Proposer le bon livre au bon éditeur : le regard de l'agent littéraire

David Pathé Camus - 27.09.2019

Edition - Société - Agent littéraire - auteur manuscrit éditeur - trouver éditeur livre


DOSSIER – Du manuscrit au livre, les étapes se multiplient dans le processus de création autant que dans sa commercialisation. Avant que l’ouvrage ne soit vendu, il doit tout d’abord être acheté — en l’occurrence par un éditeur. David Pathé-Camus, agent littéraire, auteur et traducteur, détaille dans cette série d’articles les processus par lesquels l’agent littéraire va intervenir pour définir comment proposer au mieux un manuscrit.


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Le principal outil d’un agent, lorsqu’il soumet un manuscrit aux éditeurs, c’est sa réputation. Réputation qu’il engage chaque fois qu’il leur envoie un texte. Cette réputation ne sert pas qu’à l’agent — elle est là pour vous. Elle est au service des auteurs que l’agent représente. 
 

Chaque maillon de la chaîne reste unique


Lorsque je prends la décision de représenter un auteur, puis de soumettre ses œuvres aux éditeurs, je dois avoir en permanence à l’esprit l’ensemble des auteurs dont je défends les intérêts — non pas seulement tel ou tel. Un auteur est bien sûr unique — tous les auteurs le sont, à leur façon —, mais c’est l’ensemble de mon catalogue qui me permet de mettre en avant chacun des talents que je défends.

Pour dire les choses plus simplement : c’est l’ensemble de mon catalogue — ou de mon pool d’auteurs, si vous préférez — qui me permet « d’attaquer » les éditeurs ; et c’est l’ensemble de mon catalogue que je dois « défendre » en permanence. Je ne peux pas me permettre de sacrifier l’ensemble de mes auteurs pour un seul d’entre eux. D’ailleurs, les éditeurs eux-mêmes n’agissent pas autrement. 

Si j’ai le sentiment que tel manuscrit (projet) que me propose mon auteur n’est pas à la hauteur de son talent, je préfère ne pas le soumettre. Ce que je défends, ce n’est pas tel ou tel de ses livres — c’est son œuvre tout entière. 
D’ailleurs, à la différence des éditeurs, qui sont tenus de respecter leur ligne éditoriale, un agent est tout-terrain. Si un jour vous avez envie de passer du roman policier au livre de cuisine, je peux vous suivre. Et si vous voulez faire ensuite une bande dessinée ou un récit pour la jeunesse, je peux vous suivre encore. Quel éditeur peut avoir ce plaisir ? 

À l’auteur, donc, de voir s’il est prêt à accepter tout cela. À l’auteur de savoir exactement ce qu’il veut, et quels sacrifices il est prêt à consentir pour être un jour publié par les meilleurs éditeurs. 
 

Identifier les interlocuteurs les plus justes


Prenez le temps. Posez-vous la question : « Pourquoi j’écris ? » Réfléchissez-y. Je passe mon temps à demander à mes auteurs, ou à d’autres : « Pourquoi écrivez-vous ? » Cette question peut sembler bateau. Elle est, à mes yeux, fondamentale. 

On peut écrire de tout, pour toutes sortes de raisons. Mais sachez, en tant qu’auteur, ce que vous voulez. 


Tentative de réécriture : Les Marguerite et le Maître

 
Lorsque je soumets un manuscrit aux éditeurs, je l’envoie en priorité aux éditeurs dont la ligne éditoriale correspond le mieux au manuscrit défendu. C’est un travail de précision. Inutile, en effet, d’envoyer un roman policier à tous les éditeurs de romans policiers sous prétexte qu’il s’agit d’un « roman policier » : les éditeurs de romans policiers ne publient pas tous le même genre de romans policiers.  

Il faut envoyer le manuscrit aux éditeurs dont on pense qu’ils sont les mieux placés pour défendre (et donc vendre) les manuscrits qu’on leur soumet. Je cherche à épargner au maximum les éditeurs auxquels je m’adresse. Je sais qu’ils n’ont pas le temps. Ils croulent sous les soumissions — ce sont des « acheteurs », aussi tout le monde cherche-t-il à leur vendre quelque chose (enfin, un manuscrit plutôt que des carottes). 

C’est pourquoi je n’envoie jamais de mails groupés, mais toujours des mails ciblés, personnalisés. J’écris à tel ou tel — choisi pour sa personnalité, la maison pour laquelle il travaille (avec son historique, son réseau de distribution-diffusion, ses éventuels liens avec un éditeur de poche, etc.), etc. 

Tout mail que j’envoie à un éditeur est un autre mail que je n’envoie pas à un autre éditeur. Le manuscrit doit être aussi parfait que possible, et il n’est pas question d’envoyer une semaine après un autre mail en expliquant que le manuscrit envoyé la semaine précédente n’était pas au point. On n’a droit qu’à une seule balle par cible — il ne faut pas se tromper. 

Mais si nous avons bien fait notre travail — l’auteur et moi —, généralement, nous finissons par trouver un (ou plusieurs) éditeur(s) intéressé(s). Cela peut prendre du temps — parfois plusieurs mois —, mais quand un manuscrit est bon, il finit toujours par trouver preneur. 

Prochain article : « Soumettre un manuscrit – partie 3 »


Précédemment : Soumettre un manuscrit à un éditeur

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu



Commentaires
Mes deux premiers romans sont à droits d'auteurs. Je souhaite me diriger vers des maisons d'édition à droits d'éditeur. Mon dernier roman est actuellement dans les mains d'une correctrice d'épreuves. Je n'ai jamais travaillé avec un agent littéraire. Avez-vous besoin d'un passage de ce troisième roman ? Quelles sont vos conditions ? Je suis québécois, mais je vis au Brésil. Merci.
Bonjour, encouragez-vous d’envoyer un manuscrit après qu’il ait été édité par l’auteur ?
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