Qu'y a-t-il dans la bibliothèque de Marine Le Pen ?

Antoine Oury - 26.04.2017

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L'entre-deux tours des élections présidentielles, en France, bat son plein, et les deux candidats qualifiés s'affrontent désormais, jour après jour, à coups de déclarations, mesures, déplacements et affiches de campagne. Emmanuel Macron (En Marche) et Marine Le Pen (Front National) ont ainsi chacun dévoilé leur nouvelle affiche électorale. Sur celle de Marine Le Pen, on découvre la candidate assise devant une bibliothèque. Et, donc, des livres...

 

 
 

En quelques heures, tout ou presque a déjà été dit sur cette affiche, qui laisse voir une candidate à la posture improbable, en équilibre sur le bord d'un bureau et devant une bibliothèque. Le procédé est clair comme de l'eau de roche, et somme toute assez grossier : il s'agit pour le Front national d'afficher une candidate prête à assumer les fonctions présidentielles, et tout y passe : les noms « Front national » et « Le Pen » disparaissent, tandis que le fond bibliothèque rappelle bien entendu celui choisi par nombre de présidents pour leur portrait officiel...

 

Cet exemple de photoshoppage par le menu évacue évidemment tous les titres des ouvrages rangés derrière Marine Le Pen : impossible d'en déchiffrer un seul. De toute façon, comme la communication politique nous y a habitués depuis quelques années, il s'agit probablement d'un fond générique, qui ne correspond en rien à la bibliothèque du FN ou à celle, personnelle, de Marine Le Pen.

 

Nous nous sommes donc posé la question : qu'y a-t-il dans la bibliothèque de Marine Le Pen, qui fait partie des candidats à la présidentielle qui n'ont pas évoqué le livre et la lecture dans leur programme ? 

 

Pour le savoir, un premier élément de réponse s'aperçoit dans l'émission Vie politique, diffusée sur TF1 le 11 septembre 2016. Le journaliste Christophe Jakubyszyn s'est rendu dans le bureau de la présidente du Front national, à Nanterre, pour y découvrir les ouvrages sur les étagères... Première observation, pas bien étonnante : « Jeanne d'Arc [...], elle est partout en livres, en statues, en affiches », mais pas de précision sur les titres des ouvrages.

 

Les lectures de Le Pen

 

Quelques plans sur le bureau de la présidente du Front national et sur sa bibliothèque permettent toutefois de noter des titres : L'Âme française de Denis Tillinac, publié par Albin Michel, trône en première et bonne place. Pour les présidentielles 2017, l'auteur du Bonheur d'être réac soutenait François Fillon, mais ses idées semblent trouver une résonnance auprès de Marine Le Pen...

 

Toujours sur le bureau, des ouvrages écrits en cyrillique sur la candidate du Front national, qui rappellent sa proximité avec la Russie et son président. Dans la bibliothèque, cette fois, Une campagne off : Chronique interdite de la course à l'Élysée de Daniel Carton, toujours chez Albin Michel, Fernand, Serviteur de la Nation, d'Hubert Arquillière, un livre autopublié, sous licence Creative Commons, disponible gratuitement aux éditions Atramenta.

 


Capture d'écran de l'émission Vie politique

 

Viennent ensuite les deux tomes de Vierges franc-comtoises, « le portrait de cinquante saintes, bienheureuses ou vénérables de Franche-Comté », écrit par Norbert Tournoux. On déchiffre également le titre Le Mousquetaire du Général, de Raymond Sasia, un des gardes du corps du Général de Gaulle, et une Histoire des Antilles françaises. Dans la même émission, Vie politique, signalons que Marine Le Pen fait un appel du pied aux territoires d'outre-mer...

 

Sur la même étagère, Gustave Le Bon : Clés et enjeux de la psychologie des foules, de Catherine Rouvier, dont on comprend l'utilité pour une femme politique, puis De la France ou le syndrome européen, de Claude Kervedan, livre dans lequel l'auteur évoque frontalement la sortie de l'Union européenne. Pour terminer, deux titres sur l'islam, Le vrai Visage de l'islam, de Jean Alcader, et Les frères musulmans dans le texte, de Joachim Véliocas, qui se présente comme un recueil de textes signés par les Frères musulmans.

 

Une tendance à privilégier les maisons confidentielles

 

« Des livres sur l'Europe, l'euro et l'Islam, autant de thèmes de prédilection », note à juste titre Christophe Jakubyszyn, en omettant l'immigration : au moins un titre, Immigration : la catastrophe. Que faire ?, de Jean-Yves Le Gallou, porte sur ce sujet. Il serait caricatural, ajoute le journaliste de TF1, de réduire le bureau à ces symboles, mais difficile de faire autrement au vu des titres montrés à l'écran.

 

D'ailleurs, il ne faut pas être dupe : l'émission a été préparée, tout comme la visite du journaliste, sans aucun doute, et des titres auront pu être mis en avant par rapport à d'autres.

 

L'émission Ambition intime, diffusée sur M6, abordait elle aussi les politiques par l'intimité, mais aucun plan sur une bibliothèque, et peu de livres aperçus et déchiffrables, si ce n'est Les Misérables de Victor Hugo...

 

Devinez quels livres contient la bibliothèque de Donald Trump à la Maison-Blanche...
 

Ce que l'on peut remarquer de cet aperçu des lectures de Marine Le Pen, c'est que la candidate privilégie des petites maisons, voire des éditeurs confidentiels, et n'hésite pas à piocher dans l'autopublication. Si ce n'est la désormais très à droite maison Albin Michel, les noms des maisons ne sont pas vraiment familiers : éditions Persée, éditions Kyrollos, éditions Guéna, éditions Tatamis... D'ailleurs, on ne se refait pas : ces dernières ont été fondées par Jean Robin, proche de la mouvance identitaire si l'on se fie à Wikipedia...

Si le penchant pour l'autopublication ou la petite édition peut dénoter une certaine indépendance d'esprit, il soulève également un gros problème de fiabilité des sources, surtout sur des sujets aussi sensibles que l'immigration ou l'économie...

 

Dans l'émission Ambitions intimes, qui porte essentiellement sur l'histoire familiale de MLP, on apprendra juste que Jean-Marie Le Pen interdisait Pif Gadget chez lui, pour ne pas participer au financement du Parti communiste.

 

Pas de Pifises pour Marine, donc...