Propriété : Karl victime du droit d'auteur, Marx s'esclaffe

Clément Solym - 30.04.2014

Edition - International - Karl Marx - copyright - droit d'auteur


Le marasme n'est pas encore fini autour des oeuvres de Karl Marx. Un grand nombre de ses écrits fait l'objet, encore, d'une lutte pour déterminer les droits associés. Un petit éditeur indépendant britannique, Lawrence & Wishart, basé à Londres, vient de réclamer au site Marxists.org de retirer des documents sous copyright, et qui sont publiés sur le site. Une rhétorique anticapitaliste a accueilli la demande de la maison. Et une pétition relativement suivie à ce jour, comptait 4750 signatures. 

 

 

Marx and Engels
Dunechaser, CC BY NC ND 2.0

 

 

« La misère religieuse est tout à la fois l'expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'un état de choses où il n'est point d'esprit. Elle est l'opium du peuple. » En remplaçant habilement les notions religieuses par celle de copyfraud, on aboutit à l'actuelle splendeur et misère constatée un peu partout dans le monde autour des oeuvres d'auteurs censément entrés dans le domaine public. 

 

Selon la pétition dégainée, il est particulièrement ironique qu'une société privée éditoriale réclame le droit sur les oeuvres complètes de Karl Marx et de Friedrich Engels, « des philosophes qui ont écrit contre le monopole du capitalisme, et son origine, la propriété privée, toute leur vie ». Et pour cause. 

 

Ce qui soulève l'estomac de l'éditeur, c'est qu'il fut durant un temps, la maison privilégiée du Parti communiste de Grande-Bretagne. Et à ce jour, elle ne réalise qu'un maigre bénéfice, destiné pleinement à « rémunérer son personnel débordé ». D'ailleurs, les revenus liés à la publication des oeuvres complètes de Marx, datant de 1975, financent de nombreux projets éditoriaux radicaux. Raison pour laquelle l'éditeur a demandé qu'avant le 30 avril, soient supprimés du site Marxists.org, tous les documents présentés librement - et qui font donc une concurrence déloyale à la maison britannique.

 

« Répondre, de manière appropriée, à la demande de L&W, nécessiterait quelqu'un comme Marx, ou le talent d'Engels pour l'invective et la scatologie, et je ne vais pas m'y frotter. Mais l'idée que leur travail soit retiré du site web pour la journée du 1er mai est juste grotesque », assure Scott McLemee.  

 

Le vrai problème est que l'éditeur négocie actuellement un accord avec un distributeur pour les versions numériques des oeuvres de Marx, et que la présence en ligne desdits textes est nuisible à l'accord. Ces ebooks doivent être proposés dans toutes les bibliothèques universitaires possibles et imaginables. Ce que riposte le site, c'est qu'il y a neuf ans, L&W a accordé le droit de publication des textes dont on réclame aujourd'hui la suppression - et qu'à cette époque, l'éditeur ne prétextait pas que les ventes liées à l'oeuvre puissent servir à payer son équipe. 

 

Ce 1er mai, journée symbolique s'il en est, quand on évoque les travaux de Marx, pourrait finalement tourner au pugilat nuisible. David Walters, un des bénévoles travaillant sur le site, se désole : « Nous respectons le droit d'auteur. Nous respectons l'accord. Mais ce qu'is font, c'est restreindre effectivement la capacité des masses à consulter ces écrits, parce qu'ils ont trouvé un flux de revenus potentiels par la numérisation des oeuvres elles-mêmes et la vente de certains produits à des universités. Nous pensons que c'est là le contraire d'une approche marxiste. »

 

« Prolétaires de tous les pays », indignez-vous !