Publication inédite d'un Mein Kampf annoté en Allemagne

Clément Solym - 25.04.2012

Edition - International - Mein Kampf - Adolf Hitler - publication


Après la polémique partie de Suisse sur la commercialisation du livre d'Adolf Hitler, l'Allemagne annonce qu'elle va prendre le taureau par les cornes. L'État de Bavière, qui détient les droits du livre a décidé de la publication en 2015 d'une nouvelle version, avec l'intention de saper toute tentative de récupération de ce texte.

 

Trouvera-t-on dans les listes des meilleures ventes l'ouvrage honni ? Alors qu'en 2015, le texte du dictateur allemand entrera dans le domaine public, l'édition critique, annotée, commentée que l'État de Bavière prépare assurera une publication encadrée, ainsi que chacun le souhaite. 

 

Cette entreprise vise avant tout à empêcher que le titre ne devienne une activité commerciale, et que la propagande hitlérienne ne serve les intérêts commerciaux de qui que ce soit. Cette version nouvelle s'appuiera sur une multitude de travaux scientifiques, et selon le ministère bavarois des Finances, le projet a déjà bien avancé. Il servira de référence, souhaite-t-on, pour démystifier Mein Kampf, comme l'assure Markus Soeder, le ministre. 

 

Face à lui, des représentants de communautés juives et des associations de descendants des victimes des camps de concentration redoutent une utilisation abusive et politique de ce livre. Écrit en 1924 par un Adolf Hitler alors prisonnier, et remis au goût du jour par l'éditeur britannique Peter McGee - qui a finalement été contrarié par le tribunal de Munich dans ses projets de réédition - le livre reste au centre des attentions.

 

L'Allemagne est évidemment désireuse que le livre ne soit pas par la suite publié dans le cadre d'une incitation à la haine. Il avait même été envisagé que la loi sur le droit d'auteur soit prolongée exclusivement pour ce livre, dans un contexte juridique tout particulier. Cependant, les risques de dérive qu'une telle modification pouvait entraîner semblent avoir résolu les acteurs allemands à l'écarter. 

 

Un point de vue qui rejoint celui du directeur des librairies suisses, Payot, Pascal Vandenberghe : « Bien au contraire, c'est en faire un mythe et permettre à ses thuriféraires d'en interpréter et manipuler le sens sans que le public puisse aller vérifier la source » que de ne pas vendre ce livre. 

 

Sur cette commercialisation, en Suisse comme ailleurs, la CICAD, Coordination Intercommunautaire Contre l'Antisémitisme et la Diffamation,  pour sa part «  convaincue que les libraires, conscients de leur responsabilité, auront à cœur d'appliquer ces recommandations afin de contribuer à la prévention du racisme et d'éviter de favoriser la diffusion de la haine. Le livre n'est pas une simple marchandise ni le libraire un simple marchand ».

 

« La mise en garde du lecteur contre la dangerosité d'un tel ouvrage est un devoir moral de la part du libraire », précisait la semaine passée Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD. (voir notre actualitté)

  

En parallèle de cette publication, donc, sera montée une exposition à Nuremberg et Munich, accompagnant toutes deux la réédition enrichie de cette oeuvre. Charles Freller, directeur de la Stiftung Bayerische Gedenkstätten (Fondation bavaroise de la mémoire) assure que le livre sera publié avec « la plus grande sensibilité accordée à l'égard des survivants des camps de concentration ». 

 

Barbara Zehnpfenning, professeur de politique assure que cet ouvrage donne « un accès direct au cerveau de Hitler et indique clairement combien sa haine des juifs était fondée sur une vision du monde ». Tout le monde devrait être en mesure de lire ce livre, et de comprendre les projets du dictateur, pour mieux les prévenir…