Projet de loi de finances 2017 : la lecture publique au coeur de l'action culturelle

Nicolas Gary - 28.10.2016

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EXCLUSIF – La lecture publique est au cœur du rapport présenté par Marie-George Buffet dans le cadre du Projet de loi de Finances pour 2017. Le tout est présenté sous un titre très fort : « Pour un renouveau des politiques en faveur de la lecture publique. » ActuaLitté a pu consulter le document et en dévoile l'ensemble des axes.

 

Bibliothèque Canopée Paris

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Avec 2,5 millions de personnes en situation d’illettrisme en France, l’encouragement à la lecture publique devient un « outil essentiel pour prévenir les inégalités sociales et culturelles », explique le rapport. Cependant, il importe de rompre avec la dimension intimidante de la lecture – et « l’instrument majeur de cette sensibilisation reste la bibliothèque ». Et cibler la jeunesse devient la priorité.

 

Plusieurs constats sont posés : depuis l’opération premières pages offrant des albums, l’inscription en bibliothèque, etc., jusqu’à l’analyse de l’association Lire et faire lire, pour qui 37 % des enfants ne savent pas lire en sortant du collège, la situation est tendue. 

 

80,4 millions € reconduits pour 2017 dans la DGD

 

Le rapport vise donc la mise en place d’actions de proximité, avec des associations locales – de nombreuses possibilités existent de ce point de vue. Mais les bibliothèques restent « un vecteur indispensable ». En 2015, 16.300 lieux de lecture publique étaient recensés en France. En tant que service public culturel souvent gratuit et ouvert à tous, il dispose d’un rôle sur mesure.

 

En outre, les bibliothèques prennent part à l’aménagement culturel du territoire, et offrent « un instrument de cohésion sociale dans les quartiers en difficulté ». Si l’État peut impulser et accompagner, par un apport financier autant que technique, les lieux eux-mêmes sont libres d’organiser l’accueil et les manifestations qu’ils souhaitent. Ainsi, 80,4 millions € ont été affectés au concours particulier de la dotation générale de décentralisation. Ce montant sera reconduit pour 2017. 

 

2017 devrait, budgétairement parlant, œuvrer à une revalorisation de la politique de lecture publique, à travers différents axes. Le premier consistera à accroître la visibilité : « Dans une société régie par l’image et les plans de communication, les actions menées autour du livre sont moins privilégiées par les collectivités territoriales, alors même que l’accès à la lecture entraîne des résultats sur le long terme », indique le rapport. 

 

De nombreuses associations ont ainsi sollicité « un soutien plus actif de la part de l’État », afin que soit valorisé le travail quotidiennement réalisé. En parallèle, il faudra mettre un terme à la politique de rentabilité des actions, qui semble régir l’action de chacun. « [L]a nécessité de répondre à des appels à projets pour obtenir des subventions [...] nuit à l’indépendance de leurs démarches. »

 

Maillage territorial et accessibilité

 

Au niveau territorial, le maillage des établissements est aujourd’hui « insuffisant », mais surtout leurs équipements sont « inadaptés ». En effet, « sur ces 16 300 lieux, 9 200 ne sont que des points d’accès aux livres, ce qui implique une amplitude horaire limitée et un personnel composé uniquement de bénévoles ayant reçu une formation ».

 

Par ailleurs, entre les territoires, des inégalités flagrantes apparaissent : « 55 % des communes représentant 11,1 millions de personnes, soit 17 % de la population, ne bénéficient d’aucun lieu de lecture publique. Le département de l’Aisne est emblématique de ces disparités : 42 % de la population n’a pas accès à un lieu de lecture et 84 % des communes n’en sont pas équipés. »

 

Évidemment, les zones rurales sont les plus touchées, mais les zones urbaines ne sont pas nécessairement épargnées. « Dans les communes de moins de 2 000 habitants, seuls 56 % des habitants ont accès à un établissement de lecture publique ; ce taux atteint les 100 % pour les communes de 100 000 habitants. »

 

Il faudra également remettre en question et interroger le modèle découlant des années 70, où un établissement principal dispose de plusieurs annexes, qui lui sont reliées. 

 

Le rapport de Sylvie Robert sur l’amplitude horaire reviendra évidemment sur le devant de la scène. Pour rester des lieux vivants, les bibliothèques ont besoin de s’adapter aux évolutions des habitudes du public. 

 

Selon la rapporteure, ces ouvertures doivent être pensées en fonction du territoire et adaptées. D’ailleurs, c’est dans ce sens, que vont les recommandations de Mme Sylvie Robert. Elle suggère de recommander de procéder à une étude du positionnement de la bibliothèque au sein du territoire : en effet il est préférable qu’elle soit bien desservie par les transports, particulièrement le week-end, et implantée auprès d’autres structures, commerces ou bâtiments sportifs. 

 

D’autres services devront également être envisagés – des cours de langues, ou de l’accompagnement social et/ou scolaire, comme c’est aujourd’hui le cas à la New Yortk Public Library, sont ainsi évoqués. 

 

L'importance des contrats territoires lecture soulignée

 

Pour mener à bien tous ces éléments, il importe de souligner combien la décentralisation a pu affecter les fonctionnements. « Selon les représentants des syndicats de bibliothécaires, l’échelon départemental est menacé, bien que la lecture publique soit une compétence obligatoire des départements. » Les restrictions budgétaires ne sont pas l’apanage des établissements anglo-saxons, et touchent tout autant les bibliothèques en France. 

 

Selon les chiffres du ministère de la Culture et de la Communication, le budget moyen d’investissement en 2014 s’élève à 67 000 euros. Une très grande disparité existe entre les communes, la moyenne des investissements dans les villes de plus de 100 000 habitants est de 1,2 million d’euros tandis que dans les communes de 50 000 à 100 000 habitants le budget est de 164 000 euros et dans les petites communes entre 2000 et 5000 habitants, ce chiffre s’élève à 27 000 euros.

 

La qualification des personnels semble également se dégrader, constate le rapport. 

 

Pour s’assurer que le projet 2017 soit pleinement opérationnel, la rapporteure recommande une synergie des acteurs impliqués. Le recours aux contrats territoires lecture est vivement recommandé : « En moyenne un CTL est subventionné par l’État à hauteur de 17 000 euros par an. En 2015 ce soutien s’est au total élevé à 2,2 millions d’euros. » Pour 2017, 500.000 € supplémentaires sont prévus. 

 

120 contrats doivent être signés avant la fin 2016, et une quarantaine d’entre eux par les départements. Il conviendra alors de privilégier « l’action en direction de quartiers prioritaires de la politique de la ville et les zones de revitalisation rurale ainsi que les partenariats avec les acteurs éducatifs lors du temps scolaire et périscolaire ». 

 

Une collaboration plus étroite avec le monde scolaire

 

Toujours dans l’idée de travailler de concert, les acteurs éducatifs sont alors sollicités, considérant qu’à l’exception de visites « de classes primaires dans les bibliothèques, la coopération entre les bibliothèques et le milieu scolaire est encore timide, alors même qu’ils poursuivent un objectif commun ». Des dispositifs doivent voir le jour pour encourager cette dynamique. À ce jour, 45 % des bibliothèques accueillent des enfants durant le temps périscolaire, mais seuls 25 % ont un partenariat avec des collèges, et 10 % avec des lycées. 

 

Les créneaux horaires peuvent être plus compliqués à trouver, et dans le même temps, internet a remplacé les recherches effectuées à travers les livres. 

 

Le dispositif le plus intéressant qui mériterait d’être développé est celui des projets éducatifs territoriaux. L’objectif de ce dispositif est de mobiliser toutes les ressources d’un territoire (Éducation nationale, administrations de l’État, associations), afin de garantir la continuité éducative entre, d’une part les projets des écoles et, le cas échéant, les projets des établissements du second degré et, d’autre part, les activités proposées aux enfants en dehors du temps scolaire.

 

Des actions visant le soutien scolaire en bibliothèque peuvent être favorisées, comme c’est déjà le cas dans certains établissements. Si internet isole, mais que la bibliothèque rassemble, comme l’indique l’ADBP, alors la lutte contre l’exclusion passera par une plus grande occupation des établissements. 

 

Le projet doit être encore examiné ce mercredi par la Commission des affaires culturelles...

 

 

Mise à jour : le compte-rendu des discussions à l'Assemblée.

Projet de loi de finances 2017 : “Remettre le livre dans la vie publique”