Procès contre Le Monde : Houellebecq face à ses contradictions

Sophie Kloetzli - 16.06.2016

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Ce n’est pas la première fois que le contact entre Michel Houellebecq et les médias crée des étincelles. Cette fois, ce sont les propres contradictions de l’auteur qui se retrouvent au cœur du débat. Depuis près d’un an, l’écrivain attaque Le Monde en justice, l’accusant à la fois d’avoir divulgué une correspondance privée et d’avoir violé les droits d’auteurs... d’une œuvre littéraire.

 

(CC BY 2.0)

 

 

 

Ce n’est pas la première fois que l’écrivain, très médiatisé, se retrouve au tribunal. En 2002, rapporte l’AFP, il avait été attaqué en justice par des associations musulmanes suite à des propos islamophobes recueillis par le magazine Lire : « La religion la plus con, c’est quand même l’Islam. » L’édito affirmait par ailleurs que l’écrivain avait répondu « en buvant comme un trou »...

 

En 2015, l’écrivain attaquait Le Monde en justice, mécontent de la série d’articles dont il avait fait l’objet durant l’été. Le quotidien revenait sur le procès de 2002 et du billet que l’écrivain avait fait parvenir à son avocat Emmanuel Pierrat, où il déclarait : « Ma décision est irrévocable : les médias, pour moi, c’est fini. » Houellebecq s’est alors plaint d’une violation du droit d’auteur pour une reproduction sans autorisation, ainsi que de la publication d’une correspondance privée. Il réclame un euro symbolique de dommages et intérêts ainsi que la publication du jugement.

 

C’est à présent au Monde de répliquer en invoquant le principe d’Estoppel, en vertu duquel « nul ne peut se contredire au détriment d’autrui ». D’après l’avocat du quotidien, François Saint-Pierre, ce procès souffre d’une « contradiction substantielle ». Ce billet ne peut constituer à la fois une œuvre littéraire, destinée à la publication, et une correspondance privée, qui ne l’est pas. D’autant plus que l’écrivain a également tenu ces propos lors de sa plaidoirie.

 

L’avocate de Houellebecq, Nathalie Dubois, estime que ce billet est empreint d’un « style littéraire particulier qui reflète la personnalité de Michel Houellebecq. » Il ne s’agit pas d’un mot insignifiant, où le romancier demanderait « j’ai besoin de me moucher, auriez-vous un kleenex ? », poursuit-elle, « c’est comme si Sempé faisait un petit dessin à son avocat. » Elle rejette le principe d’Estoppel et évoque plutôt un « concours de textes » de loi.

 

Une malveillance que dénonce le journal attaqué en justice. Et pour cause : d’après Me Saint-Pierre, l’ancien avocat de l’écrivain aurait transmis ce billet à la journaliste, avec « cette précaution, cette coquetterie, cet orgueil, je ne sais pas » en lui demandant de créditer « Collection Emmanuel Pierrat ».

 

« Est-ce que toute phrase » signée de Michel Houellebecq est « ipso facto une œuvre d’art » ? s’est demandé le conseil du quotidien. À ses yeux, ces mots sont « d’une banalité affligeante », et cette action en justice n’est « pas sérieuse du tout ». Elle constitue une procédure abusive pour laquelle Le Monde réclame la somme de 10.000 euros de dommages et intérêts. Le quotidien accuse aussi l’écrivain d’avoir « stigmatisé de façon cruelle, malveillante » la journaliste qui avait signé ces articles, et de l’avoir « insultée de manière ordurière ». 

 

« Désolé, cette fois, on ne laissera pas passer », a fait savoir Me Saint-Pierre. Le tribunal rendra son jugement le 8 septembre. Quoi qu’il en soit, Le Monde et lui, ce n’est pas encore fini.