Project Glass, lunettes respectueuses de la librairie indépendante

Clément Solym - 06.04.2012

Edition - Librairies - Project Glass - lunettes - réalité augmentée


Depuis quelques jours, les lunettes estampillées Google, le Project Glass fait parler abondamment de lui. La société californienne a confirmé l'existence de ce prototype, qui vise avant tout une expérimentation de réalité augmentée et enrichie d'une foule de services... par Google. Vaste sujet, à condition d'avoir les yeux en face des trous.

 

Les premières photos ont filtré sur la toile : les lunettes en question ont pour vocation de permettre l'exploration de cartes, de discuter avec des amis, de prendre des notes, ou de se connecter à un téléphone pour des échanges, de rserver des places pour des concerts, etc. 

 

Bien entendu, on ne parle encore que d'un prototype, même s'il est officialisé, et aucune date de commercialisation, ni tarification n'a encore été avancée. Cette expérimentation de réalité augmentée provient directement de la section Google X, la branche de recherche et développement assez décalée. 

La démonstration vidéo est assez intéressante, dans ce qu'elle propose de guidage, d'informations ou encore de simplicité d'utilisation. 

 

 

 

Elle présente également un petit passage en librairie, qui mérite d'être un chouia décrypté. C'est que, voilà quelques semaines, Amazon avait lancé une initiative particulièrement contrariante : proposer aux possesseurs d'un smartphone de se rendre en librairie, de repérer un livre et de l'acheter depuis l'application, en profitant d'une remise particulière. L'idée était finalement assez simple : ruiner les commerces indépendants.

 

Or, cette campagne de promotion avait fait scandale, les libraires indépendants assurant que c'était là encore un moyen du cybermarchand pour les déposséder de parts de marché supplémentaires.

 

Mais, place à la vidéo de Google...

 

 

 

On notera alors avec quelle finesse la librairie est ici présentée. Il s'agit d'une boutique indépendante du quartier d'East Village, à New York, Strand Books. Et justement, ce jour même, Google vient d'annoncer son divorce définitif avec les librairies indépendantes américaines, qui prenaient part au programme Google eBooks, la librairie numérique d'ouvrages numériques... (voir notre actualitté)

 

Évidemment, l'Association des libraires américains s'est déclarée très déçue ; si aujourd'hui, l'ABA dispose, grâce à Google, d'outils qu'elle ne possédait pas auparavant, la situation n'en est pas moins complexe. 

 

T'es où ? Là ! Là où ? Derrière toi...

 

Mais revenons à notre vidéo. Le lieu de rendez-vous donné à l'ami est donc cette librairie indépendante, qui propose des livres neufs, de l'occasion, ainsi que des ouvrages rares et des indisponibles. 

 

Assez grossièrement, Google ne s'appuie donc sur la librairie que pour en faire un lieu de rendez-vous - la librairie reste donc un lieu social, premier message assez classique, au même titre toutefois que n'importe quelle autre boutique ou point de rendez-vous. Second message, moins bien assumé. Cependant, le parcours à suivre pour, dans la librairie, trouver la section Musique est déjà mémorisé dans les lunettes, qui établissent rapidement le chemin à prendre.

 

Première information à prendre clairement en considération : les lunettes disposeront d'un accès à des données particulièrement précises. Après tout, Google Street View a inventé des solutions très intéressantes pour 'entrer' dans les magasins, sans y avoir mis le pied, ni quitter son écran d'ordinateur. Alors un plan de l'établissement...

 

Moi ? Posséder un ebookstore concurrent ?

 

Mais toute la différence entre Google et Amazon s'exprime bien là : si la firme dispose d'une librairie en ligne, Google Play Books, anciennement Google eBooks, son service de vente est absolument passé sous un assourdissant silence. Et plutôt que de montrer que les lunettes pourraient être connectées aux services commerciaux de Google, finalement, notre utilisateur, sagement, s'empare d'un livre papier, qu'il va acheter. 

 

Enfin, probablement acheter. 

 

Parce qu'après tout, on ne le voit pas passer en caisse.

 

Surtout, on évite avec de belles précautions de se ruer sur le même écueil qu'Amazon : la librairie est respectée d'un bout à l'autre, aucune attaque frontale ni trace de concurrence possible entre l'établissement ‘de brique et de mortier' et l'ebookstore. D'un coup de scan, les lunettes auraient tout à fait pu proposer un achat en ligne de l'ouvrage sur le Ukulélé et un téléchargement en version numérique.

 

Mais là, c'était une déclaration de guerre, façon Amazon. Et quand on vient de rompre son accord avec les libraires indépendants, mieux vaut arrondir les angles...