"Prolifération de l'offre de livres Young Adult' : le marché sature

Nicolas Gary - 14.01.2014

Edition - Les maisons - Pré aux clercs - collection Pandore - fantastique et fantasy


Les Éditions Pré aux Clercs, maison du groupe Place des Éditeurs (groupe Editis), ont décidé d'arrêter la collection Pandore, que dirigeait Xavier Mauméjean. Une triste nouvelle, confie Carola Strang, directrice de la maison depuis avril 2008, qui déplore avant tout un contexte économique peu favorable, autant qu'une « prolifération de l'offre de livres Young Adult ». 

 

 

 

 

De fait, l'arrêt de la collection Pandore n'est pas la seule mauvaise nouvelle pour la maison, c'est l'interruption globale de la fiction au sein de Pré aux Clercs que l'on déplorera. Pandore avait été lancé en novembre 2012, et jusqu'en novembre 2013, une dizaine de livres avaient été publiés. 

 

« C'est toujours désagréable de communiquer sur l'arrêt d'une collection, d'autant plus que Pandore était une belle aventure, dans laquelle nous avions fait le pari de proposer des auteurs français, et un choix de talents inédits », explique la directrice.

 

Mais la situation économique est lourde : « En dehors des best-sellers, qui occupent une place de plus en plus importante, il faut considérer les difficultés du marché. La crise dans les librairies et la prolifération de l'offre Young Adult nécessitent une énergie, des livres et des moyens que nous ne pouvions plus simultanément déployer. »

 

Pourtant, la collection Pandore fut accueillie positivement, insiste Carola Strang. « Plusieurs des livres ont été sélectionnés pour des prix, d'autres en ont obtenus, mais commercialement, il n'y a pas eu de concrétisation. Nous aurions préféré avoir plus de temps, pour pousser les livres et les auteurs. » Les Histoires Sans Fin rappellent d'ailleurs que Coeur de Rouille, de Justine Niogret, est dans la sélection pour le prix Imaginales des lycéens. 

 

Côté fiction, ce sont donc les oeuvres de fiction françaises comme étrangères, dans les domaines du fantastique et de la fantasy qui seront également arrêtées. « Nous sommes connus pour les livres illustrés, et nous avons cru pouvoir apporter d'autres genres sur le marché. D'autant que nous avons mené des sagas à leur terme, comme pour Téméraire, [NdR : roman de Naomi Novik, traduit par Guillaume Fournier] dont le tome 8 est sorti en novembre dernier. »

 

Et d'ajouter : « Nous continuerons de travailler sur des versions plus illustrées, avec les auteurs. Nous aurions vraiment préféré que le marché soit moins difficile. Mais il faut se concentrer sur les spécialités. »

 

Une belle aventure qui se termine, donc, et qui ne manque pas de faire écho à l'ensemble des réaménagements que connaît le groupe Editis. Alain Kouck, PDG du groupe Editis avait assuré à ActuaLitté que la vente par l'actuel propriétaire, Planeta, n'était pas du tout à l'ordre du jour. « Les éditeurs, aujourd'hui, rencontrent des problèmes dans le contrôle de leur diffusion, avec la maîtrise des grands groupes comme Amazon ou Google. Nous allons investir de plusieurs manières, mais il s'agira toujours de trouver de meilleurs auteurs, et, pour l'éditeur, d'être capable d'anticiper les dix années à venir. Cela passe par le renforcement des équipes de création, le suivi des opportunités externes, dans les domaines de la littérature, bien sûr, mais aussi de l'éducation, où les évolutions numériques sont fondamentales », explique-t-il pour détailler la stratégie adoptée.

 

À l'intérieur du groupe, on nous précise aujourd'hui que « l'arrêt de Pandore n'est pas réellement symptomatique de ce qui se passe chez Editis. Les maisons prennent des décisions en propre, mais bien évidemment, les structures sont prises à l'intérieur d'un groupe qui a des impératifs économiques et financiers. Et il est difficile d'y échapper. »

 

« Je ne représente qu'une maison, à l'intérieur d'un groupe », répond simplement Carola Strang, sollicitée sur ce point.