Prix littéraire : "Les Français semblent dupes, puisqu'ils achètent"

Clément Solym - 23.11.2011

Edition - Société - prix littéraires - moratoire - commerce


On saluera la tribune publiée par Luis de Miranda, auteur, philosophe, mais également directeur éditorial chez Max Millo, publiée dans Le Monde. Car c'est avec une certaine passion que l'homme dénonce la pratique du prix littéraire, telle qu'aujourd'hui elle se négocie et se marchande entre éditeurs. Au détriment du public.

« Concurrence déloyale vis-à-vis des petits éditeurs écartés d'office de la compétition, dumping artificiel du marché, ententes illicites entre quelques "grandes" maisons, conflits d'intérêts des jurés... Tout cela a été décrit et démasqué maintes fois. Et pourtant la "fête" continue. Et les Français semblent dupes, puisqu'ils achètent. Mais leur donne-t-on le choix ? », interroge-t-il.

Des prix littéraires, qui vont être, cette année, accompagnés d'un petit nouveau, le Prix des prix, qui se fait fort de récompenser un auteur, parmi tous les auteurs primés aux différentes récompenses - Renaudot, Goncourt, Femina, et consorts. Une aberration de plus dans le paysage, certes, mais une aberration qui fait couler de l'encre.

Or, Luis de Miranda fait lui état d'une lassitude : comment ses compatriotes, qui ne consacrent pas un budget à plus d'un ou deux livres chaque année, en littérature contemporaine, pourraient-ils encore suivre, quand la déception est souvent grande, à la lecture d'un des lauréats. Et face à la crise de l'édition, la réponse semble s'imposer, attendu que « les prix littéraires sont en partie responsables du pourrissement du marché, en décevant trop souvent la candeur du lecteur ».

Or, ce sont également les auteurs qui pâtissent de ces pratiques. En effet, « chaque année des auteurs confirmés se voientrefuserla publication de leurs nouveaux manuscrits au prétexte qu'ils ne sont pas"bankables". La notion d'oeuvre, c'est-à-dire de l'auteur étrange, difficile, exigeant, élitaire, qui a besoin du soutien d'un éditeur sur la durée, est à peu près caduque », pointe-t-il.

Et pour qui aurait encore des doutes :

Un exemple ? Il y a plus de 1 000 maisons d'édition publiant des romans en France. Or depuis 2000, en onze ans, Gallimard et ses filiales ont obtenu le prix Goncourt sept fois - soit un taux de réussite de 64 % et une somme estimée à 30 millions d'euros de chiffre d'affaires pour ces seuls sept ouvrages, une part de marché dont aucun monopoliste du CAC 40 n'oseraitrêver. Quand bien même lesGoncourt de Gallimardseraient tous des chefs-d'oeuvre, il y aurait là quelque chose de pourri au royaume du papier.

Et sa conclusion est simple : organiser un moratoire sur le prix littéraire. Ou mieux encore : que l'on tire au sort, un hasard qui « ferait mieux les choses », les ouvrages qui recevront un prix. « Et nous profiterions du temps ainsi dégagé par la pause des tractations oligopolistiques pourrelireLeChâteaude Kafka, une belle métaphore de l'auteur perdu face au Léviathan éditorial. »

Tribune salutaire, à lire dans son intégralité sur Le Monde.


On ajouterait sans peine que la politique des prix littéraires fait également les beaux jours de cybermarchands dénués d'âme. Se rendre sur les sites des uns et des autres - Amazon, Apple, pour ne prendre qu'eux en exemple permet, quand la saison des prix bat son plein, de découvrir des espaces entièrement alloués aux ouvrages primés. Qui incitent à la consommation, sans aucune prescription autre que "titulaire d'un prix".

 

Ce qui renverra immanquablement à l'extrême lucidité de Renaud, qui déjà en 1981 (tiens, l'année de la loi Lang ?) faisait remarquer que son Beauf, avait une consommation culturelle fameuse.

 

Pi bonjour la culture il est 'achment balaise
T'as qu'a voir ses lectures ça casse des barreaux d'chaises
V.S.D Paris-Match et puis Télé 7 jours
Pi bien sûr chaque années y s'offre le prix Goncourt


Le jour où les cons s'ront plusà droite

Y a p't'être une chance pour qui vote à gauche


Crédit photo Luis de Miranda, février 2008 Wikipedia, CC Arsenaldumidi