Prix unique du livre : L'opposition met la pression à Maka Kotto

Julien Helmlinger - 22.11.2013

Edition - International - Québec - Prix unique du livre - Maka Kotto


Pressé par l'opposition que forment les partis Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS), en marge de l'inauguration du 36e Salon du livre de Montréal, le ministre de la Culture Maka Kotto a été exhorté à prendre position sur le prix unique du livre. S'il avait annoncé des délais raisonnables voilà plusieurs semaines, et confirmé la volonté du gouvernement « de sauver notre réseau de librairies indépendantes [...] de façon équilibrée et structurée », précisant que la solution ne se trouvait pas dans les suggestions respectives de ces deux opposants, eux-mêmes diamétralement opposés sur la question.

 

 

Maka Kotto (gouvernement)

 


Du côté de CAQ, la députée Nathalie Roy a posé la question de savoir si le gouvernement allait « enfin annoncer qu'il va laisser tomber le prix unique du livre », mesure envisagée qui selon la position de son parti, « va nuire à l'accessibilité des livres » sans toutefois aider les « librairies indépendantes à relever le défi du numérique ».


Au contraire pour QS, la députée Françoise David a réclamé une réglementation sur le prix du livre avec dessein d'éviter les effets observés en Angleterre comme aux États-Unis. Invoquant la position majoritaire du milieu du livre en faveur de la mesure, jugée essentielle pour assurer la diversité au Québec, « afin que le livre de poésie se vende autant que vont se vendre les best-sellers. C'est une question de préservation et de développement de la culture du Québec ».


Le ministre de la Culture Maka Kotto, tout en restant flou, a répondu en évoquant la préoccupation que constitue « la menace du numérique et les ventes en ligne ». Pour lui, il est nécessaire d'apporter « une solution équilibrée, sans pencher ni du côté de la CAQ ni du côté de Québec solidaire ».

 

Françoise David a réagi en point de presse : « Il est évident que le gouvernement du Québec hésite profondément entre réglementer ou ne pas réglementer […], malgré que le ministre ait déclaré, à la fin de la commission parlementaire, qu'il entendait la voix des acteurs du milieu lui disant qu'il faut sauver la librairie agréée, qu'il faut sauver la diversité du livre au Québec. Ça ne se fera pas si on ne réglemente pas. Les multinationales vont réglementer elles-mêmes, elles vont dicter elles-mêmes le prix des livres. »

 

Au 36e Salon du livre de Montréal, mercredi soir, le dossier épineux s'est invité sous la forme d'une manifestation surprise venue perturber la cérémonie d'ouverture, avec un impact toutefois faible sur l'événement, selon les responsables. La porte-parole du mouvement « Sauvons les livres », à l'origine de la manifestation, Élodie Comtois a estimé qu'il était  « dommage » que l'enjeu de la réglementation ne soit pas abordé de front lors du Salon.

 

Un Salon neutre et apolitique, lieu de débat quand même

 

Si la directrice de la manifestation annuelle, Francine Bois, a déclaré à La Presse canadienne, que le Salon est un lieu « neutre et apolitique », elle a toutefois soutenu l'idée qu'il serait sain que les débats qui animent la communauté des auteurs et éditeurs y trouvent échos. Les acteurs de l'industrie du livre pourront s'exprimer sur la question au cours des prochains jours, mais aucune table ronde ou atelier n'est officiellement prévue. Selon les organisateurs, la programmation a été développée il y a plusieurs, précisant que la question du prix des livres n'est pas dans la « vocation du Salon ».


Déception pour Élodie Comtois qui a estimé dans la soirée que cela est « assez dommage. […] Ce serait dans leur intérêt de prendre à bras-le-corps cet enjeu et de le débattre sur la place publique. C'est le lieu parfait pour le faire ». Les membres de « Sauvons les livres », quant à eux, multiplieront les actions pendant cette édition 2013 du rendez-vous du livre montréalais.

 

Élodie Comtois a annoncé : « Au cours des prochains jours, nous allons mener plusieurs actions dans un but pédagogique. Nous allons informer le public et interpeller les acteurs politiques, mais nous préférons garder le silence sur notre stratégie à venir. Le débat va se faire dans le salon. »

 

(via LeDevoir)