Prix unique du livre : l'Italie plus divisée que jamais

Nicolas Gary - 29.01.2020

Edition - Economie - prix unique livre - Italie législation prix - industrie livre division


Nouvelle étape dans l’adoption d’une législation autour du prix du livre en Italie. Bloqué au Sénat depuis des lustres, le texte vient d’obtenir l’avis positif des Commissions du Budget et de la Culture. De quoi accentuer… la division dans les rangs des professionnels de l’industrie.

Leggere non ha preso
livre à 1 € - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

« Un texte d’une importance considérable pour les petits libraires, puisqu’il penche vers un rééquilibrage de la concurrence entre éditeurs et libraires indépendants », indique Cristina Giussani, présidente du Sindacato italiano librai.

Libraires et éditeurs ? Oui : l’Italie a cette spécificité que nombre d’enseignes et chaînes de librairies du Bel Paese appartiennent à des groupes éditoriaux. Des points de vente dont le nombre est incomparablement supérieur aux boutiques dont les maisons comme Gallimard ou Albin Michel — voire Actes Sud — disposent en France.

« Nous sommes à un pas de voir des années de travail concrétisées : celui d'une action menée avec engagement et cohérence, pour la protection des libraires indépendants. Maintenant, nous attendons avec impatience le passage au Sénat pour le vote final », indique-t-elle.
 

Les pour, les contre


Depuis les premiers temps de cette législation, c’est bien le modèle français qui avait servi d’inspiration : l’objectif d’instaurer un prix fixé par l’éditeur pour tous les revendeurs, avec une remise plafonnée à 5 % du prix public TTC découle directement du principe souvent cité de la Loi Lang.

Jusqu’à lors, la Legge Levi avait introduit un premier cadre législatif, avec un rabais de 15 % maximum, largement utilisé par les enseignes, au détriment des libraires indépendants – pour qui ces points accordés au lecteur-client devenaient une tombe méthodiquement creusée. 

Sauf que la Legge del Carroccio (ou Legge per il Libro e la Lettura, Loi pour le livre et la lecture, Ndlr) est loin de faire l’unanimité : même si en France, la loi Lang compte ses détracteurs, la fracture en Italie est nettement marquée… par les enjeux commerciaux, on le comprend. 

Depuis les premiers temps, l’association italienne des éditeurs — dont le président n’est autre que Ricardo Franco Levi, instigateur de la précédente loi éponyme — se tient vent debout contre le projet. En cause ? Le pouvoir d’achat des familles mis en avant pour dénoncer un projet législatif économiquement nuisible au pays, assure l’AIE.
 

Le pouvoir d'achat des familles


Après des mois et des mois de négociations dans les couloirs des chambres parlementaires, seul manque le passage au Palazzo Madama, siège du Sénat à Rome, pour définitivement entériner la loi. 

Elle prévoit d’ailleurs d’autres aménagements, comme la possibilité, sur des périodes définies, d’introduire une remise de 20 %, opérée par les éditeurs — pour des titres de plus de six mois, obligatoirement. Au cours de ces campagnes de réduction, les libraires auront la possibilité de pratiquer des ristournes de 15 % sur les titres proposés. 

L’approbation donnée par les deux commissions sénatoriales préoccupe l’Associazione Italiana Editori au plus haut point. Son président réitère ses doutes « quant au possible et sérieux impact que cela aura sur le marché, et tous ses opérateurs. En réduisant drastiquement la marge de manœuvre sur le prix des livres disponibles dans les points de vente, les lecteurs et les familles paieront plus », indique-t-il. 

Ricardo Franco Levi - Paolo Ambrosini
Ricardo Franco Levi au micro et Paolo Ambrosini - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

L’Associazione degli editori independenti estime que l’heure est à l’urgence d’approuver maintenant le texte. L’ADEI estime que « les grands éditeurs sont particulièrement soucieux de distribuer les livres, d’occuper de l’espace dans les chaînes et les supermarchés, même à des coûts non viables ». Car les opérations de remises n’aboutissent pas à une hausse des ventes, mais « à un effondrement ruineux des marges des libraires, des éditeurs, de la rémunération des auteurs […] et de tous ceux qui travaillent dans le monde du livre ».

Récemment l’Association des libraires italiens a pointé des chiffres convaincants : sur les cinq dernières années, 2332 librairies ont fermé sur l’ensemble du territoire. En France, entre 2007 et 2018, nous sommes passés de 2344 établissements à 2182, à titre de comparaison. 
 

Une régularisation globale du marché


Marco Zapparoli, président de l’ADEI, s’insurge : « Contrairement à ce que prétend le président de l’AIE, cette loi permet de contrôler et de diminuer les prix effectifs. » Là où, les opérations de remise sauvages affectent « tout d’abord les familles de ceux qui travaillent dans l’édition. Car le prix de vente des livres est, systématiquement, augmenté précisément pour compenser ces opérations ».

En somme, un prix fixe, avec ristourne plafonnée engendrerait un circuit plus vertueux pour toute la chaîne, sans avoir de conséquences ruineuses pour le pays. 

Paolo Ambrosini président d’Ali Confcommercio et de l’association des libraires italiens, le répète depuis des mois. « Il est nécessaire de changer de cap, de rompre avec ce qui avait été fait jusqu’à présent, en investissant non dans le volet tarifaire, mais sur la promotion du contenu, comme cela se pratique sur les principaux marchés européens. »

Par-dessus tout, l’Italie accuse régulièrement le coup (et le coût) d’une politique culturelle assez peu tournée vers l’encouragement à la lecture. Les initiatives se démultiplient, mais le territoire assiste à une désertion des lecteurs. Les dernières données communiquées en décembre 2019 indiquaient qu’une famille sur dix ne possédait pas un seul livre. 

Les jeunes de 15-17 ans restent la force vive, avec 54,6 % de lecteurs au global, contre 47,1 % en 2016. De même, pour 2018, on comptait 46,2 % de lectrices et 34,7 % de lecteurs — bien que sur une période plus large de 20 ans on se rende compte d’une évolution. En 1998, 39,3 % des femmes lisaient, contre 33,7 % des hommes.


Commentaires
le PU à ces bons cotés, ces mauvais aussi mais je pense trancher en faveur du PU (à condition d'augmenter la part des auteurs, sans diminuer la part des éditeurs et garder une bonne qualité des livres pour les lecteurs).
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