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Printemps érable : Tisser le fil rouge, un livre qui fait polémique

Cécile Mazin - 30.09.2014

Edition - International - Printemps érable - manifestations Québec - militants revendications


Le printemps érable, ce furent ces événements qui agitèrent le Québec en 2012. Mouvements étudiants de protestation, grèves, manifestations : tout y passait dans la Belle Province, avec des slogans et des revendications fortes de la part de la jeunesse impliquée. Un ouvrage publié par M éditeur a donné suite à ce qui s'est déroulé, Tisser le fil rouge. Ce dernier raconte, au travers de regards de militants, les événements du Printemps. 

 

 

 

 

 

Et comme tout livre un peu sensible, l'ouvrage provoque un brin d'animosité, de la part de l'université du Québec en Outaouais. Peut-être à cause du sous-titre, Le printemps érable en Ouataous – récits militants, la direction refuse de promouvoir l'ouvrage, qui a pourtant été rédigé par ses propres étudiants, ainsi que des enseignants. L'université avance, avec un prudent recul (hem...), que des procédures juridiques sont en cours, et qu'il convient de ne pas prendre de risques. 

 

Petit résumé de l'ouvrage

 

En 2012, pendant le Printemps érable, la région de l'Outaouais est apparue comme un symbole de la résistance. Confrontées à une première injonction, les étudiantes de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) se sont d'abord barricadées à l'intérieur de l'établissement. Les images de la chaîne humaine des professeures et des militantes de la communauté pour empêcher l'escouade antiémeute de déloger les étudiantes ont fait le tour du Québec et servi d'inspiration aux professeures d'autres établissements d'enseignement. Le lendemain, l'administration de l'UQO était la première au Québec à réclamer la présence policière sur un campus. L'arrestation d'un professeur cette même journée a été dénoncée partout dans le monde (États-Unis, France, etc.). 

Pendant la semaine du 17 avril, il y a eu 312 arrestations. Les étudiantes et les professeures du Collège de l'Outaouais et de l'UQO ont fait front commun pour promouvoir entre autres la démocratie étudiante et l'accessibilité aux études supérieures.

Lorsque surviennent des événements aussi troublants et bouleversants, inévitablement les gens qui les vivent cherchent à leur donner un sens. Muselées, surveillées, désolidarisées par la judiciarisation, démobilisées par les fausses promesses d'une élection, les militantes ont été appelées à évaluer les gains et l'ampleur du travail inachevé. Ces militantes ont alors entrepris de tirer un fil conducteur de la masse informe des faits, malgré la peur qui, parfois, s'est installée.

 

Pour la présidente du syndicat des professeurs de l'université, Louise Briand, il y a un réel problème. « Les trois coordonnateurs de cet ouvrage ont demandé de publier sur le site institutionnel, comme c'est toujours le cas, l'annonce du lancement le 10 septembre dernier. Mais la direction des communications et du recrutement a refusé, et le vice-recteur a par la suite entériné la décision de ne pas faire paraître l'annonce. »

 

Mais l'université se défend : elle ne souhaite pas faire la publicité d'informations partisanes et militantes relatives au conflit de 2012. Et de préciser que « le contenu de ce livre touche à des éléments qui sont actuellement sub judice [« sous la considération d'un juge ou du tribunal », NdR] à la demande du SPUQO, et l'UQO entend respecter son devoir de réserve envers le système juridique québécois ». 

 

Les 42 militants impliqués dans la rédaction de l'ouvrage peuvent donc l'avoir mauvaise : perdre le soutien de l'université, qui n'était toutefois pas acquis, n'a rien d'une partie de plaisir. On évoque même un sentiment de cassure entre l'établissement et les auteurs, qui se sentent abandonnés, pour ne pas dire trahis. 

 

Une forme de censure que la Ligue des droits et liberté ne supporte pas. Celle-ci a écrit aux responsables de l'université pour notifier qu'aucune mention du livre n'avait été faite. Non sans rappeler que le livre est tourné vers les universitaires eux-mêmes. « Nous nous permettons de souligner que le plein exercice, par les étudiants et étudiantes de votre établissement, de la liberté d'expression, incluant les débats critiques et vigoureux, fait partie intégrante de la formation à la démocratie participative. Il s'agit d'une voie privilégiée menant à la formation de futurs citoyens et citoyennes engagé(e)s et responsables. »

 

Les décisions prises par l'UQO relèveraient de l'atteinte aux libertés d'expressions et académiques, « reconnues comme étant une condition d'exercice du droit à l'éducation ». Il va falloir un médiateur... du livre ?