PUTAIN et MERDE, ou cette littérature pour ados qui jure

Clément Solym - 07.06.2012

Edition - International - vulgarité - jurons - littérature pour adolescents


Aargh… qu'il semble lointain le temps des jolies choses que les adolescents se disaient… Qu'elle semble perdue à jamais, l'époque des belles paroles et des douces phrases ! Qu'ils jurent comme des charretiers, ces adolescents de la littérature contemporaine. Et s'attirent de la sorte les faveurs du public. Diable…

 

On a beau ne pas badiner avec l'amour, les personnages de fiction pour ados ont un langage vulgaire, et dans les romans les plus populaires, ont trouve des centaines de jurons - dont certains auraient peut-être conquis Brassens. Harry Potter, Twlight, et bien d'autres ouvrages, dont le lectorat commence dès neuf ans, contiennent une langue que les parents trouvent facilement obscène. 

 

Chocking, really

 

Une étude menée auprès de 40 livres jeunesse et jeunes adultes, a surtout montré que les personnages qui jurent à tout-va sont également présentés comme riches, attrayants et plus populaires que ceux dont le langage est bien policé. Sarah Coyn, qui est à l'origine de cette étude, brosse un tableau assez noir de la situation littéraire. « Du point de vue de l'apprentissage social, ceci est vraiment important, parce que les adolescents sont plus susceptibles d'imiter des personnages médiatiques dépeints sous un jour favorable et enviable. »

 

 

Fuck you cards.

 

 

Son équipe de chercheurs de la Brigham Young University a dénombré 1522 cas de blasphèmes, sur la totalité du corpus, soit donc 38 jurons en moyenne, et 88 % des livres qui contiennent au moins une grosse vulgarité. Des termes les plus classiques, comme Hell ou Damn, représentent la moitié de ce qui a été recensé. Cependant, 20 % relèvent de termes bien plus crus, comme Fuck ou Slut - lesquels sont systématiquement censurés dans les émissions télévisuelles américaines.

 

Or, en fonction des tranches d'âge, les mots sont plus ou moins violents. Ainsi, pour les 9/11 ans, les jurons se font plus sporadiques et légers. Pour exemple, Harry Potter, dans ses deux derniers tomes, compte six et treize injures, avec pour ce dernier trois gros mots et dix mots moins gros. 

 

Dans la série Pendragon, autre grand succès de librairie, sept mots grossiers ont été dénichés par les chercheurs - tous avec une connotation sexuelle claire, que ce soit relativement à des comportements ou des parties du corps. 

 

Chez Stephenie Meyer, pourtant bonne mormone, les livres Eclipse et New Moon sont de véritables puciers du langage. Pas moins de 35 jurons aux résonances plus ou moins fortes sont recensés. 

 

Prévenir les parents - parce que les jeunes...

 

Triste Amérique, donc, dont les jeunes, selon une récente autre étude, emploient près de 90 gros mots par jour, baignent dans une littérature vulgaire et grossière. « Nous avons trouvé une grande variété dans l'utilisation de jurons, au travers de la littérature pour adolescents… Mais ce n'est spécifié dans aucun des ouvrages. Ainsi, il est difficile pour les lecteurs et les parents de prendre des décisions claires, quant à savoir si des contenus inappropriés existent », dans ce genre de littérature. 

 

Pour Coyne, cette absence de signalétique est particulièrement problématique, alors que l'édition semble jouir d'un flou artistique, là où d'autres industries culturelles sont soumises à des règles bien précises de classification. « Les parents devraient parler avec leurs enfants des livres qu'ils lisent », assure-t-elle. 

 

Et que dire d'une obligation d'apprendre la novlangue, sous peine de se faire couper un doigt ? « J'ai étudié les médias durant près de 10 ans, mais j'ai réalisé que l'une de mes activités favorites était de lire. Or, quand je me rends dans une bibliothèque ou en librairie, pour acheter un livre que je ramène à la maison, qu'il est rempli de vulgarités, ou de sexe, et de violence, alors oui, j'ai l'envie de le ramener. Vous ne pouvez pas savoir ce que contient un livre simplement en regardant sa couverture », conclut Sarah Coyne. 

 

Attention : elle ne préconise toutefois aucune forme de censure, mais plutôt d'autonomisation de la lecture et du regard critique. Les parents qu'elle a interrogés, apprécieraient qu'un simple avertissement figure sur le livre, quelque part, de manière suffisamment visible pour que le jeune en question soit averti - et ses géniteurs avec. « Si cela avait cours dans un film, il serait classé 'R' [NdR : interdit aux moins de 17 ans], mais là, c'est dans le même rayon qu'Harry Potter. »

 




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