Préparer l'avenir de Pottermore : le modèle économique est-il viable ?

Nicolas Gary - 29.01.2016

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Les ventes de livres numériques, ebooks et audiobooks, seront la seule porte de sortie pour Pottermore. Après la perte du partenariat monté originellement avec Sony, la société de JK Rowling, dédiée à la commercialisation des formats numériques, n’a pas d’alternative. Au point qu’elle a dû revoir totalement son mode de fonctionnement en ouvrant aux libraires la possibilité de vendre directement les ouvrages. 

 

 

 

La société Pottermore Ltd avait été créée fin 2009, directement intégrée à Companies House, dont l’avocat de Rowling, Neil Blair, l’agent de Rowling, Christopher Little, ainsi qu’Eric Hartley Senat, ancien vice-président de Warner Bros, étaient administrateurs. Plateforme interactive, dirigée par la romancière, il s’agissait d’une première dans l’histoire de l’édition. Mais si jusqu’à lors tout fonctionnait, c’est que Sony avait payé cher pour rester dans le navire. Depuis, la lecture numérique n’intéresse plus vraiment le Japonais – et il est parti, emportant les 6 millions £ qu’il apportait à Pottermore.

 

Seule solution : arrêter la procédure qui consistait à contraindre les libraires en ligne, et leur accorder de vendre sur leur site, sans devoir renvoyer vers Pottermore. La solution était étonnante, mais avait le mérite de favoriser la collecte de données personnelles, pour faciliter le marketing numérique. 

 

Ainsi, à compter du 8 décembre, Pottermore s’est lancé dans le grand bain. Kindle, Nook, iPad, Kobo et consorts avaient leur propre espace de vente, avec un téléchargement direct. Fini la corde au cou de Pottermore. Pour beaucoup, cela signifiait que la mort de Pottermore était proche. Si le modèle d’exclusivité s’effondrait, c’est que l’ensemble de la plateforme était condamné à plus ou moins long terme. 

 

L’éditeur numérique reconnaissait en quelque sorte que son fonctionnement était bancal, et le business model, pas aussi viable que l’on pouvait le croire. Au cours du dernier trimestre 2015, incluant les fêtes, le site aurait réalisé 4,5 millions £ de ventes. Alors ?

 

Évidemment, personne chez Pottermore ne souhaite propager la mauvaise parole. Ainsi, on assure que l’ouverture de la distribution favorisera les ventes – ce qui n’est pas faux. Moins de clics, la facilité d’acheter directement chez le marchand que l’on affectionne... tout cela a du sens. Surtout qu’il s’agirait là de la dernière étape d’une longue série de modifications stratégiques : la présence sur Kindle Unlimited avec Amazon, voilà deux ans, en octobre dernier les versions numériques enrichies chez Apple, les livres audio en novembre, avec Audible... avant d’aboutir sur Barnes & Noble. En somme, les temps changent.

 

 

 

Lors de sa création, le site de Pottermore avait l’ambition de rester le seul vendeur des versions numériques de Harry Potter. Mais Audible est le plus grand vendeur et producteur de livres audio téléchargeables. Depuis 1997, la société domine largement le marché grandissant des livres audio. 

 

Ce qui n’empêche pas la restructuration de Pottermore : entre 30 et 40 personnes auraient été renvoyées. C’est que les 450 millions d’exemplaires vendus de Harry Potter posent un autre problème : conquérir un nouveau public, considérant que celui déjà acquis ne rachètera pas les ouvrages. Et d’ici à les offrir, il y aura une certaine déperdition. 

 

Officiellement, la firme explique que les ventes ont augmenté de plus de 100 % au cours des trois derniers mois – c’est-à-dire avant le passage à la nouvelle distribution. Sauf que l’on est aussi passé d’un chiffre d’affaires de 31,8 millions £ à 7 millions £, avec une perte de 6 millions £. 

 

Il y aurait eu plus de livres audio et d’ebooks vendus durant la période du dernier trimestre qu’au cours des 12 mois précédents, assure encore Pottermore. Faire tomber les records, voilà une grande idée et la société réserve également plusieurs surprises pour 2016. (via Telegraph)