Prix Mémorable : en dix années, une bibliothèque de rêve constituée

Auteur invité - 07.08.2018

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Fort de désormais 48 librairies –  La Cour des grands/Le Préau, installée à Metz, et La vie devant soi, jeune librairie nantaise, ont rejoint le réseau — chaque année, le groupement de librairies Initiales décerne son prix Mémorable. Un hommage rendu par les libraires indépendants à un auteur injustement oublié. À une pépite sortie de l’oubli par un éditeur défricheur, à un travail de traduction incontournable. 

 

Le prix fête aujourd’hui ses dix ans ! Dix ans, l’occasion de faire le bilan et de saluer notre nouveau lauréat : le Tchèque Ota Pavel et son livre Comment j’ai rencontré les poissons, péché par les éditions do. 


Par Claire Nanty Libraire,
responsable du comité Mémorable




 

Ne pas se contenter de l’écume de l’actualité, creuser le fonds éditorial, défricher, suivre les lignes de fuite, sauver du néant et vous faire aimer des livres oubliés, aiguiser votre esprit de curiosité : c’est le sens donné au prix Mémorable, remis chaque année par les libraires indépendants du groupement Initiales. Ce prix Mémorable que l’on aurait pu appeler le Remarquable... Mais cela n’aurait pas collé avec la modestie du métier de libraire ! 

 

Le libraire indépendant est un être étrange. À la fois hyperconnecté et toujours à l’affût des nouveautés qui ne font pas encore les couvertures des journaux, il aime aussi se faire plaisir et ressortir de ses étagères les livres qui ont forgé son goût de lire. Bien souvent, il aime un auteur méconnu, mal-aimé et qui n’aura que rarement les « honneurs » de la Pléiade. Il peut vous parler des heures durant d’un auteur mort depuis longtemps et c’est vraiment une grande fête pour lui d’apprendre la réédition de ses pépites rares et précieuses. 

 

L’an dernier, c’est un auteur de cette trempe-là que nous avions récompensé. Emmanuel Bove est un nom que vous ne verrez pas dans les anthologies, n’entendrez pas souvent dans la bouche des universitaires, mais qui est cher au cœur d’une tribu d’initiés. Et ce fut un immense plaisir pour les libraires Initiales de le voir mis à l’honneur sur nos tables et dans nos vitrines, lui qui se faisait jusqu’alors si discret. 

 

Ces dix années « mémorables » nous permttent de prendre un peu de recul et de nous amuser à chercher les thématiques qui se dessinent en regardant les livres primés qui peuvent constituer à eux seuls une sorte de sélection incontournable pour tout bibliophile ! 
 

Les brûlots 


Il y a tout d’abord les ouvrages qui font se frotter la grande histoire et la fiction. C’est le cas de La Bombe de Frank Harris, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Sylvie Homassel, édité par La dernière goutte (Mémorable 2015), du Requiem pour un paysan espagnol & Le Gué de Ramón Sender, traduit de l’espagnol par Jean-Paul Cortada et Jean-Pierre Ressot, édité par Attila (Mémorable 2010), de même que le Fuck America d’Edgar Hilsenrath, traduit de l’allemand par Jörg Stickan, toujours chez Attila, et récompensé en 2009. 
 

Le livre Nous d’Evgueni Zamiatine et figurant dans les finalistes de cette année est dans cette veine : roman d’anticipation à l’écriture poétique, Nous raconte une tentative de libération, exaltante et déçue. Écrit au lendemain de la Révolution russe, c’est un roman des grandes désillusions qui porte une forte charge subversive. 

 

Les poètes laboureurs 


Il semblerait que le libraire Initiales porte en lui une envie irrépressible de s’ancrer à un établi ou d’aller garder les vaches, avec son chien et son livre comme seuls compagnons, là-haut sur la colline... Cette année, La Ravine de Sergueï Essénine, paru aux éditions Héros-Limite et traduit du russe par Jaques Imbert, nous a confrontés à une nature qui garde toujours le dernier mot sur la vie des hommes : celles et ceux qui ont fait l’expérience de cette lecture ne sont pas près de l’oublier. 

 

Citons aussi Scènes de ma vie, de l’écrivain paysan Franz Michael Felder, édité par Verdier, traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Le Lay (Mémorable 2014), ou encore La Scierie, le récit anonyme d’un garçon de bonne famille plongé dans le prolétariat rural d’une usine à bois, diamant noir édité par Héros-Limite. 
 

Les perdants magnifiques 


Le prix Mémorable peut aussi distinguer les livres mettant en scène un perdant magnifique, l’autre figure chérie du libraire Initiales ! Convoquons ici Emmanuel Bove pour son personnage de Victor Bâton dans Mes amis, sorti chez L’Arbre vengeur (Mémorable 2016), Karoo, de Steve Tesich, édité par Monsieur Toussaint Louverture, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Wicke (Mémorable 2012), Stoner, personnage-titre du roman de John Williams traduit de l’anglais (États-Unis) par Anna Gavalda, sorti chez Le Dilletante (Mémorable 2011). 

 

Tout comme Leo Popper, le père du narrateur de Comment j’ai rencontré les poissons d’Ota Pavel, notre dernier lauréat en date. Ce sont tous des êtres inoubliables, d’une banalité extraordinaire, dont on épouse d’autant plus facilement la destinée qu’elle est le reflet de notre commune humanité. 

 




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