Publier, écrire, lutter, pour un nouvel “usage du Monde“

Mimiche - 26.11.2019

Edition - Les maisons - Magdalena Parys - Rui Zink - Nadège Agullo


C'est à la Librairie Georges à Talence (33) que s'est tenue, jeudi soir à 18 heures, l'une des (très) nombreuses rencontres organisées entre le 13 et le 24 novembre par l'Association Lettres du Monde dans le cadre du 16ème Festival des Littératures du Monde, avec pour objectif d'amener tout un chacun à s’interroger sur « L'Usage du Monde ».
 


Martine Laval, conseillère littéraire du Festival, y accueillait Magdalena Parys, autrice polonaise vivant en Allemagne dont les propos étaient traduits par Dorota Senuita, Rui Zink, auteur portugais et Nadège Agullo, éditrice représentant la jeune maison d'édition éponyme créée il y a quatre ans par quatre passionnés à Villenave d'Ornon (33).

À la demande de Martine Laval, Nadège Agullo a rapidement présenté sa maison d’édition au catalogue s'étoffant actuellement au rythme annuel d'une petite dizaine d'ouvrages, essentiellement d’œuvres en provenance de pays européens dont les langues ont une répartition géographique et numérique limitée : la Pologne, le Portugal, tout comme les pays baltes ou du centre de l'Europe étant notamment des cœurs de cible. Avec une recherche constante d'un support du récit sociétal, culturel ou historique de nature à proposer au lecteur des champs de découverte nouveaux. Même si, économiquement, cette démarche est plus onéreuse que d'autres options moins spécialisées (et moins délicates, notamment du point de vue de la traduction).
 
Une politique éditoriale rendue possible d'une part par les aides publiques, notamment de l'Europe, qui permettent d'équilibrer une démarche que les seules ventes n'assureraient qu'assez rarement, et d'autre part par une politique de collaboration sur le long terme avec les autrices/auteurs dont la découverte est le fruit de rencontres au long cours.
 
Pour chacun des deux autrice et auteur présents, étaient présentés deux ouvrages dans deux collections différentes : Agullo Noir pour Magdalena Parys avec 188 mètres sous Berlin et Le Magicien et Agullo Fiction pour Rui Zink avec L'installation de la Peur et Le Terroriste Joyeux.

Née à Gdansk mais exilée en Allemagne à douze ans à peine, alors que le « Mur » était encore debout, Magdalena Parys a donc parlé de sa démarche d'écriture et notamment, comme le lui demandait Martine Laval, de son degré d'implication personnelle dans ses écrits. Dans cet acte créatif engagé dès l'enfance avec un besoin forcené d'écrire et d'écrire encore, elle a toujours essayé d'éviter cette implication dans ses écrits, tout en utilisant largement des événements bien réels, vus ou vécus.
 
Et, sans qu'il s'agisse d'un choix délibéré mais plutôt d'une inclinaison personnelle de plaisir d'écriture, évitant les registres de narration déjà largement pratiqués par d’autres auteurs, genres auxquels elle considère qu'elle n'aurait rien apporté de vraiment neuf ou différenciant, elle a tout naturellement basculé dans le roman « noir » alors même qu'elle n'a jamais été une grande lectrice du genre (mais spectatrice, si !).
 
Peut-être faut-il y voir surtout la marque d'un idéalisme personnel qui, au travers des actions d'un flic tenace et perspicace, lui donne l'opportunité d'essayer de contribuer à améliorer le monde.
 
Or, cette démarche est également celle de Rui Zink, outré d'avoir vu son pays qualifié, avec d'autres pays européens, par des instances financières mondiales et avec beaucoup de dédain, de PIGS dans les années 2008.

 

 
Une offense ressentie de manière toute personnelle qu'il traduira dans certains de ses ouvrages de fiction, parce qu'il ne veut pas et ne sait pas faire la guerre « autrement que ne la faisait Boris Vian : avec des mots ». Une « guerre de 14-18 du troisième millénaire » pleine de violence pour rendre cette dernière ridicule ! Pour combattre des gens qui « veulent nous vendre un futur dans lequel il n'y aura plus d'humains » !
 
Avec un style extrêmement dialogué, comme s’il s’agissait de pièces de théâtre, il s'attache, sans être capable de « voir le futur », à essayer de regarder « par-dessus le mur » et à dénoncer les dérives verbales qui, trop facilement, transforment un contestataire en terroriste, justifiant ainsi le terrorisme d'état.
 
On a bien le sentiment que Rui Zink, même s'il ne veut pas, comme Magdalena Parys, parler de lui dans ses livres, écrit avec ses tripes.
 
Encore une bien belle soirée passée avec des gens d'écriture transformés en orateurs qui « donnent envie » certes de lire mais aussi de bien plus (un nouvel « Usage du Monde » ?) et que, après une séance de dédicaces, il est déjà devenu difficile de quitter.
 
 
Magdalena Parys, trad. polonais Margot Carlier et Caroline Raszka
-       188 mètres sous Berlin – Agullo – 9791095718260 – 22 €
-       Le magicien - 9791095718512 – 23 €
 
Rui Zink, trad. portugais Maïra Muchnik
-       Le terroriste joyeux – 9791095718604 – 14.90 €
-       L’installation de la peur – 9791095718062 – 17.50 €
 


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