchez plus que 10%. Et que vous avez un petit sentiment de supériorité vis-à-vis de moindres vendeurs. Il ne saurait y avoir, sans doute, plus grande satisfaction...
J'en connais plusieurs dans le secteur de la BD qui ne font que leurs ventes via Amazon ou qui ont au moins 60 % leurs ventes sur cette plate-forme (auto-édités, indépendants,...). Donc oui, les ventes sont possibles. Ce qui est d'ailleurs assez pénible, c'est que placer un livre chez un libraire est super compliqué alors que chez Amazon, ça se fait en un clic. Pour ma part, j'en suis à plus de 300 libraires prospectés... et moins de 10 points de vente. Alors que j'accepterai Amazon, je sais que j'augmenterai mon activité (mais bon, je tiens à tenir bon face à mes engagements).
Ah oui il paraîtrait qu'Amazon ce n'est qu'une histoire de clic ! Enfin presque... il y a aussi des milliers de petites mains qui travaillent dans des conditions pourries, des entrepôts immenses et des immeubles remplis de serveurs. Et c'est sur qu'aucune librairie ne pourra rivaliser avec la taille d'un entrepôt Amazon. Mais dans une librairie y'a de la sujectivité, des choix, des contraintes, des êtres humains pour conseiller, etc.
C'est ce qui explique notamment une partie de notre boycott d'Amazon (et le fait que cela tue le commerce de proximité et que le géant ne paye pas ses impôts en France).



Ce qui est en revanche assez désolant, c'est quand des libraires ne veulent pas prendre les livres uniquement par flemme et mettent en rayon des titres non commandés mais refourgués par leur diffuseur.

Je me rappellerai toujours de ce libraire qui m'avait dit : "Ah mais votre livre est bien, il se vendrait en plus vraiment bien mais ici... mais je ne bosse qu'avec Hachette."
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