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Prescription : Le critique littéraire dans l'abîme des Big Datas

Nidam ABDI - 19.03.2013

Edition - Société - Big Data - critiques littéraires - internet


L'occasion est rare, celle du Salon du livre, pour poser un des grands défis actuels et non perceptible de ce secteur. Que va devenir le critique littéraire à l'aune de l'avènement du big data, cette nouvelle ère technologique qui permet par l'analyse instantanée de grosses données informatiques de comprendre des tendances culturelles, politiques, industrielles et commerciales ? Le critique de livres qui, souvent en professionnel des mots, et parfois agrégé de littérature, n'est pas au fait des bouleversements de son métier que provoque l'évolution des sciences de l'informatique, ne peut se douter que des marqueteurs à la manœuvre sur Internet, se sont transformés, business oblige, en bourreaux de la critique littéraire, et évidemment musicale et théâtrale…

 

 

 

 

 

Pour exemple, jusqu'à l'avènement du web durant la moitié des années 90, le critique littéraire avait une fonction économique primordiale. Au-delà de l'acquisition d'un journal au kiosque, la lecture d'une critique de livre provoquait souvent l'achat d'un bien culturel dans une librairie.

 

La valeur économique du labeur d'un critique littéraire était bien supérieure à celle d'un journaliste de l'actualité politique, sociétale...  Depuis 1995, et la montée en puissance de solutions de logiciels dans la presse écrite et les plates-formes de e-commerce, le critique littéraire, parmi ceux qui vivotaient encore, a perdu sa fonction noble de représentant commercial subjectif des livres. Par exemple, sur Amazon, il a été remplacé par la fonction informatique suivante : « Les clients ayant acheté cet article ont également acheté ».

 

Pour les oeuvres complètes de Balzac, cela donne « les clients ayant acheté cet article ont également acheté : les oeuvres complètes de Zola, de Maupassant, de Proust, de Flaubert, de Molière » et si vous cliquez plusieurs fois sur la flèche bleue à droite cela vous amène jusqu'aux œuvres complètes de Gaston Leroux.

 

Aujourd'hui, si quelques critiques littéraires peuvent encore croiser des lecteurs de journaux leur affirmant, admiratifs, que grâce à tel article, ils se sont précipités sur la librairie du coin ou celle virtuelle d'un e-commerçant pour acquérir un ouvrage, ils peuvent remarquer que ces personnes ont souvent une moyenne d'âge entre 40 ans et plus. Car le malheur c'est que les jeunes générations qui souvent grâce aux collèges commencent à lire les œuvres complètes de Balzac, Zola, Maupassant, Proust, Flaubert…, se suffisent souvent pour critique de livres, des commentaires sur les plates-formes des e-commerçant. 

 

A l'exemple concernant les œuvres complètes de Balzac sur Amazon : « Description du produit : présentation de l'éditeur : « Cette édition a été saluée d'une mention spéciale dans le journal 20 Minutes (article du 10 juillet 2012) pour son classement dans le TOP 10 de l'été ».

 

Y-a-t-il alors une fatalité à voir les critiques littéraires appauvris par le déferlement analytique du big data ? Lorsque le professeur de l'Université de Berkley Al Varian, éminent spécialiste en chef de la stratégie économique de Google, affirme que : « L'avenir est au métier de statisticien, comme il l'a été pour les informaticiens dans les années 80 », on peut craindre c'est vrai que bientôt le critique littéraire sera un salarié de l'INSEE pour qui analyser des données sur des livres (des biens d'expériences) sera le même que celui sur les chaussures (des biens de consommation). Et pourquoi pas, puisque Amazon, la plus importante librairie au monde est commerçant des deux « produits».

 

Englouti dans ou par les données du net 

 

Existe-t-il alors un moyen de ne pas voir le critique littéraire être englouti par les données fines du big data ? Oui, si on considère que l'antidote à cette fracture numérique est de répondre aux laboratoires de recherche de Stanford et de Sophia-Antipolis et d'autres où sont nés les moteurs de recherche tel Google et le moteur d'Orange, par une collaboration avec des scientifiques du numérique et des réseaux de télécommunication. 

 

Sur le Plateau de Saclay, 1er pôle scientifique et technologique en France, parfois appelée la Silicon Valley européenne, des scientifiques reconnus mondialement pour leurs travaux notamment sur le futur réseau téléphonique 5G, à la suite du 4G, ont compris l'enjeu éducatif et civilisationnel du critique culturel de la presse écrite. Ils ont compris surtout qu'entre le monde des laboratoires de la recherche et la presse écrite, des marketeurs tel le chef économiste de Google Al Varian se sont interposés, depuis l'avènement de l'Internet, pour capitaliser la valeur des contenus au détriment de leurs producteurs.

 

Ainsi, sur le plateau de Saclay, à Sophia-Antipolis et à Bretagne-Télécom (Rennes et Brest), les représentants Internet des journaux, des institutions et des syndicats du livre, des auteurs et des bibliothèques sont inconnus de nos chercheurs et ingénieurs. Mais, dans un bâtiment du Saclay, des doctorants de 26 nationalités différentes commencent à découvrir la problématique du "métier" de critique, qui permet, sur le journal papier, par des mots et des phrases construits avec goût, de provoquer l'achat d'un bien culturel. Ces doctorants n'y voient pas d'inconvénient de s'y pencher avec des formules mathématiques pour créer un même modèle économique pour les journaux numériques, ni même à faire visiter leur laboratoire à Raphaël Sorin, Philippe Sollers, Claire Devarrieux, David Caviglioli ou Jean Birnbaum.

 

Mais ces derniers devront répondre à deux interrogations des doctorants :  « Pourquoi le gouvernement Chirac et l'Europe ont investi 200 millions d'euros dans le programme de recherches et d'innovations dont sont issus les outils multimédias Quaero, sans se poser de questions spécifiques telles que celle du poids économique du critique littéraire dans les journaux numériques ? » et « Pourquoi, la presse écrite, l'édition et les autorités publiques du secteur livre n'ont pas consacré un budget (il suffit de 250 à 350.000 euros annuel pour réunir quelques-uns de la fine fleur des spécialistes du big data  sur le vieux continent) à la création d'une chaire qui aurait pour nom « critique culturel ? » Pour le moment, ces doctorants n'ont qu'un document pour comprendre l'univers du critique littéraire, le texte qui a pour titre « Autocritique », publié par Raphaël Sorin sur son blog de Libération « Lettres ouvertes » et dans la revue Les Temps Modernes. 




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