“Publishing City” : Charjah propose une ville de l'édition libérée de la censure

Antoine Oury - 31.10.2017

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Au sein des Émirats arabes unis, Charjah est considérée comme la ville culturelle, tournée en particulier vers le livre. L'émirat souhaite à présent attirer plus d'investisseurs et de sociétés étrangères : la Foire internationale du livre est un moyen, « Sharjah Publishing City » en est un autre. Cette gigantesque infrastructure, qui rassemble des bureaux, des entrepôts et des dispositifs d'impression, se présente comme une zone dénuée de taxes... et de censure.


Sharjah Publishing City
Une des entrées de la « Publishing City » (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

40.000 m2, dont 20.000 m2 de bureaux, 500 bureaux et 6000 m2 d'open space à louer, un gigantesque parking... Charjah fait dans la démesure pour attirer des éditeurs de la région, et surtout de l'international, au sein de sa « Publishing City ». La première phase des travaux terminée, les autorités s'appliquent désormais à vendre les espaces créés. 

Les arguments, principalement financiers et logistiques, sont mis en avant par Mohamed Noor, consultant pour la Sharjah Publishing City : les éditeurs peuvent louer des espaces à un coût défiant toute concurrence (363 €/m2 à l'année, pour des bureaux équipés de 25 m2 minimum) et bénéficier des multiples services fournis par l'infrastructure : places de stationnement, électricité, WiFi, salles de réunion...

Une solution clé en main pensée pour s'adapter à toutes les tailles de société.  Des pièces destinées au stockage des livres sont également proposées, qu'il est possible de louer pour des durées plus ou moins longues, à partir de 3 mois, avec un service de transport à louer ou à assurer avec ses propres moyens. La phase 2 de la construction de la « Publishing City » verra l'apparition d'entrepôts plus importants, de 125 m2 au minimum, et d'imprimeries, destinées à rassembler en un seul lieu tous les éléments nécessaires à une activité d'édition.

Pour simplifier l'implantation, la Publishing City est dotée de son propre service d'immigration et de gestion des visas : si l'Union européenne et les Émirats arabes unis ont signé un protocole qui permet de se passer des visas, ils restent nécessaires pour le reste du monde. « Cela évite de passer par l'administration en charge de l'immigration, où il y a beaucoup d'attente et de contretemps », souligne Mohamed Noor. 

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En tant que « free zone », la « Publishing City » délivrera des permis de séjour particuliers, destinés aux investisseurs, aux employés et à leur famille, mais des visas resteront nécessaires pour les autres émirats. À l'origine, un investissement minimum était requis pour pouvoir obtenir des permis de séjour, mais, pour encourager à l'installation, ce seuil de 50.000 dirhams, soit un peu plus de 11.500 €, n'est plus nécessaire.

Pour le moment, la « Publishing City » est déserte, mais environ 70 clients clients potentiels se sont déjà manifestés, assure Mohamed Noor, dont Ingram, spécialiste de l'impression à la demande, et le spécialiste indien de l'impression, Repro. Le dédale de couloirs et de salles, flambant neuf et frappé du mot « kitab », « livre » en arabe, espère accueillir des éditeurs d'Europe et des États-Unis, certes, mais aussi d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient, grâce à une position centrale sur la carte du monde.

Dans Charjah elle-même, en revanche, la « Publishing City » s'avère pour le moment assez isolée, même si elle est accolée à la Sharjah Book Authority, l'organisme chargé de la politique du livre et de la lecture de l'émirat. Par ailleurs, elle abritera l'Emirates Publishers Association, l'Emirates Writers Union, l'Arab Writers Union, la Children’s Book Association et l'Emirates Library Association and Information.

Avec un argument de taille : l'absence de taxes et la possibilité de rapatrier les fonds. Mais aussi la levée de la censure par rapport au reste du pays, qui proscrit les ouvrages aux sujets religieux, sexuels ou relatifs au pouvoir en place. « Il s'agit également d'une zone sans restrictions », promet Mohamed Noor. Les relations commerciales peuvent faire lever nombre de barrières...