Prise pour une terroriste dans un avion, elle lisait un livre sur l'art syrien

Antoine Oury - 04.08.2016

Edition - Société - avion arrêtée lecture - avion terrorisme livre - Faziah Shaheen


Les événements du genre semblent se multiplier dans le monde, ce qui n'est jamais bon signe : une passagère d'un vol Turquie-Royaume-Uni de la compagnie Thomson Airways a été interpellée à l'atterrissage pour son comportement suspect, signalé par un membre de l'équipage. La jeune femme revenait de lune de miel, et s'était contentée d'ouvrir un livre sur l'art syrien dans l'avion.

 

i am not a terrorist

(chris riebschlager, CC BY-NC 2.0)

 

 

La mésaventure qu'a endurée Faizah Shaheen est survenue le 25 juillet dernier : sur le vol retour vers le Royaume-Uni, elle ouvre un livre sur l'art syrien, sans réaliser que ce geste va faire d'elle une terroriste aux yeux d'un membre de l'équipage. À l'arrivée à l'aéroport de Doncaster, elle est fraîchement accueillie par la police, qui l'emmène pour un interrogatoire.

 

Se référant au Terrorism Act — qui désigne les lois adoptées par le Parlement britannique pour lutter contre le terrorisme —, les policiers ont demandé à Faizah Shaheen de décliner son identité et les raisons de son voyage, avant de citer, finalement, son livre. Ce dernier, Syria Speaks : Art and Culture from the Frontline, est signé par Malu Halasa, Zaher Omareen et Nawara Mahfoud, qui ont réuni des essais, nouvelles, poèmes et photographies de différents artistes syriens.

 

Lynn Gaspard, éditrice chez Saqi Books, qui publie Syria Speaks, a déclaré au Bookseller que l'interrogatoire dont a été victime Shaheen était « une triste image de notre époque ».

 

« J'étais complètement innocente », a souligné Faizah Shaheen, bouleversée par l'expérience, « on a voulu me faire sentir comme une coupable ». Au moment de l'interpellation, « j'étais très en colère, excédée. Je ne comprenais pas comment un livre pouvait conduire les gens à me soupçonner comme cela ».

 

Ironie du sort, Shaheen travaille auprès d'adolescents mentalement fragiles, notamment pour éviter des phénomènes de radicalisation... « Je l'ai dit à la police. J'essaye de lutter contre la radicalisation et les stéréotypes », a-t-elle souligné. Keith Vaz, parlementaire affilié au Labour et à la tête du comité qui examine la politique du Ministère de l'Intérieur, a souligné que l'inquiétude ambiante expliquait la réaction du membre de l'équipage, mais a ajouté « qu'un équilibre devait être trouvé » avant d'inviter Thomson Airways à s'excuser.

 

La compagnie aérienne a assuré qu'elle pouvait comprendre la frustration de la jeune femme, mais un porte-parole déclare : « Comme toutes les compagnies aériennes, nos équipes sont formées pour signaler tout problème, par précaution. »

 

La police du comté du Yorkshire du Sud, qui est intervenue dans l'aéroport, n'a pas souhaité s'exprimer plus avant sur l'affaire, rappelant simplement l'heure et la date du contrôle et précisant que la jeune femme « n'a pas été arrêtée. Elle a été interrogée pendant 15 minutes puis relâchée. »

 

L'English PEN, organisation qui lutte pour la liberté d'expression dans le monde, a déploré le jugement erroné de la compagnie aérienne, qui « devrait en avoir honte ». « Personne ne devrait être emprisonné ou interrogé à cause des livres qu'il lit », a rappelé la directrice du PEN, Jo Glanville, dans un communiqué.

 

La mésaventure de Faizah Shaheen rappelle celle de Louizandre Dauphin, au Canada, interrogé par la police alors qu'il lisait dans sa voiture. Cette fois, ce sont des habitants qui avaient dénoncé l'homme : « Donc qu’un homme noir assis dans sa voiture lise un livre est considéré comme une activité suspecte. Bon à savoir. À ce train-là, je ne pourrai même plus quitter mon domicile. #DangereuxNegro », avait ironisé Dauphin en guise de conclusion.

 

via The Independent