"PNB constitue une offre prometteuse", mais largement perfectible

Nicolas Gary - 16.02.2015

Edition - Bibliothèques - France PNB - prêt numérique en bibliothèque - lecture livres


Le Réseau Carel ne manque pas de remarquer les évolutions en cours dans l'expérimentation Prêt Numérique en Bibliothèques. C'est qu'au cours des dernières semaines, note le réseau, des informations complexes à appréhender ont été rendues publiques. À ce titre, le président, Danis Llavori, tient à procéder à une clarification. Et le verdict est assez simple.

 

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Andrew Mason, CC BY 2.0

 

 

Carel est donc « globalement optimiste » en regard de ce que l'offre PNB apporte, et sur « sa capacité à devenir intéressante à terme ». Sauf que, pour l'heure, les bibliothèques doivent se montrer attentives à deux points : « la notion de péremption des lots de jetons et les tarifs élevés pratiqués par certains éditeurs au sein de PNB. » Par jeton, on entend le nombre de prêts accordés par un éditeur à qui un établissement a acheté une licence d'utilisation. 

 

Dans le détail, RéseauCarel prend acte d'avis tranchés que l'on aurait retrouvés dans la presse professionnelle, et véhiculés par des collègues. Ah ? Ah bon... Mais il faut imaginer Sisyphe heureux, et considérer que « PNB constitue une offre prometteuse », en premier lieu parce qu'elle évite les écueils historiquement connus des établissements. 

 

Deux grandes pistes d'amélioration restent à examiner : 

  • Le problème des fonds des éditeurs (longue traîne) fortement discriminés dans l'offre et dont une pérennité raisonnable de l'accès pour les usagers n'est pas possible en l'état
  • Des tarifs trop hétérogènes d'un éditeur à l'autre 

Sur ces deux points, le Réseau enjoint donc les éditeurs à réfléchir aux pistes déjà évoquées, soulignant que le modèle d'acquisition est à cette heure « peu réaliste » pour les titres de fonds. « En effet, si ces titres ne font pas (ou plus) partie du gros des ventes des éditeurs, il entre dans les missions essentielles des bibliothèques de leur donner un second souffle. »

 

D'autre part, le Réseau souligne qu'un accord interprofessionnel a été signé le 8 décembre dernier, par lequel les établissements publics de prêts doivent pouvoir disposer de « l'intégralité de la production éditoriale numérique ».

 

Et de demander « l'abandon de la notion de péremption des lots de jetons, qui constitue un facteur de coût très aggravant pour les établissements ». Tout jeton non-utilisé avant la date limite de consommation serait considéré comme perdu, attendu que la bibliothèque paye un lot. 

 

Enfin, revoir les tarifs proposés serait une chose à prendre en compte. La régulation « permettrait une adhésion beaucoup plus importante des bibliothèques à l'offre », ce qui n'est, à l'heure, pas le cas. D'autant plus que, si le prix n'est pas mieux contrôlé, trois risques sont soulevés :   

  • une mise à l'écart du projet par la grande majorité des bibliothèques actuellement confrontées à d'importantes difficultés budgétaires et qui, pour pouvoir s'engager, doivent en outre supporter de conséquents coûts d'acquisition d'une infrastructure technique (plateforme numérique) ainsi que des frais récurrents d'abonnement.
  • une mise en place par les quelques bibliothèques déjà engagées (ou qui pourraient s'engager prochainement) d'une politique d'acquisition sélective laissant de côté tous les titres des éditeurs qui pratiquent un tarif jugé déraisonnable.
  • le manque de succès de PNB auprès du public dans les bibliothèques engagées, qui pourrait conduire à une réduction par leurs tutelles des budgets associés.

 

Une analyse complète du sujet est disponible sur leur site.

 

Le dernier grand point, qui n'est pas évoqué par RéseauCarel, et qui pourrait devenir un véritable frein à l'existence de cette offre de prêt numérique, reste pourtant la rémunération des auteurs. Le Conseil Permanent des Écrivains, par la voix de sa présidente, Valentine Goby, a déjà fait savoir aux membres qu'il fallait refuser, en l'état, l'offre de prêt numérique. Or, selon nos informations, aucune avancée sur cette question depuis que les premières pierres ont été jetées dans la mare. 

 

A relire

Les auteurs sont les grands perdants du prêt numérique

 

La SGDL faisait déjà valoir une position tranchée : « Comment peut-on envisager qu'un livre numérique soit prêté à 10, 15 ou 40 reprises, simultanément au besoin, et croire que cela pourra rémunérer un auteur ? »