DOSSIER – Derrière la notion d’agent littéraire, courent bien des fantasmes et idées reçues. Dans le cadre d’un dossier de rentrée, ActuaLitté propose une série thématique sur le métier, ses enjeux et sa réalité, rédigé par David Pathé-Camus. Agent, auteur, traducteur, il nous propose aujourd’hui une tentative de définition : agent, oui, mais plus encore ?
 


Pour l’URSSAF, je n’existe pas. Les fonctions que j’exerce sont celles d’un « Conseil littéraire ». Pourtant, on pourrait rapprocher mon métier de celui d’agent artistique (profession réglementée par les articles L7121-9 à L7121-13 du Code du travail) – à savoir mandataire légal des artistes (auteurs) que je représente, dont je gère la carrière, négocie les contrats et que je conseille sur un plan éditorial.
 

Auteur, agent, éditeur : le triumvirat


Pour autant, un agent littéraire n’est pas un agent artistique (et inversement), car il s’agit de deux mondes différents, de deux économies différentes et de deux modes de fonctionnement différents. 

Un agent littéraire est un intermédiaire, généralement entre un auteur (ou son représentant) et un éditeur. L’éditeur « achète », l’agent « vend » (des droits d’exploitation d’une œuvre). Cette transaction commerciale fait l’objet d’un contrat, dont les termes sont négociés par l’agent pour le compte de son client (l’auteur de l’œuvre ou son représentant). L’agent n’a pas la signature.

L’auteur seul peut décider de signer — ou non — le contrat que l’agent a négocié pour lui. Charge à l’agent, qui a un « devoir de conseil » envers son client, de lui en présenter les tenants et aboutissants, et de lui suggérer la marche à suivre. Évidemment, si un auteur décide trop souvent de ne pas tenir compte des recommandations de son agent, peut-être est-il temps pour lui de changer d’agent. 

En tant qu’agent, j’ai beaucoup apprécié le savoir-faire que m’avait apporté mon expérience d’éditeur, habitué à travailler avec représentants et commerciaux, et confronté en permanence à la question des comptes d’exploitation. Et en tant qu’auteur, j’ai beaucoup apprécié aussi d’avoir un agent pour me représenter — même si je connais ce métier. J’en profite pour signaler qu’il vaut mieux, selon moi, ne pas se représenter soi-même, quelle que soit la connaissance qu’on a des arcanes de l’édition.

Tous les agents que je connais, et qui ont écrit un livre, se sont fait représenter par quelqu’un d’autre. Il en va des agents comme des médecins, des avocats ou des cordonniers : ils sont souvent les plus mal placés pour défendre leurs intérêts. 
 

L'agent, avide de lecture avant tout

 

Après avoir exercé divers métiers dans le monde de l’édition — de libraire à éditeur, en passant par lecteur ou employé à la réalisation des stands et PLV — je pense pouvoir dire qu’agent littéraire est le métier qui m’a procuré le plus de plaisir. On travaille avec tout le monde — tous les éditeurs, en France, comme à l’étranger. On s’occupe littéralement de milliers de titres, de nombreux catalogues, on voyage. On défend des livres — pour le compte de leurs ayants droit. Surtout, on peut donner un formidable coup de pouce à de jeunes auteurs, et les aider à grandir.

J’avais le sentiment de me situer du côté lumineux de la Force.




 

Il y a une immense satisfaction à défendre un livre pendant plusieurs mois, voire années, et de réussir à le vendre à un éditeur qui partage votre enthousiasme. Sur ce plan, il s’agit d’un métier extraordinaire, extrêmement satisfaisant. Un métier de passion. On ne l’exerce pas pour l’argent, car dans le cas des agents, comme je le dis souvent : « Même quand il y a de l’argent, il n’y a pas d’argent. » (Avis aux amateurs, donc.)
 

Il suppose également d’avoir une bonne connaissance des bases de la PLA (Propriété Littéraire et Artistique), du monde de l’édition, et d’être un bon, et avide, lecteur. (Si vous ne lisez pas au moins 150 livres par an, et ne vous penchez pas sur 400 à 500 textes par an, passez votre chemin.)
 

Vous n'avez pas lu le contrat ?
 

L’anglais est indispensable. Généralement, les agents sont épaulés pour la partie juridique par un avocat, mais ils doivent négocier de telle sorte que l’avocat, par la suite, ait le moins de travail à faire. Et puisqu’il est question de contrat, je dirais, justement, qu’il faut aimer les lire et les discuter. Cela tombe bien, j’ai toujours aimé ça.
 

À mes yeux, un contrat d’édition est le lien qui unit une personne physique (l’auteur) à une personne morale (la maison d’édition), et comme j’ai à cœur d’entretenir les meilleures relations possibles avec les personnes avec qui je travaille, je me suis toujours fait fort de négocier les meilleurs contrats.

Cela peut gêner certains éditeurs — qui se disent qu’ils vont devoir payer « plus cher » telle œuvre —, mais à vrai dire, ils ne la paieront jamais « plus cher » : ils la paieront juste ce qu’elle vaut. En aucun cas l’agent n’a la maîtrise du chéquier de l’éditeur, et il est très difficile d’obliger un éditeur à acheter une œuvre dont il ne veut pas (cela peut arriver dans le cas de ventes groupées, mais c’est un autre sujet).

En tant qu’agent, je me suis souvent vu comme « le père de la mariée », où la mariée est l’auteur que je représente, et le marié son futur éditeur. Charge à moi de faire en sorte que leur lit soit bien bordé, et que les draps soient parfaitement propres, afin qu’ils y passent le plus d’années possible, et nous donnent de beaux enfants.

 
Précédemment : Comment devient-on agent littéraire ?

crédit photo : Pixabay licence


Commentaires
Monsieur PATHÉ-CAMUS,



Bonjour et merci pour vos différents articles. grin



Une question: votre site internet d'agent littéraire est-il en travaux?



Cordialement
Bonjour,



merci beaucoup pour votre message et vos commentaires. Non, mon site professionnel n'est pas en travaux.



Cordialement,



David
Monsieur PATHÉ-CAMUS,



Bonjour et merci de m'avoir répondu.



Je vous ai posé cette question parce que je ne parviens pas à trouver la page «Contact» de votre site, étant romancier amateur...
Je comprends, c'est parce que l'onglet n'apparait (tout en haut) que si vous vous promenez un peu sur le site (c'est du moins le cas chez moi), mais il y a bien une page "submission & contact". Je vous mets le lien : "http://davidcamus.com/submissions---contact.html"



Cordialement,



David
Merci pour cette série thématique: c'est passionnant!
Le monde que nous fait voir les livres est tellement extraordinaire que des fois lorsqu'on accroche nos dents a un livre faudra que notre faim soit satisfaite.merci aux auteurs et éditeurs
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.