PSE à L'Express : le service Culture disparaît, une “place réduite” pour le livre

Nicolas Gary - 17.10.2019

Edition - Société - Alain Weill - journalistes Express - culture livres idées


Branle-bas de combat à l’Express : le titre, racheté par Alain Weill à Patrick Drahi en février dernier, vit actuellement un PSE douloureux. Dans un courrier adressé à celui qui est actionnaire majoritaire depuis le 30 juillet, les journalistes font état de leurs craintes. Et elles ne manquent pas.

PSE à L'Express
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Sale temps pour la presse généraliste : quand une clause bonifiée de départs avait été proposée aux salariés, la direction avait tablé sur une quarantaine de départs. Au final, il sont 58 à avoir décidé de profiter de cette manne — offrant, de l’avis des concernés, des « conditions réellement avantageuses ».

Sauf qu’un Plan de sauvegarde de l’emploi s’ajoute, avec la suppression de 26 postes supplémentaires, conformément au projet présenté ce 14 octobre par la direction. « Certes des postes vont être créés au Web, mais cela ne résout pas le problème de qualité du print », indique le courrier à Alain Weill. 

Car l’équipe du magazine est en effet passée de 84 postes à 46, depuis la prise de pouvoir de l’actionnaire. « Cette rédaction décimée devra aussi produire deux fois plus d’articles », déplore l’intersyndicale. 

Un projet se dessine cependant ; un Express avec trois pôles, France (regroupant politique et société), Économie et Monde. Sur un modèle qui lorgne du côté de The Economist, une publication dont l’austérité est notoire. 

Les journalistes en appellent alors à l’accord d’indépendance éditoriale, qui avait été signé avec le précédent actionnaire, Altice, en 2015, avec une durée de 10 années. « Il protège la rédaction de toute ingérence extérieure, quel que soit son actionnaire. Il engage les signataires de 2015 à faire adhérer irrévocablement tout nouvel actionnaire à l’accord, en cas de changement de contrôle du capital », rappelle-t-on.

Mais au terme de trois mois à la tête de l’entreprise, Alain Weill n’a toujours pas apposé sa signature — seul geste « qui garantisse formellement et juridiquement l’indépendance de la rédaction et donc du journal ». 
 

Idées et Livres, mais plus de Culture


Une réunion fortement mise en scène se déroulait ce 16 octobre — salariés en noir, couleur de deuil, Marche de Chopin en fond sonore et fausse Une du journal titrant “Alain Weill massacre l’Express”. « Il nous explique qu’il a sauvé RMC, quand il l’a pris en main, mais une radio n’a rien de commun avec un journal », déplore-t-on. « Quant à sauver L’Express, si cela implique d’en dénaturer l’identité, il y a un problème. »

Média généraliste, L’Express est également connu, dans l’industrie du livre, pour ses chroniques et son engagement. Or, selon les projets, le service Culture sera remplacé par un service Idées/Livres — comptant trois personnes : un directeur de la rédaction et deux rédacteurs en chef. Avec pour conséquence directe que l’actualité du cinéma, de la musique, des arts vivants, ou même de lé télé et de la bande dessinée ne serait plus traitée « par choix éditorial ».

Quelle perspective ? « Probablement celle de basculer vers une approche plus économique de ces secteurs, en gardant une dimension accessible, mais à travers des articles à destination d’un lectorat CSP++ », nous explique-t-on. De même, le service Documentation, riche d’archives uniques, disparaîtra tout bonnement. « Les journalistes peuvent aisément se documenter sur internet », plaisante-t-on, amer.
 

Le livre, en jeu culturel...


Et quid du livre ? Le maintien d’un service où le terme est évoqué ne rassure pas nécessairement. « Aborder la culture différemment, cela s’appliquera à tous les secteurs », nous précise-t-on. « Pour le livre, cela signifie moins d’interlocuteurs, une place plus réduite. »

En somme, l’actualité littéraire sera rabotée, avec un hypothétique report sur le web, « sauf qu’à cette heure, on en ignore tout ». Impossible de supprimer ce segment toutefois : la spécificité française à l’égard du livre « est quelque chose dont Weill a conscience. Et puis nous avons un prix des lecteurs, le déjeuner des best-sellers depuis vingt ans… Le livre reste un enjeu culturel et identitaire, il suffit de voir le nombre de livres de politiciens publiés ». 

Dans tous les cas, pour l’industrie du livre, « ce ne sera plus le même traitement qu’aujourd’hui ».

«Ce plan social d’une ampleur démesurée menace à l’évidence la qualité du futur Express et les conditions de travail pour le réaliser », dénoncent les salariés. Un débrayage est prévu ce 17 octobre, avec menace de grève lors du bouclage. 


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