Prix, accès, usages : une étude d'impact des licences nationales

Antoine Oury - 05.10.2018

Edition - Société - licences nationales - edition scientifique licence - editeurs scientifiques


Encouragée par l'actualité de la recherche et de l'édition scientifiques, l'Inspection Générale des Bibliothèques s'est lancée dans la première étude d'impact de la politique des licences nationales. Ces dernières devaient permettre d'obtenir de meilleurs tarifs et conditions d'accès pour les publications scientifiques, mais aussi garantir une certaine égalité entre les chercheurs. C'est l'heure du bilan.


Elsevier & Cambridge University Press - London Book Fair 2018
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 



Dans les années 1990, face à la hausse des coûts d'abonnement et aux situations de monopoles de certains éditeurs, les acteurs de l’information scientifique et technique se sont réunis pour peser plus fortement dans les négociations. Le consortium Couperin et l’Institut de l’information scientifique et technique (Inist) ont assumé ce rôle de négociateur, tandis que la plateforme Istex devient le socle de la bibliothèque scientifique numérique nationale.

 

Le projet Istex a permis d’acquérir pour un montant de 53,6 millions € plus de 21 millions de documents auprès de 21 éditeurs internationaux différents, note le rapport de l'IGB. À ces achats d'accès s'ajoute celui réalisé auprès de l'éditeur Elsevier pour 174 millions € pour 5 ans et 2200 revues, qui arrive à échéance en cette fin d'année 2018.

 

Par ailleurs, un plan de soutien à l’édition scientifique française a abouti à 3 protocoles établis avec Cairn (931.000 € sur 3 ans fermes et 2 années optionnelles), EDP Sciences (998.840 € sur 2017-2021) et OpenEdition (pas encore finalisé, mais prévu pour 2018-2021). Enfin, des achats de ressources documentaires de niche dans le cadre de l’infrastructure de recherche CollEx-Persée viennent compléter ce panorama des licences nationales françaises.

 

Les ressources disponibles

 

À la mi-mars 2018, détaille le rapport, la plateforme Istex héberge 21 millions de documents qui sont à 67 % des articles, à 5 % des « books reviews », à 4 % des « review articles » et à 1,6 % des livres numériques (345 000 dont 300 000 sur ECCO et EEBO). 14 % des documents sont de nature indéfinie. Les éditeurs les plus représentés, sans surprise, sont Elsevier (6 015 585 documents), Wiley (5 166 358), Springer (3 905 350) et Oxford University Press (1 450 708).

 

85 % de ces documents sont en anglais, 5,8 % en allemand et 1 % en français. Le document le plus ancien date du 15e siècle ; le plus récent de 2015. 73 % ont été publiés au 20e siècle, 21 % au 21e siècle (734 136 entre 2011 et 2015).




 

Si les sciences exactes sont bien couvertes, l'offre apparait bien maigre en physique, sciences appliquées, droit et économie, arts, lettres, sciences humaines et sociales et chimie. Compléter ponctuellement les corpus les moins bien fournis semble indispensable.

 

Les usages

 

Les données d'usage de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche font apparaitre une utilisation très forte des ressources, principalement par l'intermédiaire des sites des éditeurs directement (cible : 3 millions — résultat : 12,1 millions en 2017), moins par Istex (cible : 9 millions – résultat : 3,044 millions en 2017), cette dernière étant principalement utilisée pour la fouille de textes et de données. Il apparait que la plupart des établissements n'ont pas intégré Istex à leur système d’information documentaire, ce qui pourrait permettre d'améliorer les statistiques d'usage. Il apparait donc nécessaire de mieux faire connaitre Istex.

 

Springer, Wiley et Elsevier dominent les usages : 71,5 % des usages documentaires sur la plateforme Istex et 74,7 % des téléchargements à partir des sites éditeurs. 

 

L'ISTEX signe une licence nationale
avec l'éditeur De Gruyter


Du côté des tarifs, la balance est visiblement avantageuse : « Le gain varie bien évidemment, mais il est toujours supérieur à 50 % et atteint globalement, pour les 14 licences examinées dans le cadre de cette étude, 91,20 %. Ce gain équivaut à multiplier par 6,37 le prix unitaire consenti à un établissement de taille L pour obtenir le coût réel de la licence nationale, ce qui représente une économie substantielle », indique le rapport. Cela dit, certains établissements n'auraient pas acheté toutes les ressources comprises dans la licence nationale.

 

Par ailleurs, la politique de licences nationales a permis d'améliorer l'offre pour de nombreux chercheurs et membres de l'enseignement supérieur, avec une augmentation pouvant atteindre les 137 %.

 

L'avenir d'Istex et des licences nationales

 

À partir de janvier 2019, les établissements souhaitant accéder aux ressources et aux services devront acquitter un coût d'abonnement à la plateforme Istex. Le modèle économique du service est « incertain » estime l'IGB, et il semble nécessaire de le préciser pour en garantir la viabilité, le développement et la stabilisation : les parties prenantes sont invitées à s'engager.

 

Pour améliorer la valeur d'Istex sur le plan des services, l'IGB recommande par ailleurs de « favoriser l’interopérabilité avec les bibliothèques numériques en accès ouvert (Persée, Gallica,…) et les applications de fouille de textes propres à des communautés disciplinaires ».

 

Dans un contexte de développement de l'accès ouvert aux publications scientifiques et alors que la fin du contrat 2014-2018 avec Elsevier approche, l'IGB recommande aux établissements et consortia de tout faire pour « obtenir une baisse des coûts substantielle » et « consacrer les sommes ainsi libérées au développement d’autres modes de publication scientifique conformes aux principes du Fair Open Access et portés par les communautés de chercheurs représentées en leur sein ».

 

cOAlition S, une alliance pour l'accès
ouvert à la recherche publique

 

Plus généralement, l'IGB incite les « bibliothèques universitaires et les centres de documentation à soutenir financièrement les démarches de publication en libre accès en réorientant leur politique documentaire avec l’appui des communautés scientifiques de leurs établissements »...

Le rapport complet est accessible à cette adresse, ou ci-dessous.
 

 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.