Profession, Agent secret : les conseils d'écriture de la CIA

Clément Solym - 14.07.2014

Edition - International - agent secret - CIA écriture - rapports mission


Être agent secret ne signifie pas uniquement écrire en langage codé : il est aussi bel et bon de pouvoir écrire correctement. La CIA avait à ce titre publié un ouvrage à destination des futurs agents de renseignements. Une série de petits commentaires bienvenus pour apprendre le bien écrire - et l'art subtil de la langue xylodiplomatique. 

 

 

 

 

On privilégiera par exemple l'expression « extraordinary rendition » [NdR : popularisé dans la communication de la CIA pour parler de sa guerre contre le terrorisme], qui désigne un transfert de prisonnier, en dehors du cadre judiciaire d'extradition, à celle, plus désagréable à l'oreille, d'« enlèvement et torture illégaux ». Certes. 

 

La préface, signée de Fran Moore, alors directeur de l'agence, explique que le bon travail de l'agent secret réside dans sa manipulation de la langue, à travers une écriture « mesurée, claire et concise ». Et l'ensemble du livre fournit de plus amples précisions syntaxiques et lexicales.

 

L'utilisation de la virgule est particulièrement appréciée, alors que les adjectifs et les adverbes sont peu recommandés. Dans l'ensemble, privilégier l'orthographe américaine, même pour les noms propres, sera plus efficace que celle britannique. « Les expressions étrangères doivent être évitées, car elles sonnent comme quelque chose de galvaudé », insiste le livre. Dans tous les cas, bannir le mot « enthousiasme » de toutes ses communications. 

 

Enfin, un bon agent doit savoir manier les informations et faire la distinction entre désinformation et mésinformation : le première implique la diffusion de faux rapports, quand la seconde présente des points de vue différents sur une même situation. Et tant qu'à faire, ne jamais parler de gouvernement taiwanais, ni même l'adjectif tout court. On parlera de Taiwan. 

 

Ou on n'en parlera d'ailleurs pas. Le guide est disponible en intégralité à cette adresse. Et cette édition révisée date de 2011, avec une préface signée de février 2012, si, si...

 

D'ailleurs, le préfacier conclut : « En traitant de la politique étrangère, et de la sécurité nationale, notre gouvernement a de nombreuses sources d'informations dont il peut s'inspirer. La profondeur de nos connaissances, la force de notre pensée et la puissance des mots feront en sorte que nos clients, depuis les décideurs en passant par les officiers dans l'opérationnel, continueront de s'appuyer sur la Direction du Renseignement. » (via Open Culture)