Protectionnisme en Argentine : horrible danger sanitaire du livre imprimé

Clément Solym - 09.04.2012

Edition - International - Argentine - protectionnisme - mesures politiques


Depuis plusieurs mois, l'Agentine tente de redresser la barre de son économie en pratiquant un protectionnisme strident. Les mesures de restrictions encadrant les règles d'importations sont de plus en plus draconiennes et touchent tous les secteurs. 

 

Ainsi, pour le secteur de l'édition, les mesures défensives avaient fait monter au créneau... les Argentins eux-mêmes, qui ont protesté contre les mesures prises par la présidente. « Les livres ne sont pas des produits de consommation de masse, c'est vrai, mais ils sont un symbole de liberté. La Présidente sait-elle que les restrictions sur les livres (et par conséquent sur la culture et la connaissance) constituent une expression d'obscurantisme politique ? Aspire-t-elle à faire de cela son leg présidentiel ? Les livres apparaissent ainsi comme les nouveaux ennemis d'une longue saga présidentielle de batailles culturelles et de guerres politiques. » (voir notre actualitté)

 

Lisez ce que vous pouvez

 

Mais la situation n'a pas réellement changé. Ces dernières semaines, tout un excédent commercial, causé par le protectionnisme ambiant qu'a imposé la Présidente Cristina Kirchner. Les chiffres commencent à s'accumuler et provoquer des sueurs froides. Ainsi, en 2011, l'excédent commercial était de 7,8 milliards €, en recul de 11 % en regard de 2010. Mais la chute s'aggrave plus encore, lorsque l'on découvre que les subventions qui ont dépassé les 12 milliards € en 2011 ne sont presque plus supportées par l'État.

 

Avec une dette publique de 4,5 milliards €, l'Argentine entre dans une situation critique, et impose aux grandes sociétés désireuses d'entrer sur le marché de prendre part aux efforts de guerre... Ainsi, Porsche ou BlackBerry se sont vu imposer des achats pour le moins excentriques...

 

LIbrairie en Argentine, crédit Flickr, URLgoeshere

 

 

Mais une situation pareille devient complètement folle, lorsque l'on découvre que, si l'Argentine impose des restrictions fortes sur les importations de livres de papier, interdisant pour des raisons de santé publique leur arrivée dans le pays, sa politique concernant les lecteurs ebooks est à peu près délirante. En effet, début mars, le gouvernement avait affirmé sa volonté de réglementer un peu plus l'importation de produits imprimés. Sur une décision du secrétariat au commerce intérieur, ceux-ci devront contenir « moins de 0,006 % de plomb pour 100g de masse non volatile ».


Et tout ouvrage non conforme était alors reconduit à la frontière...

 

Un récit qui pourrait se retrouver dans un roman de Jorge Borges, assurément, mais qui est bien réel. Et puisque pour protéger le grand public, rien n'est trop beau, alors on interdit. Avec pour conséquence de provoquer l'engouement pour les achats en ligne, la désertion des librairies, qui manquent de stock et dévoilent des devantures édentées, là où l'on pouvait trouver tel ou tel ouvrage... Et la crainte que, dans le même temps, Amazon se goinfre gentiment.

 

Mais pas même ! En regard de ces mesures, il pourrait être obligatoire de se rendre à la douane la plus proche, pour récupérer son achat sur internet. 

 

Lecture numérique et lecteur ebook tolérés

 

Or, donc, cette politique sanito-culturelle devient passablement inquiétante, lorsque l'on découvrir que... les lecteurs ebook ne sont absolument pas concernés par ces mesures anti-plomb. Effectivement, ces derniers ne sont pas imprimés du tout, et il ne s'agit évidemment pas, pour le pays, d'opérer une censure culturelle, mais de justifier un protectionnisme en matière d'importations, sous prétexte que, si l'on met son doigt dans sa bouche, après avoir tourné une page, on prend un risque sanitaire.  

 

Sur Twitter, les mots clef #liberenloslibros sont toujours abondamment utilisés. Et pour le coup, on reste soulagé de savoir qu'aucune mesure culturelle ne soutient ce projet de restriction. Reste que le gouvernement a jusqu'à preuve du contraire, estimé que les lecteurs ebooks constituaient des produits sûrs à utiliser - difficile en effet de lécher un écran à encre électronique... encore que ceux qui ont un écran tactile...