Privilégier une “vraie collaboration interprofessionnelle“ entre libraires et bibliothécaires

Nicolas Gary - 23.09.2016

Edition - Economie - Marchés publics librairies - appel offres bibliotèques - Seine Saint Denis


ANALYSE — Le MOTif présentera ce 26 septembre les résultats d’une enquête sur l’attribution de marchés publics du livre, dans le département de Seine-Saint-Denis. Karine Franclet, présidente de l’établissement, en commente quelques résultats dans les colonnes de ActuaLitté. 

 

 

 

Les attributions opérées dans le département, entre 2012 et 2015, font apparaître différents points. Le réseau local compte 20 librairies généralistes et spécialisées, 7 papeteries/maisons de la presse, ainsi que 2 grossistes et fournisseurs spécialisés. En outre, 9 GSS et 28 surfaces alimentaires complètent le paysage séquanodionysien. Le budget d’acquisition, s’il a chuté de 1,1 % entre 2012 et 2014, a connu une légère hausse en 2014. Notons également que la plus grande partie des marchés attribués concerne l’achat de livres pour les médiathèques. Le montant moyen des lots est deux fois moins important que pour l’achat de livres scolaires ou de « récompense ».

 

La présidente du MOTif et conseillère régionale d’Île-de-France apporte quelques éléments d'analyse en attendant la présentation complète de l'étude.

 

 

ActuaLitté : En quoi le territoire de Seine-Saint-Denis est-il représentatif, et spécifique, pour ce qui concerne les marchés publics de livres ?

 

Karine Franclet : Le MOTif n’a pas choisi de travailler spécifiquement sur ce département. Le choix de la Seine-Saint-Denis a été rendu possible grâce une demande de la dynamique association « Librairies 93 ». Cette dernière a monté à plusieurs reprises, au cours des dernières années, des groupements d’entreprises pour répondre aux appels d’offres. 

 

Du côté des bibliothèques, la structuration intercommunale de ce département est particulièrement intéressante. Nous pouvons y voir trois réseaux différents : Plaine Commune, Est Ensemble et le réseau de l’ancienne Communauté d’agglomération de l’aéroport du Bourget. 

 

Nous ne pouvons dire aujourd’hui si ce territoire est représentatif des marchés publics de livres. Nous devrions néanmoins, dans les prochains mois, réaliser des enquêtes similaires dans les autres départements franciliens. À partir de ce moment, nous parviendrons à déterminer l’éventuelle spécificité de la Seine-Saint-Denis.

 

 

ActuaLitté : Comment serait-il possible de simplifier les appels d’offres pour des librairies indépendantes qui ont besoin de ce chiffre d’affaires, mais manquent de temps pour s’y consacrer pleinement ?

 

Karine Franclet : Des solutions pourraient être imaginées ! D’une part, il serait envisageable de proposer un service d’accompagnement des libraires à la rédaction des appels d’offres ; d’autre part, du côté du pouvoir adjudicateur, des présentations de leurs besoins aux acheteurs pourraient être organisées. 

 

 

ActuaLitté : La qualité de service reste le moyen de se distinguer véritablement. Comment valoriser au mieux cette prestation ? 

 

Karine Franclet : La qualité de service est effectivement essentielle, mais elle ne figure que très rarement dans les critères d’attribution des marchés. Elle s’avère difficile à objectiver, comme cela peut être le cas pour le délai ou le prix. Cependant, la participation aux animations et aux événements organisés par les bibliothèques est demandée dans certains cas. Cela permet aux libraires de remporter le marché

 

 

ActuaLitté : La mutualisation serait une solution, face aux grossistes qui ont professionnalisé leurs outils de réponses. Quelles solutions peuvent-elles être apportées ?

 

Karine Franclet : À plusieurs reprises déjà, des libraires de la Seine-Saint-Denis ont mis en place cette forme de mutualisation, avec succès d’ailleurs ! Elle permet la complémentarité des réponses apportées à l’acheteur.

 

Dans le cadre des réseaux de bibliothèques intercommunaux, la mutualisation permet un meilleur délai de livraison entre les bibliothèques du réseau et les librairies membres d’un groupement d’intérêt économique ou d’un groupement momentané d’entreprises.

 

 

ActuaLitté : En quoi l’exemple de Librairies 93 peut-il servir, en étant étendu à l’ensemble du territoire ?

 

Karine Franclet : Librairies 93 a lancé une nouvelle perspective ! Au sujet de la mutualisation, « Adélie », l’association des libraires de l’Essonne, et Libraires en Seine (Ouest-Parisien) se sont informés auprès du MOTif sur les formes de groupements d’entreprises. Parallèlement, la Ville de Paris a récemment organisé au MOTif une session d’information pour les libraires sur ce thème. 

 

Comme je l’ai indiqué précédemment, le MOTif souhaiterait élargir l’enquête aux autres départements franciliens. Cette production d’études pourrait fournir aux libraires et à mes collègues élus des territoires des arguments pour mieux « tenir compte de l’impératif de maintien sur le territoire d’un réseau dense de détaillants qui garantit la diversité de la création éditoriale et l’accès du plus grand nombre à cette création », comme l’indique le décret du 26 mars dernier. 

 

 

ActuaLitté : Quels outils sont à la disposition du législateur pour accentuer la notion de proximité dans le cadre de l’attribution des marchés publics ? 

 

Karine Franclet : Les principes européens étant ceux de l’égalité d’accès à la commande publique, celle de l’égalité de traitement des candidats et de la transparence des procédures, la proximité territoriale ne peut être, en tant que telle, un des critères d’attribution.

 

Mais, comme c’est le cas pour l’achat de produits issus de l’agriculture locale [NdR : Article 53 du Code des marchés publics], le livre ne pourrait-il pas bénéficier également de ce critère — le prix n’étant pas ici un critère discriminant (en tout cas pour le livre non scolaire, cf la Loi sur le prix unique du livre) ?

 

 

ActuaLitté : Quelles conclusions attendez-vous, en tant qu’élue, du seuil d’appel d’offres revu à 90.000 € pour les librairies ?

 

Karine Franclet : Dans un souci de maintien du tissu économique local et de préservation – voire de développement – de l’emploi, je souhaiterais que les acheteurs publics s’emparent de cette possibilité qui s’ouvre aujourd’hui à eux pour faire appel à la librairie de leur territoire.

 

Privilégier une véritable collaboration interprofessionnelle, entre les libraires et les bibliothécaires, favorise le maintien d’un maillage dense de points d’accès au livre, et contribue au développement de la lecture sur l’ensemble du territoire francilien.