Projet de loi de finances 2017 : “Remettre le livre dans la vie publique”

Antoine Oury - 02.11.2016

Edition - Bibliothèques - Projet de loi de finances 2017 - lecture publique politique - Marie-George Buffet rapport


La Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale, présidée par Patrick Bloche, examinait ce matin trois rapports pour avis sur les crédits de la mission Médias, livre et industries culturelles, produits dans le cadre du Projet de loi de finances 2017. Celui de la députée de la Seine-Saint-Denis Marie-George Buffet, consacré à la lecture publique, a été particulièrement salué.

 

Marie-George Buffet, ce matin devant la Commission des affaires culturelles et de l'éducation

 

 

 

Dévoilé vendredi dans nos colonnes, le rapport de Marie-George Buffet examinait différentes pistes pour une politique de lecture publique renouvelée en France. « [L]’instrument majeur de cette sensibilisation reste la bibliothèque », soulignait la députée dans son analyse : elle a exposé et discuté cette dernière devant la Commission, en séance publique.

 

Si Marie-George Buffet s'est félicitée, en préambule, de « l'embellie budgétaire qui ne peut nous étonner » en 2017 pour la culture, elle a ensuite décrit un panorama de la lecture publique assez contrasté. Avec 16.300 lieux de lecture publique (détaillés à la page 29 de son rapport), la France dispose d'un maillage parmi les plus importants, qui n'exclut pas, malgré tout, de fortes inégalités territoriales : 17 % de la population française n'a pas accès à une bibliothèque de proximité, notait ainsi un rapport de l'Inspection Générale des Bibliothèques publié en décembre 2015.

 

« Les livres sont là, les bibliothèques sont là, mais il faudrait secouer le cocotier », résume Marie-George Buffet après les questions des députés. « Les bibliothèques départementales et municipales, les points d'accès au livre et les associations sont insuffisamment dotés et peu mis en avant », déplore-t-elle. Ces associations ont d'ailleurs du mal à mener des actions pérennes en raison de l'aspect fluctuant des subventions, d'après les entretiens menés par Marie-George Buffet.

 

« Je pense qu'il faut donner une ambition politique et une visibilité publique à la lecture, qu'il est nécessaire de la remettre dans la vie publique », souligne Marie-George Buffet. Signalons, à ce titre, que l'opération Partir en livre, grande fête du livre jeunesse, n'aura à aucun moment été évoquée dans les échanges.

 

Les débats se sont plutôt concentrés sur les leviers de soutien aux établissements de lecture publique : l'utilité de la commande publique, tant pour les bibliothèques que pour les librairies, en premier lieu, mais aussi le soutien apporté par le Centre national du livre — désormais concentré sur les actions en faveur des publics éloignés du livre — et la Dotation Générale de Décentralisation, à hauteur de 80 millions €. Les aides du CNL, 156 en 2015 pour des achats de collection spécifique ou adaptée, ne sont pas à négliger pour attirer de nouveaux publics, explique Marie-George Buffet en citant l'exemple, à La Courneuve, d'une collection de livres tamouls à destination des nombreuses familles originaires du Sri Lanka qui résident sur le territoire.

 

Tandis que l'État mène une politique de baisse des dotations publiques, la députée a rappelé l'importance de la formation des personnels et de la qualité de l'accueil des publics au sein des établissements de lecture publique : « En moyenne, 26 % des personnels dans les bibliothèques municipales relèvent de la catégorie C, ce qui dénote d'un manque de personnel qualifié. » « Le travail de médiation » reste indispensable, soulignera encore plus tard la députée.

 

D'après les différents entretiens que Marie-George Buffet a menés pour la rédaction de son rapport, « les effets des contrats territoire-lecture sont très positifs, mais on en compte seulement 120 sur le territoire. De plus, les personnels dédiés à la lecture publique au sein des Directions régionales des affaires culturelles (DRAC) sont peu nombreux. Par exemple, une seule personne s'en occupe au sein de la DRAC Île-de-France. »

 

Améliorer la perception du livre et de la lecture

 

Pour améliorer la perception du livre au sein de la population, Marie-George Buffet recommande une plus forte collaboration entre les bibliothèques et l'Éducation nationale, « forte au primaire, mais beaucoup moins au collège et au lycée ». Elle déplore également que la lecture apparaisse trop souvent comme « du temps perdu » au sein des formations, y compris celle des enseignants. « Il est nécessaire de replacer la lecture comme un élément de formation, tout au long de la vie. »

 

Interrogée sur l'ouverture des établissements le dimanche, la députée a souligné qu'elle « n'était pas la réponse dans tous les cas et sur tous les territoires ». Le numérique, notamment proposé aux publics à travers PNB, Prêt Numérique en Bibliothèque, n'a pas été évoqué dans les échanges préparatoires, précise la députée, et n'apparaît pas « comme la solution pour augmenter le lectorat dans les bibliothèques ».

 

Selon Marie-George Buffet, l'affaiblissement — ou la stabilité — de la fréquentation des bibliothèques « ne peut se résoudre à l’absence de moyens. Il y a d’abord le nécessaire apprentissage de la relation au livre : toucher un livre comme objet, c'est déjà très important, mais aussi bénéficier de la présence d’un adulte racontant. Tout ce qui peut généraliser ce lien précoce entre l'objet-livre, la lecture et l'enfant est très important. »