Procédure collective avec poursuite d'activité pour les librairies Chapitre

Nicolas Gary - 02.12.2013

Edition - Librairies - librairies Chapitre - cessation de paiement - tribunal de commerce


Le tribunal de Commerce de Paris vient de se prononcer quant à la cessation d'activité des librairies du réseau Chapitre. Sa décision a basculé en faveur d'une procédure collective, avec poursuite d'activité, de quoi permettre la reprise des 53 librairies toujours dans le giron du groupe. La procédure est désormais ouverte, en faveur d'un modèle de librairies indépendantes.

 

 

 

 

Dans un communiqué, le groupe Chapitre assure que cette décision du TCP ne devrait pas apporter de changement pour ce qui est des conditions de reprises. En revanche, ainsi que nous l'expliquait le président, Michel Rességuier, « la procédure collective devrait au contraire permettre d'accélérer les reprises : la prise d'effet des cessions pourra intervenir plus rapidement, grâce aux ordonnances du juge commissaire. Les repreneurs n'auront plus à attendre la finalisation des actes notariés ».

 

Déployer les solutions pour préserver les emplois

 

Le redressement des librairies, estime la direction de Chapitre, ne peut passer que par une reprise opérée par des librairies indépendantes. Notamment parce que ces dernières disposent du soutien des pouvoirs publics, autant que des éditeurs. « Ce constat est plus que jamais d'actualité et je suis convaincu que les fournisseurs comme les pouvoirs publics soutiendront les projets de reprise de nos librairies », ajoute Michel Rességuier. 

 

Depuis la constitution du réseau, en 2009, le groupe a enregistré plusieurs dizaines de millions d'euros de perte, entraînant une cessation de paiement qui inquiète notamment les éditeurs indépendants. Ces derniers, expliquait l'association L'Autre Livre, sont des fournisseurs de Chapitre, bien plus qu'ils ne l'étaient de Virgin. Aussi plusieurs maisons s'inquiètent-elles du devenir de leurs facturations dans le contexte actuel. 

 

« L'existence d'impayés est indiscutablement injuste pour les fournisseurs concernés. Nous en sommes vraiment désolés et nous  avons tout fait pour limiter de tels dégâts collatéraux : le manque de marchandises dans nos librairies en est la preuve évidente. De même, nous choisissons de demander l'ouverture de la procédure début décembre et non début janvier comme l'avait fait Virgin, ce qui pénalise beaucoup moins les fournisseurs », nous précisait ce matin le président des librairies Chapitre.

 

Pour l'heure, le groupe aurait reçu des dizaines de manifestations d'intérêt, déposées au cours des dernières semaines. « En nous plaçant aujourd'hui sous la protection du tribunal de commerce, nous pourrons déployer toutes les solutions permettant de préserver le plus d'emplois », conclut la direction. 

 

"Incompréhension du métier de libraire"

 

La semaine passée, c'est le Syndicat national de l'édition qui avait fait part de son analyse, considérant que la cessation de paiement venait « sanctionner une gestion et des choix stratégiques déficients et inadaptés ». Alors même que certains étaient « les fleurons de la librairie française », des éditeurs avaient fait part de leur crainte. Et le SNE de déplorer « une incompréhension du métier de la libraire par les actionnaires du groupe Actissia, un manque de dialogue entre leurs responsables et les éditeurs ont conduit à cette situation ». 

 

Selon le syndicat, l'année 2013 aura donc été marquée par une double crise, chez Virgin, tout d'abord, puis chez Chapitre, démontrant donc que « des choix ignorant les fondamentaux de la librairie conduisent à la catastrophe ». 

  

Antoine Gallimard, ancien président du SNE, ne semble pas dire autre chose, dans un bref entretien accordé à La Croix.  

C'est bien une mauvaise gestion, des choix stratégiques inadaptés et une incompréhension du métier de libraire de la part des actionnaires du groupe Actissia qui ont conduit à la situation actuelle pour les 53 librairies menacées. Une situation sur laquelle les éditeurs ont alerté, s'inquiétant par exemple de la création d'une plate-forme de regroupement des commandes pour ces points de vente phares de la librairie française.

 

Et de rappeler dans le même temps que d'autres chaînes, comme Decitre ou Cultura sont « en bonne santé ». Selon le PDG des éditions familiales et éponymes, il faut alors déplorer la centralisation des commandes, « conjuguée à une déresponsabilisation des vendeurs », qui serait la cause des déboires de Chapitre. « La direction a voulu étendre à ces franchises les pratiques de son autre chaîne France Loisirs sans évaluer l'hétérogénéité de ces librairies, leurs politiques d'animation, la spécificité de leurs offres respectives. » 

 

On toucherait donc aux « limites du capitalisme à outrance : les libraires sont des artisans qui doivent continuer à fonctionner comme tels ». 

 

Il faut (espérer) trouver la voie

 

Le SNE fait cependant preuve d'un bel optimisme : « Partout en France, des libraires indépendants prospèrent et témoignent de la vitalité et de la pérennité de ce métier essentiel à nos maisons, à leurs auteurs et à la diversité éditoriale. » Un plan de 18 millions € a toutefois été mis en place pour venir en aide à la librairie, globalement, avec notamment l'apport de 7 millions € promis par le président actuel Vincent Montagne.

 

Un fonds qui devait être abondé, du fait de la baisse de la TVA, passant de 5,5 % à 5 %. Or, le gouvernement a décidé de supprimer cette baisse. Le président Montagne avait expliqué à ActuaLitté que ce choix avait refroidi les ardeurs. « On ne peut pas trop se prononcer sur le plan, qui est pour 2014, et il appartiendra aux éditeurs et au bureau de se prononcer sur la façon dont ils interprètent cette opération. On peut dire, quand même, que si la TVA ne baisse pas, l'enthousiasme des éditeurs pour financer les libraires, à partir de la baisse de la TVA, est moins grand. »

 

Dans tous les cas, le SNE espère que les établissements Chapitre « sauront retrouver leur équilibre économique en proposant à leurs clients un choix riche et varié, garant de la vie littéraire au cœur de nombreuses villes de France ».