Prison : l'action judiciaire d'une détenue britannique pour le droit de lire

Antoine Oury - 07.05.2014

Edition - Justice - prison - livres bannis - Royaume-Uni


Depuis le mois de novembre, les prisons britanniques sont sous le coup d'une nouvelle règle introduite par le Ministère de la Justice et son secrétaire d'État, Chris Grayling. Pour limiter l'entrée de produits illicites dans les établissements pénitentiaires, l'entrée de livres provenant de l'extérieur de l'enceinte a été considérablement limitée. Une détenue entend bien faire valoir son droit à la lecture, devant les tribunaux.

 


Justice atop the Old Bailey, London

Old Bailey, Londres (Ben Sutherland, CC BY 2.0)

 

 

Dès sa révélation publique, la mesure a été villipendée par les défenseurs des droits des détenus et autres militants : bannir les livres du lieu où ils seraient les plus utiles ? Voilà qui laisse perplexe, et agace pas mal de monde, y compris les auteurs Carol Ann Duffy, Ian McEwan ou Julian Barnes, qui ont pris position contre cette décision du Ministère de la Justice.

 

Une détenue, désignée sous le nom de BGJ, a rencontré ses avocats pour mener une action en justice contre le ministère. Condamnée à vie, « elle souffre d'épilepsie, est très qualifiée et désespérée depuis qu'elle n'a plus accès aux livres, qui l'ont vraiment aidé à accepter et endurer cette perpétuité pour laquelle elle a été condamnée », explique Emily Maitlis, éditorialiste de la BBC qui s'est penchée sur le cas.

 

Le Ministère de la Justice britannique, peu gêné aux entournures, a réagi en expliquant que l'action en justice était à présent impossible, le délai de 3 mois suivant l'entrée en vigueur de la loi ayant été dépassé. « L'équipe n'en tiendra pas compte, parce que la loi a été mise en application de façon progressive, et leur cliente a commencé à en ressentir les effets concrets il n'y a qu'une dizaine de jours » ajoute Maitlis. En effet, les nouvelles mesures sont entrées en application à différents moments dans les différents établissements du pays.

 

Cette même semaine, la Howard League for Penal Reform va elle aussi déposer un dossier devant les juges, arguant que la loi est tout simplement... illégale. 

 

En mars, le secrétaire d'État à la Justice avait répondu aux militants dans un courrier, en soulignant que la mesure avait bien pour but d'éviter les trafics de drogue ou d'autres objets interdits, cachés dans les livres. Il rappelait également que la seule mesure qu'il avait prise concernant la lecture était... d'avoir autorisé Fifty Shades of Grey entre les murs des établissements pénitentiaires. Il assure également que les détenus auront toujours accès à la bibliothèque, et pourront s'acheter eux-mêmes leurs livres, plutôt que de les recevoir d'un tiers.