Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Près de 40 % des Espagnols n'ont pas ouvert de livre en 2015

Clément Solym - 11.01.2017

Edition - International - Espagne industrie livre - livres Espagne - lecture Espagne


L’Espagne tire la langue, et les lecteurs se détournent des librairies, apprend-on dans le rapport La Lectura en España, présenté par la Federación de Gremios de Editores de España (FGEE). Ce document, troisième du nom, fournit une analyse globale de l’industrie du livre, avec peu de réjouissantes nouvelles.

 

Librería

Jesús Dehesa, CC BY ND 2.0

 

 

Pour Daniel Fernández, président de la FGEE, le pays souffre globalement de la crise économique qui a sévi ces dernières années. « Une crise qui, dans le cas du livre, n’a pas conduit les lecteurs espagnols à consolider leurs habitudes, comme nous l’aurions souhaité. »

 

Et pour cause, les chiffres s’accumulent sans être tous très optimistes. Au cours des 15 dernières années – le premier rapport a été rendu en 2002, le suivant en 2008 – le nombre de lecteurs qui lisent au moins une fois par semaine a toutefois augmenté de 11,2 %. La qualité et la richesse éditoriales restent au rendez-vous, exprimant « un pluralisme culturel fort et une riche bibliodiversité ».

 

Si de nouveaux modèles économiques s’expérimentent, ils « forcent l’adaptation des librairies ». Une chaîne locale a d’ailleurs beaucoup souffert, au cours des années passées, de la crise économique.

 

Bibliothèques, librairies, la crise s'amplifie

 

Pour ce qui est des bibliothèques, on passe de deux décennies, entre 1990 et 2010, où le nombre d’établissements a augmenté, une bascule s’opère. Non seulement les horaires d’ouvertures diminuent, mais, surtout, le nombre de lieux de prêts diminue. Les dépenses consacrées aux livres sont de même passées 1,56 € à 56 centimes par habitant, entre 2009 et 2014.

 

En 2013, on comptait 3650 bibliothèques, soit 700 de moins qu’en 2012. Et la librairie a suivi le même funeste chemin : entre 2006 et 2016, le nombre de points de vente est passé de 30.000 à 22.300, soit 25 % de fermeture en 10 ans.

 

Espagne : le gouvernement promet une baisse de TVA sur l'ebook 

 

Avec pour conséquence de faire chuter le nombre de prêts, en dépit de l’augmentation du nombre d’inscrits – passés de 28,72 % à 34,49 % de la population. En outre, la marginalisation des bibliothèques scolaires risque d’affecter non seulement le niveau de lecture, mais également la capacité à s’informer pour de nombreux citoyens. Depuis 2011, ce secteur assisterait à une stagnation, sinon un recul, flagrant en 2016.

 

Selon les données du Centro de Investigación Sociológica, 39,4 % des Espagnols n’ont pas ouvert de livre au cours de l’année 2015. Une situation dont certains redoutent qu’elle ne devienne irréparable : la fracture de la lecture sévit tout particulièrement dans les zones rurales et souvent déconnectées – pas nécessairement au sens web du terme.

 

Renouver avec la "valeur sociale de la lecture"

 

Or, le rapport consacre une bonne partie de sa réflexion aux avancées que le web a permis, et comment les nouvelles technologies s’imposent. Ainsi, l’un des facteurs primordiaux est la poussée des algorithmes, avec l’évidente croissance d’Amazon, et, dans le même temps, l’apparition de prescripteurs comme les blogueurs ou les booktubers.

 

Antonio Maria Avila, directeur de la FGEE, indique également que le recrutement de lecteurs sera l’enjeu d’avenir. Il importe de redonner « une valeur sociale à la lecture », et d’envisager de nouveaux modes de diffusions. À ce jour, souligne-t-il, rien n’a été fait correctement : « Est-ce que nos dirigeants politiques, économiques ou les leaders sportifs apparaissent souvent avec un livre ? »

 

Le piratage de livres coûterait 200 millions € aux éditeurs d'Espagne 

 

Le profil du nouveau lecteur, tel qu’établi dans le rapport, serait un mélange de lecture numérique et de livres classiques, se servant de son mobile, avec des connaissances sur tout et rien. « Les tablettes sont entrées dans la lecture que l’on fait la nuit, un domaine qui appartenait auparavant aux livres et aux magazines. Et ils ont créé un nouvel accès au monde, mais également une distraction avec un plus fort potentiel », note José Antonio Millán, coordinateur de l’étude.

 

Il faudra également attendre de voir ce que la mise en œuvre du Plan Cultura 2020 pourra apporter. Présenté fin novembre par le ministre de l’Éducation, de la Culture et des Sports Íñigo Méndez de Vigo, il aménage un gros volet pour la lecture.

 

Le seul point véritablement positif : près de 47,2 % de la population a lu au moins une fois par semaine. Mais sans trop d’étonnement, on apprendra que les plus grands lecteurs sont des lectrices, entre 30 et 55 ans, ayant fait des études supérieures, et habitant dans des grandes villes...

 

Voir l’intégralité du rapport