Prière de vendre le livre de Valérie Trierweiler – et d'en vendre d'autres

Nicolas Gary - 09.09.2014

Edition - Librairies - Valérie Trierweiler - Merci pour ce moment - librairies censure


Polémique, pas polémique, ventes, pas ventes... voire piratage. Entre les réactions des politiques, celles des magazines people, la presse se divise et ne sait plus vraiment où donner de la tête. Or, entre les articles, et le petit pavé de Valérie Trierweiler, la plage. Et sous cette plage, des libraires, qui ne seraient pas tous fans de l'ouvrage. 

 

Sur le parvis de l'Hôtel de Ville

vincen-t, CC BY NC ND 2.0 

 

 

Puisqu'il ne reste qu'une dizaine, allez, peut-être une quinzaine de jours pour écouler tous les livres de Valérie, avant d'atteindre les 500.000 exemplaires, que l'on finira par retrouver chez des bouquinistes, pourquoi tant de battage ? C'est que les libraires ont le droit de vivre et de choisir les titres qu'ils souhaitent commercialiser. D'ailleurs, on l'a amplement vu sur les réseaux sociaux, des établissements ont souhaité communiquer sur l'absence de l'ouvrage de leurs tables. Voire, ont opté pour une contre-offensive, comme une position culturelle manifeste et puissante. Tout cela est bon. 

 

Les images sont connues, en voici quelques-unes pour mémoire : 

 

Que retenir de toutes ces choses ? Que les libraires ne sont pas des communicants d'excellence, c'est une chose certaine. Mettre en avant des auteurs du domaine public, alors que la rentrée littéraire bat son plein, c'est une chose assez croquignolesque. Mais plus encore : ces auteurs, battus et rebattus, pour appréciables qu'ils soient – ou pas – donnent une image assez déplorable, vaniteuse. Certains parlent, à raison, de censure. 

 

Comment condamner Apple ou Amazon, qui, pour un morceau de fesse, décide de supprimer de leurs boutiques, les livres numériques concernés ? Finalement, quelle différence entre le morceau de fesse d'une couverture, et cette histoire d'amour, où l'amante blessée a décidé de faire exploser la République, et de foudroyer l'image déjà chancelante du président ?

 

Le livre de Trierweiler est un symptôme de plus d'une République qui ne va pas fort. Et qui n'avait certainement pas besoin d'un coup de bambou supplémentaire dans les gencives ? Mais comment, dans le même temps, refuser aux libraires le droit de vendre, ou de ne pas vendre ce livre, telle est la question ?

 

Les responsables de Cultura nous avaient expliqué que les ventes de l'ouvrage avaient généré des achats supplémentaires. « Les clients sont venus pour se procurer le livre, et finalement ont acheté autre chose. » Même son de cloche, ailleurs : « Des clients sont revenus dans ma librairie. » Alors, censure ou pas censure ? 

 

Eh bien, la même que pour Amazon ou Apple. Et ce n'est certainement pas le message du Syndicat de la librairie française qui va améliorer les choses. 

 

Évoquant la « vague d'achats et une médiatisation exceptionnelles », le SLF déplorerait presque que des médias aient relayé les opérations et refus manifestes de la part de certains libraires de vendre le livre. « Ces réactions existent, mais elles sont tout à fait isolées. Elles ne peuvent être présentées comme étant celles de la profession dans son ensemble », concède cependant le Syndicat. 

 

Alors il serait amusant de faire les comptes : combien de librairies ont rejoint le mouvement #OccupyTrierweiler, combien sont membres du Syndicat, et combien se reconnaîtront dans le message de leurs représentants syndicaux. Pour le SLF, il est bon de rappeler que les libraires ont pour obligation de prendre les commandes que leur passent les clients.

Si le cœur du métier de libraire est d'opérer des choix entre les 60 000 nouveaux titres qui paraissent chaque année et les 700 000 qui sont disponibles sur le marché français et si chacun est libre de composer son assortiment selon ses goûts et sa clientèle, rien n'est pour autant plus éloigné des libraires que la censure, fût-elle commerciale. Rappelons que les détaillants, quels qu'ils soient, sont légalement tenus de commander tous les titres demandés par leurs clients.

Plus éloigné de la censure ? Faux : ou alors, interdiction, à compter de maintenant, de taxer de censure les acteurs américains déjà cités, parce qu'ils refusent la commercialisation d'un livre. Les libraires qui refusent la vente censurent bel et bien, mais ils sont dans leur droit. Sauf qu'ils ont tort de refuser... Et le SLF de conclure :  

Les libraires sont au service de leurs clients en répondant à leurs envies de lecture et en leur faisant découvrir des milliers d'autres titres, souvent plus inattendus, qu'ils ont lus pour eux et aimés. Que l'on y vienne pour un titre précis ou pour se laisser surprendre, les librairies sont ouvertes à tous les lecteurs et à tous les livres. 

 

Autrement dit : vendez ce livre. Mais est-ce réellement un tort ? Bien entendu, vendez ce livre, et mettez de côté vos aspirations à une littérature élitiste, ou noble ou fondée sur des critères, quels qu'ils soient. En fait, mettez tous vos critères de côté, et vendez. Il doit s'écouler, selon les pronostics 500.000 exemplaires : prenez une part du gâteau ! Il se trouvera bien un libraire pour nous jeter la pierre, mais pourquoi refuser de vendre Merci pour ce moment, et vendre malgré tout Pancol ? Ou Barbery ? Ou les jérémiades sentimentales de tel ou tel autre ? Le témoignage politique de Cécile Duflot ? Le livre réalité de Cécilia Attias ? Et on en passe, et on en oublie !

 

La librairie, qui semble toujours attirer l'œil parce qu'elle va mal, a l'occasion de se refaire une santé grâce à un carton médiatique, et commercial : quelle est cette pédanterie que de refuser la vente du livre ? Et... gare au refus de vente, passible de poursuites. D'ailleurs, le SLF ne dit pas autre chose, mais peut-être avec un langage plus lissé : plutôt que de déplorer la raréfaction des clients dans les librairies, proposez le livre de Valérie Trierweiler, vendez-le et profitez-en pour proposer d'autres ouvrages aux clients. Cela s'appelle de la vente additionnelle, mais la librairie n'est donc plus un commerce ? 

 

Comme le dit Woody Allen, Take the Money and Run – Prends l'oseille et tire-toi !

 

Le cabinet GfK considère que 145.000 ventes ont été réalisées, parmi lesquelles 14.000 en format numérique. Et pendant ce temps, les téléchargements numériques pirates se poursuivent, allant toujours bon train.