Projet OPALINe : des outils pour faciliter la production d'ebooks accessibles

Antoine Oury - 02.08.2018

Edition - Les maisons - Projet OPALINe - ebooks accessibles édition - livres numériques accessibles


L'accessibilité aux livres attire de plus en plus l'attention des éditeurs, surtout avec l'émergence de technologies de lecture numérique qui laissent espérer une réduction de la « famine littéraire » qui touche les personnes empêchées de lire. L'édition française se lance dans un projet au long court, le projet OPALINe, pour mettre au point des outils facilitant et accélérant la mise en accessibilité des livres.


Kobo Aura Edition 2
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


 

Après quelques mois de balbutiements et la disparition d'un des acteurs engagés dans le projet, le fournisseur technique Prismallia, le projet OPALINe est sur les rails depuis le mois de juin 2018. L'objectif est simple : créer des outils à même de faciliter et d'accélérer la conversion de simples livres numériques en ouvrages totalement accessibles.

 

« Le constat de départ est simple », nous explique Alex Bernier, ingénieur en informatique et directeur de BrailleNet, association dédiée à l’accessibilité numérique, « aujourd'hui, seuls 8 % des publications disponibles au format imprimé sont accessibles ». Autrement dit, sont proposées en braille, dans une version audio adaptée ou encore en gros caractères.

 

Le livre numérique concentre évidemment les espoirs : à l'aide de nouvelles fonctionnalités, il pourrait rendre la culture écrite plus facilement et rapidement accessible à un grand nombre de personnes qui en sont actuellement privées. C'est là qu'OPALINe intervient : « L'objectif global de ce projet est de faire des outils pour produire plus de livres accessibles, et ces outils se destinent donc aux secteurs de l'édition adaptée ou grand public. Pour ce qui est des outils de production, on vise plutôt le secteur de l'édition adaptée, avec les associations ou les services qui viennent en appui à des élèves en inclusion scolaire, dans les universités ou dans les relais handicap », précise Alex Bernier.

 

Le projet, dont le coût est établi à 1 million €, financé par Bpifrance pour 450.000 € et les partenaires pour le reste de la somme, rassemble quatre entités :

 

  • - BrailleNet, qui supervise l'ensemble
  • - l'Inria, Institut national de recherche en informatique et en automatique, un établissement de recherche, et en particulier l'équipe de recherche AlMaNaCh, qui planche sur le traitement automatique des langues
  • - l'EDRLab, organisation européenne basée à Paris, qui assure la promotion du format EPUB
  • - la société FeniXX, chargée de la numérisation des livres indisponibles du XXe siècle

 

Améliorer la productivité des structures d'adaptation
 

« OPALINe va être un ensemble d'outils dont l'objectif sera d'améliorer la productivité des structures qui adaptent des livres », résume Alex Bernier. « Aujourd'hui, quand on reçoit un fichier PDF, on le restructure à la main, en signalant les titres, en reliant les appels de notes aux notes, etc. C'est un travail manuel, très long, et qui ne mobilise pas vraiment l'expertise des gens qui font de l'adaptation, qui va plutôt être sollicitée pour la description d'images, par exemple. »

 

L'un des outils d'OPALINe permettra ainsi d'automatiser la tâche de restructuration des ouvrages, grâce au travail de recherche et développement actuellement assumé par l'Inria : l'intelligence artificielle détectera automatiquement l'organisation des livres numériques, pour en extraire automatiquement la structure.

 

Un autre outil se présentera sous la forme d'une plateforme d'édition collaborative, pour permettre à plusieurs structures de travailler sur un même ouvrage. « À l'heure où vous lisez ce texte, je pense que 15 à 20 centres de transcription travaillent à l'adaptation du même manuel scolaire, car ils ont chacun reçu une demande d'un élève empêché de lire. Un gain de temps incroyable est donc possible en mutualisant les interventions et les moyens, d'autant plus que le secteur de l'édition adaptée en France est très fragmenté, des universités aux associations. »

 

Le développement d'un outil de transcription braille conforme au code braille français, ou encore d'un processus d'audit de l'accessibilité des livres numériques produits — pour compléter ACE, qui couvre environ 20 % des critères —, font aussi partie des outils d'OPALINe. Enfin, l'EDRLab, qui planche actuellement sur le moteur de lecture Readium 2, s'attèlera à la mise au point d'outils de lecture totalement accessibles, pour s'assurer, par exemple, qu'une application puisse lire un EPUB en braille.

 

Pour l'instant, c'est à l'horizon du premier trimestre 2020 que travaillent les partenaires.

 

L'accessibilité du livre avant tout
 

Les outils créés par le Projet OPALINe seront en partie placés sous un régime open source, notamment l'outil portant sur le braille ou les dispositifs de lecture pour PC. D'autres, comme la plateforme de travail collaborative, ne seront pas open source, mais proposés aux différents acteurs du secteur. Pour l'outil d'enrichissement et de structuration automatique, la question doit encore être réglée : l'intelligence artificielle est en effet « nourrie » avec des ouvrages numériques de BrailleNet et de FeniXX — issus du très contesté projet ReLIRE pour ce dernier — pour en apprendre les structures et ainsi identifier automatiquement celles des livres qu'on lui soumet.

 

Situations de handicap et bibliothèques,
des documents de référence

 

Parallèlement à la mise au point d'une édition nativement accessible, le Projet OPALINe se tourne vers tous les livres déjà publiés, et pour lesquels aucune version accessible n'existe. « Le nativement accessible ne va pas changer les choses à court terme », souligne Alex Bernier, « il ne couvre qu'une petite partie du catalogue des éditeurs, généralement la littérature ». En France, les groupes Hachette et Editis sont à la pointe de l'accessibilité native, mais beaucoup d'éditeurs « ne connaissent pas l'accessibilité, ou pensent que le format EPUB3 est réservé aux livres numériques enrichis, ce qui est faux ».

 

« L'offre nativement accessible doit être promue, bien sûr, mais elle doit être couplée à l'amélioration de l'accessibilité du livre en général », conclut le directeur de BrailleNet.




Commentaires

L'article set intéressant et nous sommes les premiers étonnés par le sens de l'article ce n'est pas un problème de nombres de transcriptions mais un manque évident de volonté de la part de certains éditeurs. Pour notre part nous avons mis en place depuis mi'avril Voxebook le livre réinventé www.lisy.fr grin

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