Prix unique du livre au Québec : la chaîne Costco n'y croit pas

Nicolas Gary - 19.09.2013

Edition - International - prix unique du livre - Québec - régulation du marché


Exclusif : La seule et unique chaîne de magasins de grande surface présente au Canada, aux États-Unis et au Mexique, Costco, a présenté à la commission parlementaire sur le prix unique du livre un mémoire. Ce document est examiné dans le cadre de la réglementation sur le prix unique du livre que le Québec pourrait mettre en oeuvre. La Commission doit prendre en compte les conséquences qu'aurait une pareille législation et sa faisabilité. 

 

 

QUEBEC 1976 ---PASSENGER PLATE, 76 SUMMER OLYMPICS 122L499

woody1778a, CC BY SA

 

 

L'intervention de Costco, chaîne de distribution fonctionnant sur un modèle de club-entrepôt avec une adhésion, est en concurrence directe du Sam' Club de Wal Mart, par exemple. Depuis les premiers temps, il a été mis en avant qu'une régulation sur le livre permettrait une concurrence plus saine pour l'ensemble des vendeurs de livres, mais également permettrait de limiter les fermetures d'établissements indépendants. 

 

Dans le mémoire, présenté par Madame Andrée Brien, vice-président principal et directeur général du marchandisage Division CanadaCostco, la société reconnaît « le rôle primordial des libraires, tout comme celui des bibliothécaires ». Et le livre occupe bien « une place de premier plan dans l'expression de la culture québécoise et de son rayonnement ». Dans une moindre mesure, Costco prendra part à cette action. 

 

Fait notable, en mars 2011, la chaîne américaine Target a fait son arrivée sur le marché québécois. Et avec elle, est revenu le débat sur la responsabilité des grandes surfaces, et leurs politiques tarifaires, dans « l'érosion du secteur de la librairie indépendante ». Cette « concurrence féroce » subis par les indépendants serait la cause de leur situation délicate aujourd'hui. Or, si la best-sellerisation constatée a eu un effet sur le marché du livre, Costco présente d'autres facteurs qui ont participé à la fragilité des librairies. 

Le ralentissement de l'économie – plus particulièrement dans le secteur de la vente au détail –, l'évolution des habitudes de consommation, l'accroissement de l'offre culturelle, la part de plus en plus grande de temps consacré aux médias sociaux, la concentration des entreprises, le manque de relève, l'essor du numérique et, évidemment, les ventes en ligne sont autant de facteurs déterminants qui ont contribué à réduire la marge bénéficiaire des librairies indépendantes.

 

Et d'insister sur le fait que d'un côté, on assiste à une progression significative de l'offre, autant qu'à la diversification du réseau de vendeurs, tous domaines confondus. 

Comme le reconnaissait également l'ADELF, l'adoption de la Loi 51 a été plus que bénéfique :
« Le livre, au Québec, est aujourd'hui une véritable success-story ! La filière du livre emploie actuellement plus de 12 000 personnes au Québec et a généré en 2011 un chiffre d'affaires annuel de près de 800 M $, ce qui en fait la plus grande industrie culturelle québécoise qui publie annuellement plus de 4 500 titres. Au prorata de la population, le volume d'édition y est comparable à celui de la France, de l'Italie et de l'Allemagne. Les livres québécois (littératuregénérale et scolaire) constituent une part importante du marché, avec une estimation qui est évaluée à 52 % des ventes finales. Par ailleurs, les lecteurs québécois ont aussi pleinement accès à la littérature du monde entier, grâce à un système d'importation et de distribution efficace qui met en marché environ 30 000 nouveautés en langue française par année »

 

A ce titre, l'adoption d'une loi fixant un prix unique de vente pour les livres, durant une période déterminée ne réussira pas « à soulager le milieu du livre de tous les maux auxquels il fait face ». Au contraire, cela accélérerait la baisse du volume de vente, touchant par conséquent l'ensemble des acteurs de la chaîne du livre.

 

Et citant l'exemple des clubs vidéo et des disquaires : « Nous sommes également convaincus que l'instauration du prix unique n'aura aucune incidence susceptible de modifier les nouvelles habitudes des consommateurs à l'égard du cybercommerce ou du numérique, qui gagnent en popularité auprès d'une clientèle grandissante. »

 

De fait, l'idée d'un prix unique repose sur le fait que les chaînes captent une grande partie, du fait de remises pratiquées, du marché best-sellers que ne vendent donc pas les librairies indépendantes. Or, si la législation permet de consolider l'industrie, elle n'enraye pas la diminution des ventes. Et Costco de conclure :  

l'instauration d'un prix unique pendant une période déterminée découragerait l'achat de livres au profit de la lecture sur Internet, en plus de favoriser l'achat de livres numériques et de pousser davantage les consommateurs québécois à lire des ouvrages publiés en anglais. Enfin, nous estimons que cette mesure va à l'encontre de toutes les tendances et ne répond d'aucune manière aux véritables défis auxquels le secteur du livre est confronté. Nous sommes convaincus que cette mesure aura pour effet de réduire les achats et d'accélérer davantage une réduction du volume total des ventes de livres au Québec, et qu'au final, c'est toute l'industrie du livre qui en pâtira.

 

Le rapport est à lire dans son intégralité ci-dessous :