Prostituées volontaires ou victimes d'esclavage sexuel ? Le tribunal a tranché

Camille Cornu - 15.01.2016

Edition - Justice - Park Yu-ha - Comfort Women of Imperial Japan


L’auteure d’un livre controversé minimisant la responsabilité du Japon dans l’esclavage sexuel subi par des femmes coréennes durant la Seconde Guerre mondiale a été condamnée à dédommager les victimes. Un groupe de femmes survivantes s’était estimé en souffrance suite aux propos tenus à leur égard dans le livre publié en 2013, Comfort Women of Imperial Japan, qui les dépeint comme volontaires et collaboratrices, et non pas victimes.

 

8 Août 1945, Femme d'origine chinoise travaillant dans une des maisons de réconfort japonaise, interrogée par un officier de la royale air force. Domaine public. 

 

 

Park Yu-Ha, 59 ans, a été condamnée à verser 90 millions de won à 9 plaignantes suite à la sortie de son livre controversé, Comfort Women of Imperial Japan. Les victimes avaient intenté un procès en juin dernier afin que le livre publié en 2013 soit retiré de la vente. Elles se sont déclarées en proie à des souffrances émotionnelles après avoir été confrontées à leur description dégradante de « prostituées volontaires », ainsi qu’à la qualification de leurs relations avec les soldats japonais de « camaraderie ». 

 

Park, spécialiste des relations entre le Japon et la Corée, est diplômée de deux universités japonaises et enseigne à l’Université de Sejong, en Corée du Sud. Dans son livre, elle écrit : « Les femmes de confort (euphémisme utilisé pour désigner les femmes enrôlées par le Japon, majoritairement coréennes, comme esclaves sexuelles durant la Seconde Guerre mondiale, NDLR) étaient amies des soldats. Leurs revendications d’avoir été victimes d’esclavage sexuel par les Japonais ont endommagé les relations coréo-japonaises. Elles devraient admettre la vérité et arrêter de se présenter comme des victimes au public, afin de permettre la réconciliation des deux pays. »

 

Les victimes ont mis en avant le fait que le livre reflète des points de vue de l’extrême droite japonaise, alors que la commission pour les droits de l’homme des Nations-Unies, le Congrès américain et l’Organisation du Travail Internationalle reconnaissent également que l’armée japonaise avait forcé de nombreuses femmes coréennes à servir dans ses « maisons de confort ». Les mouvements d’extrême droite japonais ont régulièrement tenté de minimiser la responsabilité du Japon dans les crimes de guerre. Le mois dernier, deux livres minimisant la responsabilité du Japon dans l’esclavage sexuel avaient été envoyés anonymement aux États-Unis. 

 

Des réactions mitigées. 

 

Au début du mois, un groupe de 190 universitaires avait publié un communiqué dénonçant l’issue du procès, la qualifiant de « mouvement anachronique », allant à l’encontre des principes de la démocratie : « La liberté d’étude et de presse sont sévèrement limitées par cette mesure judiciaire. »

 

Mais un autre groupe de 380 universitaires venant du Japon, de Corée ou des États-Unis avait critiqué l’auteure comme allant dans le sens du gouvernement japonais qui tente de minimiser sa responsabilité. Selon eux, les débats concernant les affaires d’esclavage sexuel devraient être traitées avec davantage de délicatesse, en gardant à l’esprit que certaines victimes sont encore vivantes. 

 

En Corée, les femmes âgées sont un symbole largement accepté comme intouchable des souffrances causées par le Japon durant la Seconde Guerre mondiale. « Je voudrais qu’elle soit expulsée du pays », a déclaré une des 9 plaignantes, Yoo Hee-nam, 87 ans, durant une conférence de presse.

 

« Les femmes de confort étaient des victimes, mais elles étaient aussi collaboratrices en tant que personnes venant d’une colonie », écrit Park dans son livre. Elle ajoute cependant que le gouvernement japonais n’a pas ordonné le recrutement de ces femmes par la force et que certaines Coréennes avaient volontairement rejoint les maisons. Ce en quoi on lui a reproché de faire des généralités avec des exceptions. Park a pourtant précisé que le gouvernement japonais restait responsable d’avoir laissé de telles structures coloniales exister. Elle a également décrété que les femmes n’avaient pas à être déshonorées. 

 

En 2000, le tribunal international des femmes pour la répression des crimes de guerre avait permis à de nombreux témoins et victimes de témoigner ainsi que de présenter des preuves. L’issue du procès recommandait entre autres au Japon d’adresser des excuses publiques aux victimes, notamment coréennes. Alors que le Japon refusait d’adresser ses excuses à la Corée du Sud, cet épisode avait participé à détériorer les relations des deux pays.