Propagande homosexuelle : La Russie s'auto-censure

Julien Helmlinger - 17.02.2014

Edition - International - Lioudmila Oulitskaïa - Russie - Justice


La controverse quant au caractère moral de la littérature jeunesse dépasse les frontières françaises et le cas Tous à Poil !. On apprenait, au début du mois de février, que la romancière russe Lioudmila Oulitskaïa, également éditrice d'une collection pour enfants sur les traditions familiales de par le globe, s'estimait suspectée de « propagande homosexuelle » en son pays. Une plainte émanant de la bibliothèque d'Oulianovsk et visant un titre de la série, signé Vera Timentchik, se serait notamment invitée parmi les dossiers du parquet local.

 

 

 Adobe of Chaos, CC BY 2.0

 

 

Suite aux plaintes d'usagers, estimait récemment la romancière, la bibliothèque d'Oulianovsk aurait demandé que soit contrôlé le contenu du livre de Vera Timentchik, intitulé La Famille dans notre pays et chez les autres. Selon la directrice de l'établissement, Svetlana Nagatkina, l'ouvrage ne serait pas nécessairement « bon pour des enfants de 8 à 12 ans ». Le livre en question évoque l'amitié entre deux adolescents et le choc des cultures entre leurs familles respec­tives. Si la première est patriarcale, l'autre est dirigée par une mère divorcée et son compagnon.

 

Dans les grandes lignes, l'ouvrage raconte l'histoire d'une découverte réciproque entre ces deux enfants qui vont être confrontés à leurs différences. Des divergences dont les protagonistes vont s'étonner tout d'abord, avant de les appréhender et finalement les accepter. L'un des garçons explique notamment au second qu'il existe des familles avec deux papas, plutôt qu'un père et une mère, et autres anecdotes de société qui auront conduit à placer l'écrivaine dans le collimateur d'une enquête en Russie.

 

Lioudmila Oulitskaïa précisait dernièrement que dans ce livre sur l'anthropologie culturelle, publié en 2006 sans susciter la moindre réaction, on peut lire que l'homosexualité est un « phénomène répandu », que les mariages homosexuels sont autorisés dans certains pays, comme les Pays-Bas. En Russie, où l'homosexualité était considérée comme un crime jusqu'en 1993, et comme une maladie mentale jusqu'en 1999, la mention accompagnée d'une partie documentaire irrite les plus conservateurs..

 

Recrudescence de l'agressivité et de l'auto-censure

 

Lioudmila Oulitskaïa, Prix Médicis étranger pour Sonietchka, en 1996, en regrettant la montée des violences visant les membres de la communauté LGBT, expliquait dernièrement : « Je reconnais le droit des autres à être en désaccord avec les auteurs de la série et moi-même, mais nous ne parlons que du point de vue de l'éducation contre l'ignorance et essayons de réduire le niveau d'agressivité si grand dans notre société. »

 

Un constat auquel ferait écho une observatrice employée au sein de la Bibliothèque fédérale de Russie, relayée par le Figaro : « Il y a maintenant beaucoup de commentaires agressifs et déplaisants qui circulent. Et cela s'est renforcé depuis la loi punissant la propagande homosexuelle qui a été votée l'été dernier. On remarque aussi désormais que de petites bibliothèques s'émeuvent facilement et prennent l'initiative de se censurer elles-mêmes. Souvent, les autorités réagissent de manière plus rationnelle que les parents ou ces bibliothécaires. »

 

Tandis que le titre n'avait pas provoqué de polémique lors de sa parution, des écoles en auraient fait un outil de débat, et l'UNESCO, sous la hou­lette de son comité russe, aurait décidé de le traduire en anglais. La bibliothèque d'Oulianovsk, celle plaignante, se serait ironiquement distinguée en septembre dernier en ouvrant un centre pour la tolérance en ses murs. 

 

(via LeFigaro)