Publier de la science-fiction en Arabie saoudite, sans être censuré

Clément Solym - 16.12.2013

Edition - International - censure - Arabie saoudite - Koweït


Publier de la science-fiction dans le monde arabe n'est pas des plus aisé, et les auteurs Yasser Bahjatt et Ibrahim Abbas en ont fait les frais voilà une quinzaine de jours. Particulièrement populaire en Arabie saoudite, le livre HWJN a été interdit à la vente au Koweït et au Qatar. Cette histoire d'amour entre une jeune fille et un génie fait l'objet de critiques fortes : il vanterait les mérites de la sorcellerie et du culte du diable. Diante !

 

 

 

 

Dans un entretien accordé à l'IPA, Yasser Bahjatt revient sur cette polémique stupide, qui soulève de nombreuses questions quant à la liberté d'expression au Koweït et au Qatar. L'auteur explique d'ailleurs que la publication de science-fiction peut être mise en corrélation avec le nombre de brevets déposés par habitant. « Lorsque l'on regarde le monde arabe, on trouve que les deux éléments sont quasiment nuls », constate-t-il. Dans ce cas, publier de la SF entraînerait-il une croissance des dépôts de brevets, s'amuse-t-il ?

 

Les coauteurs s'attendaient par ailleurs à ce que cette parution entraîne quelques problèmes après la deuxième édition. Plusieurs plaintes sont revenues aux oreilles des auteurs, après que des enfants dans des écoles ont lu HWJN. Ce sont les enseignants qui semble-t-il, se sont manifestés. La rumeur a commencé à courir, accusant de sorcellerie, de blasphème ; parents et éducateurs ont déposé une plainte, et les fonctionnaires des deux États se sont penchés sur la question.

 

Or, en lisant le livre, elles n'auraient cependant rien trouvé... Mais la censure a tout de même frappé.

 

La jeune maison Yatakhalaloon est une plateforme ouverte, présentée par les auteurs comme un lieu d'échange, mais tous deux sont deux jeunes acteurs, qui découvrent les ficelles du métier. « Nous avons appris d'une manière très à intéressante à développer le contenu et la base de fans, avant de publier un livre. Ce fut le processus utilisé pour HJWN et que nous avons réitéré pour notre deuxième livre, Hunaak! (NdR : Quelque part !). » Une forme de crowdsourcing, s'appuyant sur les critiques des auteurs et des lecteurs. 

 

Reste que la maison ne souhaite pas vraiment se présenter comme une alternative à la pensée dominante, comme peut l'être traditionnellement la science-fiction, qui interroge la morale et la structure sociale ambiantes. « La manière dont nous voyons les choses, c'est que nous avons beaucoup à offrir au monde, grâce à notre religion et notre culture. Nous avons juste besoin de jeter un oeil dans le miroir », souligne l'auteur.