Pulitzer 2012 : une honte ou une grosse perte financière ?

Clément Solym - 18.04.2012

Edition - International - prix Pulitzer - fiction - récompense


Comment ça, pas de Pulitzer pour la catégorie fiction ? Mais est-ce que le jury se rend bien compte de ce qu'une telle décision implique ? Quelle inconscience !  Quelle inconséquence ! Mais n'a-t-on jamais entendu parler des dangers horribles du livre numérique chez les membres du bureau du Pulitzer ?

 

Depuis 1977, c'est la première fois qu'aucun livre de fiction ne reçoit le titre de Pulitzer, récompense de prestige avant tout, qui assure une publicité gratuite pour l'éditeur, et un sacré coup de pouce dans les ventes. Des David Foster Wallace, des Denis Johnson ou des Karen Russell, peuvent en témoigner : c'est tout bénéf pour l'intéressé.

 

Alors, du côté éditeur, cette année, on se ronge les sangs, les ongles et on commence à attaquer l'os. Alors que les cinq grands groupes nationaux font face à une plainte du ministère de la Justice, pour entente sur le prix de vente des livres numériques, avec Apple, personne n'avait besoin d'une telle contre-publicité. Ou d'une telle non-publicité. (voir notre actualitté)

 

 

 

Les éditeurs déplorent les conséquences funestes que cette décision va avoir sur leur économie. Et dans un certain élan de solidarité, rapporte l'agence Reuters, on en vient à se dire que, peu importe qui l'aurait emporté : ce qui compte, c'est qu'il y ait un lauréat. 

 

Du côté des librairies, sur Twitter, les réactions n'en furent pas moins choquées. Parce que, qui dit pertes de ventes pour les éditeurs, dit également pertes de ventes pour les librairies, en ligne ou physiques. Cela signifie-t-il, aux yeux des jurés, que l'année 2011 fut bien médiocre dans le domaine ? Il faut le croire.

 

Les grandes maisons n'ont pas souhaité faire de commentaires particuliers, mais les meilleures réactions proviennent sans doute des commentaires désabusés laissés çà et là sur la toile. Bret Easton Ellis lançait sur son fil Twitter : « La chose la plus drôle que j'ai entendue ces dernières semaines : il n'y a pas de prix Pulitzer pour la catégorie fiction cette année. » Le cynisme a les clefs de la cité, laquelle a actuellement les mains un peu moites. 

 

Car aucun lauréat sur les trois livres retenus, c'est également une claque méchante pour les trois auteurs en lice. Sig Gissler, membre du Pulitzer, assure pourtant que ce n'est pas une volonté de juger la qualité des titres, mais plutôt une impossibilité de parvenir à dégager une majorité pour l'un des trois. Or, pour l'une des plus importantes récompenses dans le monde des lettres américaines, cela relève de l'imposture. « C'est une honte que le jury ne soit pas parvenu à trouver une oeuvre de fiction cette année. Le Pulitzer fait des ventes. C'est un prix qui peut changer la trajectoire dans la carrière d'un écrivain », déplore Paul Bogaards, directeur de la publicité chez Alfred A. Knopf. 

 

Si l'on a du mal à considérer qu'aucun titre ne soit assez digne de recevoir, l'édition 2012 restera marquée d'une pierre noire. Jane Smiley, romancière, ne cache d'ailleurs pas sa colère : « C'est une honte. Mais parfois un comité de sélection ne parvient pas à se mettre d'accord et ne donne aucun prix. C'est dommage. » 

 

Dommage. Et financièrement dur à avaler. Autant en termes de vente sur le territoire, qu'en droits étrangers...